Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101838

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de M. E, détenu, qui contestait la sanction disciplinaire de vingt jours de cellule disciplinaire prononcée par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur. Le requérant invoquait une procédure irrégulière (incompétence de l'autorité de poursuite et de la commission) et une erreur d'appréciation. Le tribunal a jugé que les délégations de signature au lieutenant et au capitaine étaient valables et que la sanction était proportionnée aux faits d'insultes et menaces envers des surveillants, appliquant les articles R. 57-7-5 et R. 57-7-15 du code de procédure pénale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2021, M. J E, représenté par l'AARPI Thémis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la sanction disciplinaire de vingt jours de cellule disciplinaire que lui a infligée la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur le 23 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière : l'autorité ayant décidé de poursuivre la procédure disciplinaire à son encontre n'était pas compétente pour le faire ; il n'est pas établi que l'autorité ayant présidé la commission de discipline était compétente pour le faire et que le premier assesseur, membre de l'administration pénitentiaire, n'était pas le rédacteur du compte-rendu d'incident ;

- la sanction qui lui a été infligée est constitutive d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée eu égard à la faible gravité des faits et aux circonstances dans lesquelles ils sont intervenus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience public :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur du 21 juillet 2020 au 13 octobre 2021, a fait l'objet de trois comptes rendus d'incident les 1er, 4 et 17 septembre 2021, pour avoir proféré des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre de deux surveillants pénitentiaires. Par une décision du 23 septembre 2021, le président de la commission de discipline a prononcé à son encontre la sanction de vingt jours de cellule disciplinaire. Le 1er octobre 2021, M. E a formé à l'encontre de cette décision le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler la décision du 27 octobre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté son recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux (). ". Il résulte de ces dispositions que le recours ouvert aux détenus pour contester devant le directeur interrégional des services pénitentiaires les sanctions disciplinaires prononcées à leur encontre par la commission de discipline de l'établissement constitue un recours préalable obligatoire. Il suit de là que la décision prise sur un tel recours par le directeur interrégional se substitue à la sanction initialement prononcée et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-5 du code procédure pénale, alors en vigueur : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. (). ". Aux termes de l'article 20 alors en vigueur du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Il est créé un corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire régi par les dispositions de l'ordonnance du 6 août 1958 et du décret du 21 novembre 1966 susvisés ainsi que par les dispositions du présent titre ". Aux termes de l'article 21 de ce même décret : " Le corps de commandement comprend deux grades : 1° Un grade de lieutenant et capitaine pénitentiaires, () ". Aux termes de l'article R. 57-7-15 du même code, alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les poursuites disciplinaires ont été ordonnées par une décision du 10 septembre 2021 prise par M. H, lieutenant, et une décision du 20 septembre 2021 prise par M. D, capitaine, lesquels avaient reçu délégation à cet effet en vertu d'une décision du 2 août 2021 et du tableau annexé de Mme B K, cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°36-2021-101 de la préfecture de l'Indre du 25 août 2021.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article 57-7-13 de ce même code alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du registre de la commission de discipline, partiellement anonymisé, produit en défense, que cette commission était présidée par le directeur adjoint, M. C F, assisté de deux assesseurs, le premier M. I, personne extérieure à l'administration pénitentiaire, le second étant membre de l'administration pénitentiaire. Il ressort des mêmes mentions que l'assesseur pénitentiaire, M. A, n'était pas l'un des auteurs des comptes rendus d'incident des 1er, 4 et 17 septembre 2021, rédigés par MM. V. et D. Enfin, le président de la commission de discipline avait reçu délégation à cette fin en application de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale, par une décision du 2 août 2021 de Mme B K, cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n°36-2021-101 de la préfecture de l'Indre du 25 août 2021. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté en toutes ses branches.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-47 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. (). ". Aux termes de l'article R. 57-7-1 du même code alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; (). ".

8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à trois reprises les 1er, 4 et 17 septembre 2021, M. E s'en est pris verbalement à deux agents pénitentiaires contre lesquels il a tenu des propos insultants, menaçants et particulièrement outrageants. Si l'intéressé qui ne conteste pas la tenue de ces propos, minimise leur portée en précisant qu'il n'a fait que solliciter des explications de manière maladroite et que ses propos ont été mal entendus, toutefois il n'indique pas quel type d'explication il cherchait à obtenir, ni ne conteste avoir craché tout en minorant la gravité de son geste précisant qu'il n'a pas craché en direction du surveillant. M. E ne justifie ainsi pas d'élément de nature à contredire sérieusement les constatations ressortant de ces trois comptes rendus lesquelles ont été rapportées par deux agents assermentés.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que depuis son incarcération à la maison centrale de Saint-Maur le 21 juillet 2020, M. E a fait l'objet de onze comptes rendus d'incident. De même, quatre comptes rendus professionnels rédigés entre septembre 2020 et avril 2021, décrivent l'intéressé comme adoptant une attitude défiante ou menaçante à l'encontre des personnels pénitentiaires. Compte tenu de ces éléments, le placement en cellule disciplinaire pour une durée de vingt jours n'était pas, en l'espèce, disproportionné au regard des faits commis et du comportement de l'intéressé. Par suite, le moyen selon lequel le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon aurait pris une sanction disproportionnée ou entaché sa décision d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. E est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. J E, à l'AARPI Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. G

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. G

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