Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2102033

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2102033
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 23 décembre 2021 et 24 janvier 2022, Mme A B demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 et conteste que les exonérations dont elle a bénéficié au titre des années 2019 et 2020 puissent être remises en cause.

Elle soutient que :

- elle a été contrainte, en avril 2021, de modifier l'activité principale de chambres et table d'hôtes de son autoentreprise qu'elle exerçait depuis le mois d'avril 2018 en zone de revitalisation rurale (ZRR) à Fromental dans la mesure où la maison dans laquelle elle exerçait cette activité a été vendue par ses propriétaires ;

- à la suite de la modification de l'activité principale de son autoentreprise, elle a continué à exercer une activité au sein d'une ZRR, à savoir celle de formatrice en langue anglaise, ce qui lui permettait de bénéficier encore de l'exonération de cotisation foncière des entreprises prévue à l'article 1465 A du code général des impôts ;

- son activité de formatrice relevant d'un autre centre de formalités des entreprises, elle n'a eu d'autre choix que de clore un dossier CCI pour en créer un autre auprès de l'URSSAF ; son numéro SIREN est resté le même en dépit du changement d'activité principale de son entreprise.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de décharge à concurrence d'une somme de 497 euros correspondant à un dégrèvement accordé d'office en cours d'instance et au rejet du surplus de ces conclusions.

Elle fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises due par Mme B au titre de l'année 2021, à concurrence d'une somme de 497 euros correspondant à un dégrèvement accordé d'office en cours d'instance en vertu des articles 1448, 1467 A et 1478 du code général des impôts, afin de tenir compte de la période pendant laquelle, à compter de mai de l'année 2021, l'intéressée n'a plus exercé son activité de chambres et table d'hôtes ;

- à supposer que, par sa requête, Mme B puisse être regardée comme demandant la décharge des cotisations de cotisation foncière des entreprises qui seront mises à sa charge en raison de la remise en cause de l'exonération dont elle a bénéficié au titre des années 2019 et 2020, ces conclusions sont irrecevables dès lors que ces impositions, non encore mises en recouvrement, n'ont en tout état de cause pas fait l'objet d'une réclamation contentieuse conformément à ce qui est exigé par l'article 190-1 du livre des procédures fiscales ;

- c'est donc à bon droit que l'exonération de cotisation foncière des entreprises a été refusée à la requérante pour l'année 2021 et que les contributions des années 2019 et 2020, pour lesquelles elle a initialement bénéficié d'une exonération, seront mises en recouvrement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 avril 2018, Mme B a créé une autoentreprise à Fromental ayant comme activité la gestion de chambres et tables d'hôtes. Dans le cadre de cette activité réalisée en zone de revitalisation rurale (ZRR), Mme B a bénéficié, sur le fondement de l'article 1465 A du code général des impôts, d'une exonération de la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2019 et 2020. Au cours du mois d'avril 2021, Mme B a modifié l'activité de son autoentreprise, qui était désormais une activité de formatrice en langue anglaise, et l'a transférée dans une commune voisine, à Folles, où elle avait son nouveau domicile. Par un avis d'impôt établi le 7 octobre 2021, Mme B a été assujettie, pour l'année 2021, à une cotisation foncière des entreprises d'un montant de 745 euros. Par une réclamation du 16 novembre 2021, elle en a demandé l'exonération en vertu de ces mêmes dispositions du code général des impôts. Par une décision du 18 novembre 2021, la direction départementale des finances publiques de la Haute-Vienne a rejeté cette réclamation et a indiqué à Mme B que les " exonérations des CFE 2019 et 2020 seront aussi reprises " et qu'elle allait recevoir " des impositions supplémentaires pour chaque année ". L'intéressée demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre de l'année 2021. Elle conteste également que les exonérations dont elle a bénéficié au titre des années 2019 et 2020 puissent être remises en cause.

Sur le non-lieu partiel à statuer :

2. Comme le fait valoir la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne en défense, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises due par Mme B au titre de l'année 2021, à concurrence d'une somme de 497 euros correspondant à un dégrèvement accordé d'office en cours d'instance en vertu des articles 1448, 1467 A et 1478 du code général des impôts, afin de tenir compte de la période pendant laquelle, à compter du mois de mai de l'année 2021, l'intéressée n'a plus exercé son activité de chambres et tables d'hôtes.

Sur les impositions qui restent en litige :

3. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. () / Lorsque la période de référence ne correspond pas à une période de douze mois, le montant des recettes ou du chiffre d'affaires est ramené ou porté, selon le cas, à douze mois ". Selon l'article 1465 de ce code : " Dans les zones d'aide à finalité régionale et pour les opérations réalisées à compter du 1er janvier 2007 et jusqu'au 31 décembre 2022, les communes et leurs établissements publics de coopération intercommunale dotés d'une fiscalité propre peuvent, par une délibération de portée générale prise dans les conditions prévues au I de l'article 1639 A bis, exonérer de la cotisation foncière des entreprises en totalité ou en partie les entreprises qui procèdent sur leur territoire, soit à des extensions ou créations d'activités industrielles ou de recherche scientifique et technique, ou de services de direction, d'études, d'ingénierie et d'informatique, soit à une reconversion dans le même type d'activités, soit à la reprise d'établissements en difficulté exerçant le même type d'activités. Pour les entreprises satisfaisant à la définition des petites et moyennes entreprises, au sens de l'annexe I au règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission, du 17 juin 2014, déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité, l'exonération s'applique en cas d'investissement initial. Pour les entreprises ne satisfaisant pas à cette définition, l'exonération s'applique uniquement en cas d'investissement initial en faveur d'une nouvelle activité économique dans la zone concernée. La délibération instaurant l'exonération ne peut avoir pour effet de reporter de plus de cinq ans l'application du régime d'imposition de droit commun. () / L'exonération cesse pour la période restant à courir lorsqu'au cours de cette période l'entreprise ne remplit plus les conditions exigées pour l'obtention de cette exonération. () / Nonobstant les dispositions de l'article L. 174 du livre des procédures fiscales, toute entreprise qui cesse volontairement son activité pendant une période d'exonération prévue au présent article, ou dans les cinq années suivant la fin de celle-ci, est tenue de verser les sommes qu'elle n'a pas acquittées au titre de la cotisation foncière des entreprises ". Aux termes de l'article 1465 A du même code : " I. - Sauf délibération contraire de la commune ou de l'établissement public de coopération intercommunale doté d'une fiscalité propre, dans les zones de revitalisation rurale, à l'exception de celles mentionnées au B du II du présent article, les entreprises qui procèdent aux opérations mentionnées au premier alinéa de l'article 1465 dans les conditions et sous réserve, le cas échéant, de l'agrément prévu à cet article sont exonérées de cotisation foncière des entreprises. Cette exonération ne peut avoir pour effet de reporter de plus de cinq ans l'application du régime d'imposition de droit commun ".

4. Contrairement à ce que soutient l'intéressée, si elle a conservé la même autoentreprise, l'activité de gestion de chambres et table d'hôtes à Fromental qu'elle a exercée à compter du mois d'avril 2018 ne peut qu'être regardée comme ayant effectivement cessée au cours du mois d'avril 2021, mois à compter duquel elle a exercé une nouvelle activité de formatrice en langue anglaise à Folles. Si elle indique que ce changement d'activité n'est pas un choix volontaire de sa part mais résulte du fait que les propriétaires de la maison dans laquelle elle exerçait son activité de gestion de chambres et tables d'hôtes ont vendu ce bien, elle n'établit pas la réalité de cette vente, qu'elle n'aurait pu poursuivre son activité en dépit de cette vente et dans quelle mesure la cession de ce bien immobilier l'aurait effectivement contrainte de mettre fin à cette activité. L'autoentreprise de Mme B doit donc être regardée comme ayant cessé volontairement son activité de gestion de chambres et tables d'hôtes en avril 2021. La cessation de cette activité étant intervenue seulement trois ans après son début, soit pendant une période d'exonération, c'est à bon droit que le service a refusé à Mme B le bénéfice de l'exonération prévue à l'article 1465 A du code général des impôts pour la période de janvier à avril 2021 restant en litige pendant laquelle cette activité a été effectivement exercée et lui a précisé qu'elle était tenue de verser les sommes qui n'avaient pas été acquittées au titre de la cotisation foncière des entreprises pour les années 2019 et 2020.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense s'agissant de la cotisation foncière des entreprises due au titre des années 2019 et 2020, que les conclusions aux fins de décharge présentées par Mme B pour les impositions restantes en litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises due par Mme B au titre de l'année 2021, à concurrence d'une somme de 497 (quatre cent quatre-vingt-dix-sept) euros correspondant à un dégrèvement accordé d'office en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUSLa greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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