Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2102000
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2102000 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 21 décembre 2021, le 3 janvier 2022 et le 23 février 2022, Mme C demande au tribunal d'annuler la délibération du 16 septembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Brenne-Val de Creuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il classe en totalité sa parcelle cadastrée section ZI n° 241 (J) située sur le territoire de la commune de Thenay (Indre) en zone naturelle.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le terrain d'une surface de 5 719 m2 était divisé en une partie constructible (2 250 m2) et l'autre agricole ; il s'agit d'un terrain bordé par deux routes et situé en zone urbaine, qui peut facilement être raccordé aux réseaux ; elle souhaite que la partie du terrain constructible conserve un tel classement ; un avis favorable au maintien du classement constructible a été émis par le commissaire enquêteur ; il est regrettable de rétrograder des zones desservies par les réseaux pour en aménager d'autres ; elle supporte la taxe foncière pour la partie du terrain constructible depuis onze ans ;
- par sa forme triangulaire et sa situation en surplomb des chaussées, il est difficilement exploitable par les nouveaux matériels agricoles ; il n'a pas d'avenir agricole ; le terrain est intégré dans une rotation culturale de dix ans et n'est pas une prairie permanente.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2022, la communauté de communes Brenne-Val de Creuse conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme afin qu'elle soit invitée à régulariser son document d'urbanisme.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et du défaut d'intérêt pour agir de la requérante ;
- le moyen d'erreur manifeste d'appréciation dans le classement en zone naturelle de la parcelle de la requérante est infondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est propriétaire, sur le territoire de la commune de Thenay, d'une parcelle cadastrée section ZI n° 241 (J) qui a été classée en zone naturelle par une délibération du 16 septembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Brenne-Val de Creuse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. Elle doit être regardée comme sollicitant l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe cette parcelle en zone naturelle dans sa totalité.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".
3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de présentation cité par la communauté de communes, que les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité délimiter les secteurs classés en zone naturelle sur leur territoire en tenant compte des " principaux réservoirs de biodiversité ", ainsi que des principaux corridors " vallées des rivières, massifs forestiers, boisements isolés de taille significative ". Le même document précise que, par ce classement, la communauté de communes " entend principalement protéger les éléments de la trame verte et bleue sur le territoire (corridors et réservoirs) nécessaires à la biodiversité ". La parcelle cadastrée section ZI 241 (J), dont la requérante est propriétaire et qui était dans le document d'urbanisme antérieur partiellement classée en zone urbaine et partiellement en zone naturelle, est un vaste terrain enherbé, dénué de construction. Si la requérante fait valoir qu'elle peut être facilement raccordée aux réseaux, qu'elle ne constitue pas une " prairie permanente ", qu'elle est bordée par deux routes et est située en zone urbaine, il ressort des documents photographiques produits que si une zone urbaine se situe à proximité de la parcelle, celle-ci en est séparée par les voies qui l'encadrent, la parcelle en litige s'ouvrant sur un vaste secteur dénué de toute construction. En outre, la circonstance que le commissaire enquêteur ait émis un avis favorable quant au maintien d'un classement constructible de cette parcelle ne liait pas les auteurs du plan local d'urbanisme dans leur appréciation. Enfin, Mme C ne peut utilement faire état de ce qu'elle a acquitté une taxe liée au caractère antérieurement constructible d'une partie de sa parcelle. Dans ces conditions, au vu des caractéristiques de la parcelle et de son environnement, le conseil communautaire de la communauté de communes Brenne-Val de Creuse n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant en zone naturelle l'intégralité de la parcelle cadastrée section ZI n° 241 (J), située sur le territoire de la commune de Thenay. Par ailleurs, et dès lors que le classement contesté n'est pas un classement en zone agricole, la circonstance que cette parcelle n'aurait pas d'avenir agricole est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation, en tant qu'elle classe en totalité sa parcelle située sur le territoire de la commune de Thenay, cadastrée section ZI n° 241 (J), de la délibération du 16 septembre 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Brenne-Val de Creuse a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la communauté de communes Brenne-Val de Creuse.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. A
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