Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101950

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCADRAJURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 décembre 2021 et le 18 mars 2022, M. A B représenté par Me Deniau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la mise en demeure de payer la somme de 1 525,76 euros émise à son encontre le 3 mai 2021 par le directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille et Vilaine ;

2°) d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle cette même autorité lui a accordé une remise gracieuse partielle de la créance mise à sa charge par la mise en demeure du 3 mai 2021 ;

3°) d'annuler la décision du 16 novembre 2021 par laquelle cette même autorité a procédé au retrait de la décision du 13 octobre 2021 ;

4°) d'enjoindre à la DRFIP de Bretagne et d'Ille et Vilaine d'émettre un titre d'annulation totale des indus qui lui sont réclamés pour un montant de 1 525,76 euros, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai.

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la mise en demeure du 3 mai 2021 :

- elle méconnaît l'article R. 221-7 du code des procédures civiles d'exécution ;

- la créance sur laquelle est fondée cette mise en demeure n'existe pas ;

- elle se fonde sur un titre exécutoire qui est illégal dès lors qu'il méconnaît l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 et qu'il n'est pas fondé ;

En ce qui concerne la décision de remise gracieuse partielle du 13 octobre 2021 :

- la décision de laisser 700 euros à sa charge est illégale dès lors que la créance dont se prévaut l'administration est inexistante ;

- elle est également illégale dès lors qu'eu égard à sa situation financière, c'est une remise gracieuse totale qu'il aurait dû obtenir ;

En ce qui concerne la décision du 16 novembre 2021 :

- elle procède à un retrait illégal de la décision du 13 octobre 2021 ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle met à la charge une créance inexistante ;

- elle se fonde sur un titre exécutoire illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille et Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le tribunal administratif de Limoges est incompétent pour connaître des contestations des décisions des 3 mai, 13 octobre et 16 novembre 2021 ;

- les conclusions dirigées contre la mise en demeure du 3 mai 2021 sont irrecevables dès lors qu'elles sont prématurées ;

- les moyens dirigés contre les décisions du 13 octobre 2021 et 16 novembre 2021 ne sont pas fondés ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest conclut au rejet de la requête :

Il oppose la même incompétence et les mêmes fins de non-recevoir que celles opposées par le directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille et Vilaine et soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer indique au tribunal reprendre à son compte les écritures produites par le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a intégré la police nationale à compter du 1er septembre 2014, en tant que personnel contractuel, avec la qualité d'adjoint de sécurité. Il a été affecté à la direction départementale de la sécurité publique de l'Indre. Il a démissionné de ses fonctions le 1er octobre 2018. Un titre de perception émis le 18 juin 2019 a mis à la charge de l'intéressé une somme de 1 386,16 euros au titre du remboursement d'un indu sur rémunération. Puis, le 3 mai 2021, le directeur régional des finances publiques (DRFIP) de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine a émis à son encontre une mise en demeure de payer la somme de 1 525,76 euros. Par une décision du 13 octobre 2021 faisant suite à une demande de remise gracieuse, cette même autorité a consenti à M. B une remise partielle d'un montant de 686,76 euros assortie de la condition d'un paiement préalable d'une somme de 700 euros. Après que l'intéressé a sollicité un nouvel examen de sa situation, le DRFIP, par une décision du 16 novembre 2021, a refusé de faire droit à cette demande tout en donnant un accord pour un règlement échelonné et à titre provisoire d'une somme globale de 150 euros, par 10 versements de 15 euros par mois, entre le 30 novembre 2021 et le 30 août 2022. M. B demande l'annulation des décisions du 3 mai, 13 octobre et 16 novembre 2021. Il doit également être regardé comme demandant la décharge de la somme de 1 525,76 euros mise à sa charge par la mise en demeure du 3 mai 2021.

Sur les conclusions dirigées contre la mise en demeure du 3 mai 2021 :

2. D'une part, aux termes de l'article 117 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; () ". D'autre part, aux termes de l'article 118 du même décret : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 119 de ce décret : " Les actes de poursuites, délivrés pour le recouvrement des titres de perception émis dans le cadre de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables d'une contestation conformément aux articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du même livre. ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites " (). Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Aux termes de l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales : Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques () ". Aux termes de l'article R. 281-4 de ce livre : Le chef de service ou l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 se prononce dans un délai de deux mois à partir du dépôt de la demande, dont il doit accuser réception. Si aucune décision n'a été prise dans ce délai ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable ou la personne tenue solidairement ou conjointement doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le juge compétent tel qu'il est défini à l'article L. 281. Il dispose pour cela de deux mois à partir : a) soit de la notification de la décision du chef de service ou de l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 ; b) soit de l'expiration du délai de deux mois accordé au chef de service ou à l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 pour prendre sa décision. La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates.

3. Il résulte de ces dispositions qu'une requête présentée avant l'expiration des délais dont dispose l'administration pour se prononcer sur la contestation d'un titre de perception ou d'une opposition à poursuites formées devant elle est prématurée et qu'elle ne peut être régularisée même par une décision survenue avant le jugement de l'affaire. Toutefois, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à ce qu'un redevable qui aurait, avant les dates qu'elles mentionnent, saisi le juge d'une contestation dirigée contre un acte de recouvrement, puisse, sous réserve que le juge n'ait pas déjà constaté l'irrecevabilité de sa demande, réitérer régulièrement celle-ci dans les délais qu'elles prévoient.

4. Il résulte de l'instruction que M. B a formé une opposition a poursuites à l'encontre de la mise en demeure du 3 mai 2021, au sens des dispositions de l'article 119 du décret du 7 novembre 2012 précité, par un courrier du 9 décembre 2021. Les conclusions dirigées contre cette mise en demeure, présentées dès le 13 décembre 2021 alors qu'aucune décision explicite ou implicite n'avait été rendue à cette date sur la réclamation formée devant le comptable public, étaient prématurées et par suite irrecevables ainsi que le fait valoir le directeur régional des finances publiques de Bretagne et d'Ille et Vilaine.

Sur les conclusions dirigées contre la remise gracieuse partielle du 13 octobre 2021 :

5. Aux termes de l'article 120 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Le comptable chargé du recouvrement des titres de perception peut consentir, sur demande du redevable qui est dans l'impossibilité de payer par suite d'une gêne ou d'indigence, des remises sur la somme en principal dans la limite, pour une même créance, d'un montant de 76 000 euros. ".

6. L'octroi d'une remise gracieuse n'est qu'une faculté pour l'administration. Ainsi la décision refusant une remise gracieuse présentée sur le fondement de l'article 120 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ne peut être utilement déférée au juge de l'excès de pouvoir que si elle est entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur de droit, ou si elle repose sur une appréciation manifestement erronée des circonstances de l'affaire.

7. D'une part, le moyen soulevé à l'encontre de cette décision et tenant à " l'inexistence " de la créance mise à la charge de M. B par la mise en demeure du 3 mai 2021 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée par laquelle le comptable public se borne à se prononcer sur une demande de remise gracieuse de la dette présentée par l'intéressé.

8. D'autre part, par les seuls extraits de compte qu'il produit et alors que le DRFIP de Bretagne et d'Ille et Vilaine lui a accordé par cette décision une remise de 686,76 euros, assortie d'un échéancier de paiement pour la somme de 700 euros laissée à sa charge, M. B ne justifie pas de son impossibilité de payer par suite d'une gêne ou d'une indigence. Il ne démontre ainsi pas que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses capacités financières.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 16 novembre 2021 :

9. De première part, contrairement ce qui est soutenu en demande, cette décision ne peut s'analyser comme une demande de retrait de la décision du 13 octobre 2021. Elle ne rapporte pas la décision du 13 octobre 2021 quant à la remise gracieuse partielle d'un montant de 686,76 euros, précédemment accordée et se borne à modifier, dans un sens au demeurant favorable à l'intéressé, les modalités de mise en place du délai de paiement octroyé pour le reste à régler de 700 euros. Ainsi, et alors que les décisions rendues par l'administration sur les demandes de remise gracieuse dont elle est saisie par les contribuables n'entrent dans aucune des catégories d'actes administratifs que les dispositions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 prescrivent de motiver, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

10. De deuxième part, ainsi que dit au point précédent, cette décision ne constitue pas un retrait de la décision de remise partielle du 13 octobre 2021, ni même une décision individuelle défavorable. Le moyen tenant à son insuffisance de motivation doit par suite être écarté dès lors qu'il est inopérant.

11. De troisième part, le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de cette décision de l'illégalité du titre de perception du 18 juin 2019 ni de l'inexistence de la créance qu'il a mis à sa charge.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par le requérant et tendant à l'annulation des décisions du 3 mai, 13 octobre et 16 novembre 2021 doivent être rejetées. Il y a lieu par voie de conséquence de rejeter les conclusions accessoires présentées par M. B.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la direction régionale des finances publiques d'Ille et Vilaine, au préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Crosnier, premier conseiller,

- M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la solidarité industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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