Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101949

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 13 décembre 2021, le 2 janvier 2022 et le 15 février 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler la délibération du 16 septembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Brenne-Val de Creuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il classe sa parcelle cadastrée section A n° 255 située sur le territoire de la commune de Thenay (Indre) dans sa totalité en zone naturelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le terrain ne fait pas partie d'un îlot agricole et est difficilement exploitable du fait de sa faible surface et de sa forme ;

- le terrain est bordé par deux voies communales dont une supporte tous les réseaux ; les surfaces agricoles ont été récupérées sans apprécier leur situation dans l'environnement ; un avis favorable au maintien du classement constructible a été émis par le commissaire enquêteur ; un classement en zone constructible répond au but d'un plan local d'urbanisme intercommunal d'éviter le mitage ; ce terrain lui a été transmis au décès de ses parents et des frais de succession basés sur le caractère constructible du terrain ont été acquittés.

Par un même mémoire en défense enregistré le 8 février 2022, le 10 février 2022 et le 14 février 2022, la communauté de communes Brenne-Val de Creuse, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme afin qu'elle soit invitée à régulariser son document d'urbanisme.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et du défaut d'intérêt pour agir du requérant ;

- le moyen d'erreur manifeste d'appréciation dans le classement en zone naturelle de la parcelle du requérant est infondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,

- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire en indivision, sur le territoire de la commune de Thenay, d'un ensemble de parcelles, dont une parcelle cadastrée section A n° 255 qui a été classée en zone naturelle par une délibération du 16 septembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Brenne-Val de Creuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. Il doit être regardé comme sollicitant l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe cette parcelle en zone naturelle dans sa totalité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crue ".

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de présentation cité par la communauté de communes, que les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité délimiter les secteurs classés en zone naturelle sur leur territoire en tenant compte des " principaux réservoirs de biodiversité ", ainsi que des principaux corridors " vallées des rivières, massifs forestiers, boisements isolés de taille significative ". Le même document précise que, par ce classement, la communauté de communes " entend principalement protéger les éléments de la trame verte et bleue sur le territoire (corridors et réservoirs) nécessaires à la biodiversité ". La parcelle cadastrée section A n° 255, dont le requérant est propriétaire en indivision et qui était dans le document d'urbanisme antérieur partiellement classée en zone urbaine et partiellement en zone naturelle, est un vaste terrain enherbé, dénué de construction, comportant quelques boisements. Si elle est desservie par les réseaux et encadrée par deux voies de circulation, la première la sépare, du côté ouest, d'une zone urbanisée présentant une faible densité de constructions, et la seconde, du côté sud-est, d'une vaste étendue non construite, si bien qu'elle ne constitue pas une " dent creuse ". En outre, la circonstance que le commissaire enquêteur ait émis un avis favorable quant au maintien d'un classement constructible de cette parcelle ne liait pas les auteurs du plan local d'urbanisme dans leur appréciation. Enfin, M. B ne peut utilement faire état de ce qu'il a payé des frais de succession en rapport avec le caractère partiellement constructible de la parcelle lors de son acquisition par succession. Dans ces conditions, au vu des caractéristiques de la parcelle et de son environnement, le conseil communautaire de la communauté de communes Brenne-Val de Creuse n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant en zone naturelle l'intégralité de la parcelle cadastrée section A n° 255, située sur le territoire de la commune de Thenay. Par ailleurs, et dès lors que le classement contesté n'est pas un classement en zone agricole, la circonstance que cette parcelle ne ferait pas partie d'un îlot agricole et serait difficilement exploitable est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation, en tant qu'elle classe en totalité sa parcelle située sur le territoire de la commune de Thenay, cadastrée section A n° 255, de la délibération du 16 septembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Brenne-Val de Creuse a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes Brenne-Val de Creuse.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

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