jeudi 4 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200263 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DEREC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 février et 26 avril 2022, Mme D E, représentée par Me Dumont, demande au juge des référés :
1°) de désigner un expert, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, spécialisé en pharmacologie, chargé de se prononcer sur la prise en charge médicale dont sa fille a fait l'objet au sein de plusieurs établissements hospitaliers avant son décès ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Châteauroux, de l'établissement public Blanche de Fontarce, du centre hospitalier universitaire de Tours et du docteur C une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens, y compris ceux relatifs à la première procédure d'expertise.
Elle soutient que :
- du mois de juillet 2011 au mois de mars 2012, sa fille a été hospitalisée au sein du service de psychiatrie infantile du centre hospitalier de Châteauroux dans lequel un traitement médicamenteux particulièrement lourd lui a été prescrit ; après s'être faite prescrire d'autres médicaments par le docteur C, sa fille a présenté des douleurs abdominales, des vomissements, de la toux ainsi qu'une grande fatigue ; dans la matinée du 13 mars 2012, elle a été conduite au service des urgences du centre hospitalier de Châteauroux au sein duquel une échographie abdominale a révélé une augmentation du volume de son foie, un épanchement liquidien au niveau de son abdomen ainsi qu'une insuffisance cardiaque aigue ; après avoir sombré dans le coma et fait un arrêt cardiaque, sa fille a été transférée au service de réanimation pédiatrique du centre hospitalier universitaire de Tours où elle est décédée le 14 mars 2012 ;
- si une expertise judiciaire a déjà été ordonnée par le tribunal administratif de Limoges et que l'expert désigné, le docteur B, a rendu son rapport, il y a lieu de désigner un nouvel expert spécialisé en pharmacologie ;
- lors de la première procédure d'expertise, le principe du contradictoire n'a pas été respecté car plusieurs pièces ne lui ont pas été communiquées ; le rapport d'expertise du docteur B comporte des insuffisances et des contradictions dès lors que :
' il mentionne qu'il n'y a pas eu de rupture de la courbe pondérale de sa fille alors même qu'il s'agissait d'une enfant de composition mince ;
' la question de la surveillance effective de la prescription d'un traitement par psychotropes, neuroleptiques, antidépresseurs est cruciale alors même qu'il ne semble pas y porter une importance particulière ; or, les médicaments prescrits, qui peuvent générer des effets cardiaques secondaires, étaient probablement déconseillés pour sa fille ;
' il n'a pas analysé les interactions médicamenteuses du traitement médical que sa fille s'est vu prescrire ;
' il n'a pas jugé nécessaire d'apprécier s'il y avait eu, ou non, un retard dans la prise en charge médicale de sa fille par l'établissement Blanche de Fontarce et le centre hospitalier de Châteauroux ;
' il n'a pas apprécier ses propres préjudices ainsi que ceux de sa fille ;
- une nouvelle expertise apparaît indispensable pour statuer sur la responsabilité des établissements publics de santé et du médecin mis en cause ainsi que pour apprécier les préjudices qu'elle a subis et que sa fille a subis ; elle sollicite une contre-expertise avec la désignation d'un expert pharmacologue ;
- contrairement à ce que soutiennent les défendeurs, sa demande d'expertise est utile car l'expert ayant rendu le premier rapport n'a pas répondu à l'ensemble des questions qui lui étaient posées ; en tout état de cause, le juge des référés est compétent pour ordonner la désignation d'un nouvel expert ; pour une bonne administration de la justice, il est indispensable qu'une seule et même expertise soit ordonnée afin d'apprécier globalement la prise en charge de sa fille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, le centre hospitalier de Châteauroux, représenté par Me Valière-Vialeix, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande d'expertise est dépourvue d'utilité dès lors qu'un rapport d'expertise a déjà été rendu et que la requérante n'apporte aucun élément nouveau au soutien de sa demande ;
- contrairement à ce que soutient la requérante, le principe du contradictoire a été respecté ;
- il appartient à la requérante de discuter de la pertinence et de la portée du rapport d'expertise qui a été rendu devant la formation collégiale du tribunal qui examinera son recours au fond.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, l'établissement public départemental Blanche de Fontarce conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande d'expertise de la requérante n'est pas utile dès lors qu'une expertise a déjà été diligentée et qu'un rapport définitif a été rendu dans lequel l'expert a répondu à l'ensemble des questions qui lui étaient posées et a donné son avis sur la prise en charge de l'enfant de la requérante ;
- il relève de la compétence du juge du fond d'apprécier, dans le cadre de son pouvoir d'instruction, s'il y a lieu d'ordonner un complément d'expertise ; la demande de la requérante s'analyse comme une demande de contre-expertise qui ne relève pas du juge des référés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2022, le centre hospitalier régional universitaire de Tours conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- un rapport d'expertise ayant le même objet a déjà été rendu ; ce rapport, qui a analysé les faits et répondu à toutes les questions de la mission, est complet et permet de solutionner le litige ;
- la requérante doit être regardée comme sollicitant, en réalité, une contre-expertise, laquelle ne pourra au besoin être ordonnée que par le tribunal saisi du dossier au fond.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le docteur A C, représenté par Me Tordjman, déclare s'en rapporter à la sagesse du juge des référés quant au bien-fondé de la mesure d'expertise sollicitée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Il appartient, en vertu de ces dispositions, au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige. Dans l'hypothèse où une expertise a déjà été ordonnée et qu'il se trouve saisi d'une nouvelle demande portant sur le même objet, cette recherche porte sur l'utilité qu'il y aurait à compléter ou étendre les missions faisant l'objet de la première expertise. Si la nouvelle demande a en réalité pour objet de contester la manière dont l'expert a rempli sa mission ou les conclusions de son rapport, elle relève du tribunal administratif saisi du fond du litige, à qui il reste loisible d'ordonner, s'il l'estime nécessaire, toute mesure d'instruction.
2. Il résulte de l'instruction que, par une ordonnance n° 2000755 rendue le 11 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Limoges, juge des référés, a désigné le docteur B afin qu'il se prononce sur les conditions dans lesquelles la fille de Mme E a été prise en charge au centre hospitalier de Châteauroux. Ce rapport, rendu le 24 décembre 2021, conclut que les soins et actes médicaux dont la fillette a fait l'objet au centre hospitalier de Châteauroux " ont été diligents, attentifs et conformes aux règles de l'art médical ", que la responsabilité des établissements de santé ne lui paraît pas pouvoir être engagée mais que celle du docteur C lui paraît pouvoir l'être puisque ce dernier aurait dû hospitaliser la fillette en urgence après réception du résultat des examens médicaux passés le 12 mars 2012.
3. En tout état de cause, les questions présentées par la requérante, dans le cadre d'une nouvelle expertise, ont déjà été examinées par l'expert désigné, de sorte que la présente requête, qui ne fait état d'aucun élément nouveau dont l'expert n'aurait pas eu connaissance, constitue en réalité une critique du rapport d'expertise du 24 décembre 2021. Dans ces conditions, la critique du rapport d'expertise ainsi formulée par l'intéressée a pour objet essentiel de contester la manière dont l'expert a rempli sa mission et les conclusions de son rapport. Elle relève ainsi du seul juge du fond, que Mme E a, si elle s'y croit fondée, la possibilité de saisir, et qui appréciera, au vu de l'ensemble du dossier, s'il y a lieu d'ordonner une nouvelle expertise. Par suite, les conclusions de Mme E tendant à l'organisation d'une nouvelle expertise ne présentent pas, en l'état de l'instruction, le caractère d'utilité requis par les dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et, par suite, elles ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens :
4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". L'article R. 761-1 du même code dispose que : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
5. La présente procédure ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'expertise. Il n'appartient pas au juge des référés de faire droit aux conclusions de Mme E tendant à l'application des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative. Il s'ensuit que les demandes présentées par Mme E sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D E, à l'établissement public départemental Blanche de Fontarce, au centre hospitalier de Châteauroux, au centre hospitalier régional universitaire de Tours, à M. A F C et à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher.
(nom)GHELLAMGGGG
Limoges, le 4 août 202Le juge des référés,
P. GENSAC
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en chef,
S. CHATANDEAU
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026