Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200261
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200261 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2022, la société par actions simplifiée SANDY'S DINER, représenté par Mme A B, sa présidente, demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises (CFE) à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison de l'activité de restauration qu'elle a débutée à Brive le 2 janvier 2019.
Elle soutient que :
- elle est installée en zone d'aide à finalité régionale (AFR) et son entreprise a droit à une exonération de CFE pour une durée de 5 ans ; or, au titre de l'année 2020, elle n'a eu droit qu'à un dégrèvement partiel, une somme de 1 104 euros ayant été laissée indument à sa charge ;
- elle n'est pas responsable de la tardiveté avec laquelle a été présentée sa réclamation auprès de l'administration fiscale le 11 janvier 2022 dès lors qu'elle avait fait le nécessaire par mail auprès de son avocate avant la fin de l'année 2021.
Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 8 juillet 2022 et le 29 janvier 2024, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la réclamation préalable de la société requérante pour la CFE 2020 est tardive de sorte que ses conclusions aux fins d'obtenir la décharge de la somme de 1 104 euros mise à sa charge sont irrecevables.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société SANDY'S DINER développe une activité de restauration traditionnelle à Brive depuis le début de l'année 2019. Au titre des années 2020 et 2021, elle a été assujettie à des cotisations au titre de la taxe foncière des entreprises (CFE), taxes additionnelles et frais de gestion, pour un montant respectif de 2 331 euros et 4 574 euros. S'agissant de l'année 2020, elle a obtenu un dégrèvement le 31 décembre 2020 d'un montant de 1 191 euros au titre de la crise sanitaire. S'agissant de l'année 2021, elle a obtenu le 10 février 2022 un dégrèvement à hauteur de 3 835 euros. La société doit être regardée comme demandant exclusivement la décharge de la somme de 1 104 euros qui a été laissée à sa charge au titre de la CFE 2020.
Sur la recevabilité :
2. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement par lequel l'administration porte les impositions à la connaissance du contribuable doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation et, d'autre part, que le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire obstacle à ce que le délai prévu par l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales lui soit opposable. Toutefois le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Le recours administratif préalable doit être présenté dans le délai prévu par l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales, prolongé, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, d'un an. Dans cette hypothèse, le délai de réclamation court à compter de l'année au cours de laquelle il est établi que le contribuable a eu connaissance de l'existence de l'imposition.
4. Il ne résulte pas de l'instruction que l'avis de CFE au titre de l'année 2020, pas davantage que l'avis de dégrèvement accordé au titre de cette même année, auraient mentionné l'existence et le caractère obligatoire de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales avant de saisir le juge, ni les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation. Par suite, et eu égard aux dispositions citées au point 2, l'administration n'est pas fondée à soutenir que la réclamation présentée en janvier 2022, à l'encontre d'une cotisation de CFE établie le 15 octobre 2020 et mise en recouvrement le 31 décembre 2020, serait tardive. La fin de non-recevoir opposée en défense doit par suite être écartée.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
5. Aux termes de l'article 1464 B du code général des impôts dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - Les entreprises qui bénéficient des exonérations prévues aux articles 44 sexies, 44 septies et 44 quindecies peuvent être temporairement exonérées, dans les conditions prévues à l'article 1464 C, de la cotisation foncière des entreprises dont elles sont redevables, pour les établissements qu'elles ont créés ou repris, à compter de l'année suivant celle de leur création. / II. - Les entreprises ne peuvent bénéficier de cette exonération qu'à la condition d'en avoir adressé la demande au service des impôts de chacun des établissements concernés, avant le 1er janvier de l'année suivant celle de la création ou de la reprise de l'établissement en attestant qu'elles remplissent les conditions exigées au I ; elles déclarent chaque année les éléments entrant dans le champ d'application de l'exonération. /()/ ". Aux termes de l'article 1464 C du code général des impôts : " I. - L'exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties et de la cotisation foncière des entreprises prévue aux articles 1383 A et 1464 B est subordonnée à une décision de l'organe délibérant des collectivités territoriales ou des établissements publics de coopération intercommunale dotés d'une fiscalité propre dans le ressort desquels sont situés les établissements des entreprises en cause / La délibération porte sur la totalité de la part revenant à chaque commune ou établissement public de coopération intercommunale (). / II. - Les délibérations mentionnées au I sont de portée générale. Elles peuvent concerner : / 1° La taxe foncière sur les propriétés bâties et la cotisation foncière des entreprises ou l'une de ces deux taxes seulement ; / 2° Les établissements créés et les établissements repris par les entreprises visées au I de l'article 1464 B ou l'une seulement de ces deux catégories d'établissements. / Les délibérations fixent la durée des exonérations, qui ne peut être ni inférieure à deux ans ni supérieure à cinq ans. ". () ".
6. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment des écritures en défense, que depuis le 24 septembre 2014 la commune de Brive " maintient, chaque année, le bénéfice d'une exonération totale de la CFE pour une durée de 2 ans, applicable aux créations d'entreprises qui se situent en zone AFR ". D'autre part, il résulte de cette même instruction, notamment des écritures en défense, que l'activité développée par la SAS requérante à partir de l'année 2019 se situe bien en zone AFR et que l'année 2020 concernait la 1ère année au titre de laquelle la société pouvait prétendre au bénéfice de l'exonération prévue à l'article 1464 B du code général des impôts cité au point 5.
7. Dans ces conditions, et alors que, d'une part, l'administration fiscale a fait droit pour l'année 2021 à la demande d'exonération présentée par la SAS SANDY'S DINER au vu de la localisation de son activité en zone AFR, d'autre part, qu'elle ne conteste pas que cette société remplissait les conditions pour obtenir également le bénéfice de cette exonération pour l'année 2020, la SAS SANDY'S DINER est fondée à soutenir que c'est à tort qu'elle n'a pas bénéficié de l'exonération prévue par les dispositions citées au point 5 pour l'année 2020. Cette exonération ne portant que sur la part revenant à chaque commune ou établissement public de coopération intercommunale à l'exclusion des différentes taxes additionnelles pour frais de chambres consulaires, il y a lieu de décharger, au titre de la CFE pour l'année 2020, la société SANDY'S DINER à hauteur d'une somme limitée à 666 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société SANDY'S DINER est seulement fondée à demander la décharge de la somme de 666 euros mise à sa charge au titre de la CFE 2020.
DECIDE :
Article 1er : La SAS SANDY'S DINER est déchargée de la somme de 666 (six cent soixante-six) euros au titre de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée SANDY'S DINER et à la direction départementale des finances publiques de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
M. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
mf
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