Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200356

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200356
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 mars 2022, 10 février 2023 et 14 mai 2023, M. et Mme A B demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2005, à concurrence d'une somme de 133 225 euros.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- c'est à tort que l'administration fiscale, le tribunal dans son précédent jugement du 11 décembre 2014 et la cour administrative d'appel de Bordeaux dans son arrêt du 15 décembre 2016 ont considéré qu'une somme de 250 000 euros, qui correspondait en un prêt consenti à M. B par M. D et non en un bénéfice non commercial généré par son activité d'architecte, a été réintégrée dans l'assiette des revenus imposables au titre de l'année 2005.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 octobre 2022 et 21 mars 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- eu égard à l'existence d'une identité d'objet, de cause et de parties, l'autorité relative de chose jugée qui s'attache à l'arrêt n° 15BX00517 du 15 décembre 2016 de la cour administrative d'appel de Bordeaux s'oppose à ce qu'il soit à nouveau statué sur la requête des époux B ;

- la requête des époux B est tardive dès lors qu'en vertu des dispositions des articles L. 169, R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales, leur réclamation préalable, qui a été reçue le 25 août 2021, devait être présentée au plus tard le 31 décembre de la troisième année qui suit celle de la notification de la proposition de rectification, soit au plus tard le 31 décembre 2010.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

M. A B a produit un mémoire le 8 février 2024, postérieurement à l'audience, qui n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet, à raison de son activité d'architecte, d'une vérification de comptabilité, portant sur la période du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2005, à l'issue de laquelle l'administration fiscale a notamment réintégré dans la catégorie des bénéfices non commerciaux perçus au titre de l'année 2005 une somme de 250 000 euros TTC inscrite au crédit de son compte bancaire professionnel. En raison de la réintégration de cette somme dans l'assiette imposable, M. B et son épouse ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2005, pour un montant de 133 225 euros, qui ont été mises en recouvrement par voie de rôle le 30 septembre 2007. Par une réclamation du 31 octobre 2007, les époux B ont contesté ces cotisations supplémentaires. Cette réclamation a été expressément rejetée par une décision du 28 mars 2012. Par un jugement n° 1200751 du 11 décembre 2014, confirmé en appel par un arrêt n° 15BX00517 du 15 décembre 2016 de la cour administrative d'appel de Bordeaux, le tribunal a rejeté leur requête tendant à la décharge de ces impositions. Par un courrier du 18 août 2021, reçu le 25 août 2021, les époux B ont à nouveau formé une réclamation en vue d'obtenir le dégrèvement de cette somme de 133 225 euros. Cette réclamation a été rejetée par une décision du 13 janvier 2022. Par cette requête, M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires mises à leur charge au titre de l'année 2005, pour un montant de 133 225 euros.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article R. 196-3 du même livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ". Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable qui a fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification dispose, pour présenter ses propres réclamations, d'un délai égal à celui fixé à l'administration pour établir l'impôt, lequel expire, s'agissant de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur les sociétés, le 31 décembre de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la proposition de rectification lui a été régulièrement notifiée.

4. Il résulte de l'instruction que les cotisations d'impôt sur le revenu en litige ont été mises en recouvrement par voie de rôle le 30 septembre 2007, de sorte que la réclamation contentieuse des requérants, qui a été reçue le 25 août 2021, a été formée après l'expiration du délai général de réclamation prévu par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, et alors qu'il ressort des écritures des époux B qu'ils ont formulé leurs observations sur la proposition de rectification du 3 avril 2007 par un courrier du 3 mai 2007, date à laquelle ils ne peuvent ainsi qu'être regardés comme ayant reçu notification de cette proposition de rectification, il résulte de l'instruction que leur réclamation contentieuse, reçue le 25 août 2021, a été présentée après le 31 décembre de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la proposition de rectification a été notifiée, soit après l'expiration du délai spécial de réclamation prévu à l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales. Il s'ensuit que la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne est fondée à faire valoir que la réclamation contentieuse de M. et Mme B a été présentée tardivement et, qu'ainsi, leur requête est irrecevable.

5. En second lieu, au surplus, aux termes de l'article 1355 du code civil : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité ".

6. Comme le fait valoir la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne en défense, l'autorité de chose jugée qui s'attache à l'arrêt n° 15BX00517 du 15 décembre 2016 de la cour administrative d'appel de Bordeaux fait obstacle, compte tenu de l'existence d'une identité d'objet, de cause et de parties, à ce qu'il soit fait droit à la requête des époux B.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête des époux B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des époux B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUSLa greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la solidarité industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. C

mf