mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200381 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | VILLATEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, Mme A C, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 en tant que la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a refusé de conférer une autorisation partielle d'exploiter un bien agricole lui appartenant au GAEC MALTERRE pour une surface de 23,17 hectares correspondant au lot n°1 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a conféré une autorisation partielle d'exploiter un bien agricole lui appartenant à Mme E F pour une surface de 23,17 hectares, correspondant au lot n°1 ;
3°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a rejeté son recours gracieux ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les arrêtés du 4 novembre 2021 et la décision portant rejet de son recours gracieux sont insuffisamment motivés ;
- ces décisions méconnaissent le principe du contradictoire dès lors qu'elles se bornent à viser l'avis de la CDOA du 21 octobre 2021 sans en expliciter la teneur et sans que cet avis ne lui ait été communiqué au préalable ;
- la préfète a commis une erreur de droit dans l'application de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime, en considérant qu'elle devait accorder une autorisation à Mme F dès lors qu'elle avait obtenu la note la plus élevée ;
- ces décisions portent atteinte à son droit de propriété et à sa liberté de contracter ;
- elles ont pour effet de déprécier la valeur de ses terres et d'engendrer des frais supplémentaires.
Par un mémoire, enregistré le 6 septembre 2022, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Par un mémoire du 5 janvier 2023, Mme F, représentée par Me Vilatel, conclut au rejet de la requête comme non fondée et à la mise à la charge de Mme C d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha, premier conseiller,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- et les observations de Me Roy, pour Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux arrêtés du 4 novembre 2021, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a, d'une part, autorisé le GAEC MALTERRE à exploiter des terres appartenant à M. B et à Mme C, pour une surface de 7,5 hectares appartenant à cette dernière, tout en lui refusant le droit d'exploiter 23,17 hectares appartenant également à Mme C, d'autre part, autorisé Mme F a exploité 23,17 hectares appartenant à Mme C, tout en lui refusant le droit d'exploiter 7,5 hectares appartenant à ce même propriétaire. Mme C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés en tant qu'ils ont accordé à Mme F l'autorisation d'exploiter 23,17 hectares lui appartenant et qu'ils ont refusé au GAEC MALTERRE cette même autorisation. Elle demande également l'annulation de la décision du 20 janvier 2022 portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes du II de l'article R. 331-6 de ce code : " La décision d'autorisation ou de refus d'exploiter prise par le préfet doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles au regard des critères énumérés à l'article L. 331-3 () ".
3. Les arrêtés en litige, après avoir visé les textes applicables, et s'être référés au schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) Nouvelle-Aquitaine arrêté le 17 mars 2021 ainsi qu'à l'avis émis par la commission départementale d'orientation agricole (CDOA) du 21 octobre 2021, précisent la localisation des terres visées par les différentes demandes, la situation personnelle des demandeurs et indiquent, au regard en particulier des critères de priorité fixés par les articles 3 et 5 du schéma directeur, les motifs de fait et de droit ayant conduit à retenir la candidature du GAEC MALTERRE pour le lot n°2 et celui de Mme F pour le lot n°1. Dans ces conditions, et sans que n'y fasse obstacle la circonstance que la teneur de l'avis de la CDOA ne soit pas précisée, les arrêtés en litige sont suffisamment motivés au regard des exigences des dispositions du II de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime. Il en va de même de la décision du 20 janvier 2022 qui vise expressément la décision qu'elle confirme, qui était régulièrement motivée et dont elle s'approprie tant les motifs que le dispositif.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime: " I.- La commission départementale d'orientation de l'agriculture mentionnée à l'article R. 313-l peut être consultée sur les demandes d'autorisation d'exploiter auxquelles il est envisagé d'opposer un refus pour l'un des motifs prévus à l'article L. 331-3-1. Dans ce cas, et lorsque des candidatures concurrentes ont été enregistrées sur tout ou partie des biens qui font l'objet de la demande, l'ensemble des dossiers portant sur ces biens lui est soumis au cours de la même séance. Les candidats, les propriétaires et les preneurs en place sont informés de la date d'examen des dossiers les concernant par la commission par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou remise contre récépissé. ".
5. Aucune disposition, notamment pas celles de l'article R. 311-5 du code rural et de la pêche maritime ni aucun principe général n'obligeaient la préfète de la Haute-Vienne à communiquer à la requérante l'avis de la CDOA du 21 octobre 2021, ni à lui faire part de la teneur de cet avis. Par suite, et alors que les moyens tenant à la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 5 du code de justice administrative ne peuvent utilement être invoqués, le moyen tenant au vice de procédure dont seraient entachées les décisions en litige doit être écarté.
6. En troisième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. Ce contrôle a aussi pour objectifs de : 1° Consolider ou maintenir les exploitations afin de permettre à celles-ci d'atteindre ou de conserver une dimension économique viable au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles ; 2° Promouvoir le développement des systèmes de production permettant de combiner performance économique et performance environnementale, dont ceux relevant du mode de production biologique au sens de l'article L. 641-13, ainsi que leur pérennisation ; 3° Maintenir une agriculture diversifiée, riche en emplois et génératrice de valeur ajoutée, notamment en limitant les agrandissements et les concentrations d'exploitations au bénéfice, direct ou indirect, d'une même personne physique ou morale excessifs au regard des critères précisés par le schéma directeur régional des exploitations agricoles ". Aux termes de l'article L. 331-2 du même code : " I. Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. () ; 2° Quelle que soit la superficie en cause, les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles ayant pour conséquence : a) De supprimer une exploitation agricole dont la superficie excède le seuil mentionné au 1° ou de ramener la superficie d'une exploitation en deçà de ce seuil ; b) De priver une exploitation agricole d'un bâtiment essentiel à son fonctionnement, sauf s'il est reconstruit ou remplacé ; 3° Quelle que soit la superficie en cause, les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole : a) Dont l'un des membres ayant la qualité d'exploitant ne remplit pas les conditions de capacité ou d'expérience professionnelle fixées par voie réglementaire ; b) Ne comportant pas de membre ayant la qualité d'exploitant ; c) Lorsque l'exploitant est un exploitant pluriactif, remplissant les conditions de capacité ou d'expérience professionnelle, dont les revenus extra-agricoles excèdent 3 120 fois le montant horaire du salaire minimum de croissance, à l'exception des exploitants engagés dans un dispositif d'installation progressive, au sens de l'article L. 330-2 ; 4° Lorsque le schéma directeur régional des exploitations agricoles le prévoit, les agrandissements ou réunions d'exploitations pour les biens dont la distance par rapport au siège de l'exploitation du demandeur est supérieure à un maximum qu'il fixe ; 5° Les créations ou extensions de capacité des ateliers de production hors sol au-delà d'un seuil de production fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée :1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ;2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; 3° Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration d'exploitations au bénéfice d'une même personne excessifs au regard des critères définis au 3° de l'article L. 331-1 et précisés par le schéma directeur régional des structures agricoles en application de l'article L. 312-1, sauf dans le cas où il n'y a pas d'autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré, ni de preneur en place ; () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 3 du SDREA applicable : " En cas de demandes concurrentes dans un même rang de priorité et afin de dégager les demandes les plus prioritaires, l'autorité administrative compétente départage les demandes entre elles selon la grille de critères définie à l'article 5 du présent arrêté. Pour cela, chaque critère de la grille est analysé et les points correspondant à la situation du demandeur sont additionnés. L'autorisation est accordée à la demande ayant obtenu le plus de points. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que pour départager les demandes concurrentes du GAEC MALTERRE et de Mme F, la préfète s'est fondée, d'une part, sur les dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, d'autre part, sur les articles 3 et 5 du SDREA du 17 mars 2021. Au vu des critères établis par ces dispositions, la demande de Mme F, laquelle a obtenu la note la plus élevée avec 65 points pour le lot 1 de 23,17 ha, a été classée avec un rang de priorité supérieur à celle présentée par le GAEC MALTERRE qui n'a obtenu que 50 points pour ce lot. A contrario, en ce qui concerne le lot n°2, la demande du GAEC MALTERRE ayant obtenu avec 60 points une note supérieure à celle de Mme F qui n'a obtenu que 55 points, la demande du GAEC a été classée avec un rang de priorité supérieur pour ce lot. En procédant de la sorte et en retenant les candidats ayant recueilli le plus de points pour chacun des lots concernés, alors même que les demandes concurrentes du GAEC et de Mme F étaient toutes deux classées au rang de priorité 1, la préfète de la région de Nouvelle-Aquitaine n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application des dispositions citées aux points 6 et 7.
9. En quatrième lieu, si le contrôle des structures agricoles concerne, en principe, l'exploitation d'un bien, il est susceptible d'entraîner indirectement des limitations à l'exercice du droit de propriété, notamment en empêchant un propriétaire d'exploiter lui-même un bien qu'il a acquis faute de disposer de l'autorisation prévue par les dispositions critiquées, ou en faisant en pratique obstacle à ce qu'un propriétaire puisse aliéner ou louer son bien, faute pour l'acquéreur ou le preneur éventuel d'avoir obtenu cette autorisation. Cependant, ces limitations n'ont pas un caractère de gravité telle que le sens et la portée de ce droit en soient dénaturés et sont justifiées et proportionnées aux objectifs d'intérêt général définis à l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime. En outre, la règlementation des contrôles des structures agricoles s'apprécie indépendamment de celle qui régit les baux ruraux, dont l'article L. 411-58 du code rural et de la pêche maritime, qui constitue une législation distincte. Il en résulte que Mme C ne peut utilement soutenir que l'arrêté litigieux porte atteinte à son droit de propriété ni à sa liberté de contracter.
10. En cinquième lieu, si la requérante soutient que le morcellement des terres résultant des décisions en litige aurait pour effet de déprécier leur valeur, elle ne justifie pas en quoi la location des terres lui appartenant à deux preneurs différents aurait une incidence sur la valeur vénale de ses parcelles. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. En sixième lieu, l'intéressée soutient que des baux distincts entraineraient des coûts supplémentaires pour elle. Toutefois, outre que cette affirmation n'est pas étayée, il résulte de ce qui a été dit au point 9 qu'une telle circonstance relève d'une législation distincte. Par suite, le moyen doit être écarté en tant qu'il est inopérant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C une somme de 1 200 euros à verser à Mme F au titre des frais exposés par celle-ci et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera à Mme F une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine et à Mme E F.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne
à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La greffière,
M. D
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026