Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200121

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, Mme A C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire née le 3 janvier 2022 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat a rejeté sa demande d'allocation de la prime de transition énergétique " MaPrimeRénov' " ;

2°) d'enjoindre à l'Agence nationale de l'habitat de lui verser cette prime à laquelle elle a droit pour un montant de 392 euros.

Elle soutient que :

- la décision méconnait des dispositions du décret n° 2020-26 et de l'arrêté du 14 février 2020 ;

- les travaux entrepris sont éligibles à cette prime pour un montant de 392 euros comme en atteste la simulation effectuée sur le site MaPrimeRénov'.

Par un mémoire en défense enregistré 23 octobre 2023, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Siquier,

- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte, et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

2. Par suite, en application du principe rappelé au point précédent, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C à l'encontre de la décision implicite née le 3 janvier 2022 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat a rejeté sa demande d'allocation de la prime de transition énergétique " MaPrimeRénov' " doit être regardée comme étant également dirigées contre la décision du 6 octobre 2021 portant refus d'allocation de cette prime.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 15 de la loi du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 prévoit la création d' " une prime de transition énergétique destinée à financer, sous conditions de ressources, des travaux et dépenses en faveur de la rénovation énergétique des logements. (). ". Aux termes de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime à la transition énergétique, dans sa version applicable au litige, expose que : " I.- Les dépenses éligibles à la prime de transition énergétique au titre de travaux et prestations figurent à l'annexe 1 du présent décret et peuvent être réalisées dans un immeuble bâti individuel ou collectif. Par dérogation, la prestation mentionnée au 15 de l'annexe précitée ne peut être réalisée qu'en immeuble bâti individuel situé en France métropolitaine. () ". Aux termes de l'annexe 1 de ce décret, dans sa version applicable au litige : " Les dépenses suivantes, lorsqu'elles satisfont les critères techniques fixés par l'arrêté mentionné au VIII de l'article 2 du présent décret, sont éligibles à la prime : 1. Chaudières à très haute performance énergétique, à l'exception de celles utilisant le fioul comme source d'énergie, pour les immeubles non raccordés à un réseau de chaleur aidé par l'agence visée par la loi n° 90-1130 du 19 décembre 1990 portant création de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie ; 2. Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant au bois ou autres biomasses : a) Chaudières à alimentation automatique fonctionnant au bois ou autre biomasse ; b) Chaudières à alimentation manuelle fonctionnant au bois ou autres biomasses ; c) Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire indépendants fonctionnant au bois ou autres biomasses ; 3. Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique ou avec des capteurs solaires hybrides thermiques et électriques à circulation de liquide : a) Equipements de production de chauffage fonctionnant à l'énergie solaire thermique ; b) Equipements de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique pour les immeubles situés en France métropolitaine ; c) Equipements de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique pour les immeubles situés à La Réunion, en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe ou à Mayotte ; d) Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant avec des capteurs solaires hybrides thermiques et électriques à circulation de liquide ; 4. Pompes à chaleur, autres qu'air/air, dont la finalité essentielle est la production de chauffage ou d'eau chaude sanitaire : a) Pompes à chaleur géothermiques ou solarothermiques, ainsi que l'échangeur de chaleur souterrain associé ; b) Pompes à chaleur air/eau ; c) Pompes à chaleur dédiées à la production d'eau chaude sanitaire ; 5. Equipements de raccordement, ou droits et frais de raccordement pour leur seule part représentative du coût de l'acquisition et de la pose de ces mêmes équipements, à un réseau de chaleur ou de froid, alimenté majoritairement par des énergies renouvelables ou de récupération ; 6. Dépose d'une cuve à fioul ; 7. Systèmes de ventilation mécanique contrôlée double flux autoréglables ou hygroréglables ; 8. Réalisation, en dehors des cas où la réglementation le rend obligatoire, d'un audit énergétique. Pour un même logement, un seul audit énergétique ouvre droit à la prime de transition énergétique ; 9. Isolation thermique des parois vitrées, à la condition que les matériaux installés viennent en remplacement de parois en simple vitrage ; 10. Isolation des murs en façade ou pignon ; 11. Isolation des rampants de toiture et plafonds de combles ; 12. Isolation des toitures terrasses ; 13. Equipements ou matériaux de protection des parois vitrées ou opaques contre les rayonnements solaires, pour les immeubles situés à La Réunion, en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe ou à Mayotte ; 13-1. Sur-toitures ventilées pour les immeubles situés à La Réunion, en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe ou à Mayotte ; 13-2. Bardages ventilés pour les immeubles situés à La Réunion, en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe ou à Mayotte ; 14. Du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2022, prestation d'assistance à maîtrise d'ouvrage ; 15. Du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2022, en immeuble bâti individuel situé en France métropolitaine, un ensemble de travaux de rénovation énergétique visant à améliorer la performance globale du logement et permettant d'atteindre une efficacité énergétique minimale fixée par arrêté. ".

4. En premier lieu, Mme C ne saurait se prévaloir de l'estimation du montant de la prime à laquelle elle pouvait, le cas échéant, prétendre, réalisée sur le site Internet de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) à partir des seules informations qu'elle a elle-même saisies, et qui ne vaut pas octroi de l'aide sollicitée.

5. En deuxième lieu, en vertu des dispositions des points 9 et 11 de l'annexe 1 du décret du 14 janvier 2020, dont les dispositions sont rappelées au point 3 du présent jugement, s'agissant des ouvrants, seules sont éligibles les dépenses liées à l'isolation thermique des parois vitrées, à la condition que les matériaux installés viennent en remplacement de parois en simple vitrage, et s'agissant des combles, seules sont éligibles les dépenses liées à l'isolation des rampants de toiture et plafonds de combles. Or, il résulte de l'instruction que les travaux réalisés par Mme C consistent en l'installation de volets roulants et en l'isolation de combles perdues par soufflage mécanisé de laine de roche pulsée. Ces travaux ne sont pas compris dans la liste des travaux de l'annexe 1 du décret du 14 janvier 2020 et ne sont, par suite, pas éligibles à la prime de transition énergétique " MaPrimeRénov' ". Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions d'octroi de cette prime.

6. En dernier lieu, la requérante ne saurait utilement se fonder sur les dispositions de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique, dans sa version applicable au litige, dès lors qu'il ne fixe pas la liste des travaux éligibles en vue de l'allocation de la prime de transition énergétique " MaprimeRénov ".

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire née le 3 janvier 2022 par laquelle l'Agence nationale de l'habitat a rejeté sa demande d'allocation de la prime de transition énergétique " MaPrimeRénov' " doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. B

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