Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200084
mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200084 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MALABRE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 janvier 2022, le 1er février 2023 et le 17 avril 2023, Mme D A, agissant en qualité de représentante légale de son fils mineur, E B, représentée par Me Malabre, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a opposé un refus à sa demande de carte nationale d'identité au bénéfice de son fils mineur, E B, déposée le 3 juillet 2020 à la mairie de Limoges ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte nationale d'identité et, à titre subsidiaire, de prendre une décision dans les quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 920 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à l'indemnité d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors, d'une part, que le père de son fils est français et l'a légalement reconnu et, d'autre part, qu'elle dispose d'un certificat de nationalité française pour son fils délivré par l'autorité judiciaire et qu'est intervenu un jugement du juge aux affaires familiales du 9 mars 2022 attestant de la filiation que l'administration n'a pas le pouvoir de remettre en cause ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et de venir, la liberté personnelle, le droit à la vie privée et familiale, le droit à l'identité et à la nationalité et à l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance de l'autorité absolue de la chose jugée attachée au jugement n° 2200639 du 17 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision du 25 janvier 2022 du préfet du Lot-et-Garonne et lui a enjoint de délivrer à Mme A, pour son enfant mineur, une carte nationale d'identité.
Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été présentées par le préfet de la Haute-Vienne le 13 juin 2024.
Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été présentées par Mme A le 14 juin 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, ressortissante guinéenne née en 1999, déclare être entrée en France en 2017. Elle a déposé le 3 juillet 2020, auprès de la mairie de Limoges, une demande de carte nationale d'identité au nom de son fils mineur, E B, né le 15 janvier 2020 à Limoges et reconnu par M. C B, ressortissant français. Le 4 août 2020, Mme A a été entendue au cours d'un entretien administratif par les services de la préfecture de la Haute-Vienne. Par un courrier du 18 octobre 2021 notifié le 19 suivant, la requérante a sollicité du préfet de la Haute-Vienne, les motifs du rejet implicite de sa demande de carte nationale d'identité. Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née de l'absence de réponse du préfet de la Haute-Vienne. Par une décision du 25 janvier 2022, le préfet du Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer le document sollicité en raison du caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de son enfant.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ". Aux termes du point 1 de l'article 2 " prestations accomplies par le délégataire " de la convention de délégation de gestion en matière de cartes nationales d'identité et de passeport conclue entre le préfet de la Haute-Vienne (délégant) et le préfet du Lot-et-Garonne (délégataire) le 15 février 2017 : " Le délégataire assure pour le compte de chaque délégant les actes suivants : () lorsque la demande ne répond pas aux conditions prévues par les décrets du 22 octobre 1955 et du 30 décembre 2005 susvisés, il prend la décision de refus et la notifie au demandeur ; (). ".
3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de délivrance d'une carte nationale d'identité fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 18 octobre 2021, notifié le lendemain, Mme A a sollicité auprès du préfet de la Haute-Vienne, la communication des motifs du rejet implicite de sa demande de délivrance d'une carte nationale d'identité déposée le 3 juillet 2020 à la mairie de Limoges, au bénéfice de son fils mineur. En application de l'article L. 114-2 cité au point 2, le préfet de la Haute-Vienne qui ne dispose pas de la compétence en matière de refus de délivrance d'une carte nationale d'identité lorsque la demande ne répond pas aux conditions prévues par le décret du 22 octobre 1955 modifié instituant la carte nationale d'identité, doit être regardé comme ayant transmis la demande de la requérante au préfet du Lot-et-Garonne lequel est compétent en application de la convention de délégation de gestion en matière de cartes nationales d'identité et de passeports du 15 février 2017. En l'absence de réponse de ce dernier dans un délai d'un mois, une décision implicite de rejet est née le 19 novembre 2021. Toutefois, par un courrier du 25 janvier 2022, le préfet du Lot-et-Garonne a informé Mme A de son refus de donner une suite favorable à sa demande de délivrance, au bénéfice de son enfant mineur E B, d'une carte nationale d'identité en raison d'un ensemble d'éléments faisant ressortir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité. Cette décision conformément à ce qui est précisé au point 3 du présent jugement, s'est substituée à la décision implicite de rejet et les conclusions présentées par la requérante contre cette dernière doivent dès lors être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 25 janvier 2022. Or, par un jugement n° 2200639 du 17 novembre 2023, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas acquis un caractère définitif, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé cette décision et enjoint au préfet du Lot-et-Garonne de délivrer à la requérante pour son enfant mineur, M. E B, une carte nationale d'identité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
5. Il résulte de ce qui précède, notamment de l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache à ce jugement, qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet de la Haute-Vienne.
6. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme A.
Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Malabre et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. GUICHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. GUICHON
N°2200084
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