Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200599

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 avril, 9 mai 2022 et 20 mars 2023, M. A C, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 17 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a interrompu le versement de son revenu de solidarité active à compter du 15 novembre 2021 ;

2°) d'annuler la décision implicite du 17 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a mis à sa charge la somme totale de 17 246,02 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active ;

3°) d'annuler la décision du 17 mars 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne a rejeté ses demandes de remise de dettes concernant des indus d'un montant de 6 222 euros au titre de l'allocation de logement sociale, d'un montant de 304,90 euros au titre de primes exceptionnelles de fin d'année pour les mois de décembre 2019 et décembre 2020 et d'un montant de 300 euros au titre d'aides exceptionnelles de solidarité pour les mois de mai 2020 et novembre 2020.

Il soutient que :

- il a fourni tous les documents demandés par l'administration ;

- il utilise un système informatique qui utilise un VPN indiquant un IP étranger ;

- ses revenus sont versés sur le compte bancaire de sa mère ;

- il se déplace rarement à l'étranger ;

- le virement de 29 000 euros qui lui est reproché constitue une aide médicale pour une amie ;

- les sociétés étrangères qu'il a créées bénéficient de faibles investissements ;

- il est dans une situation financière difficile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête en tant qu'elle est irrecevable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. B a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 17 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a interrompu le versement de son revenu de solidarité active à compter du 15 novembre 2021, la décision implicite du 17 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a mis à sa charge la somme totale de 17 246,02 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active pour la période de novembre 2018 à septembre 2021 et la décision du 17 mars 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales (Caf) de la Haute-Vienne a confirmé des indus d'un montant de 6 222 euros au titre de l'allocation de logement sociale pour la période de novembre 2019 à septembre 2021, d'un montant de 304,90 euros au titre de primes exceptionnelles de fin d'année pour les mois de décembre 2019 et décembre 2020 et d'un montant de 300 euros au titre d'aides exceptionnelles de solidarité pour les mois de mai 2020 et novembre 2020.

Sur la demande de remise gracieuse au titre des prestations susvisées :

2. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 susvisé : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / Une seule aide est due par foyer ". Aux termes de l'article 3 du décret 29 décembre 2020 susvisé : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. Une seule aide est due par foyer ". Selon les articles 1er et 2 du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires et du décret du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires, l'aide exceptionnelle de solidarité, d'un montant de 150 euros, est versée au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 aux bénéficiaires du revenu de solidarité active dont le montant de l'allocation n'est pas nul durant ces mois.

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation de logement sociale, de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

4. En l'espèce, au mois de septembre 2021, suite à plusieurs déclarations trimestrielles effectuées depuis l'étranger, un contrôle a été diligenté par la Caf lequel a donné lieu à un rapport d'enquête. Il résulte de celui-ci, dont les conclusions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. C n'a pas déclaré son absence du territoire national depuis le mois de mars 2017, qu'il a réalisé à plusieurs reprises de fausses déclarations de ressources trimestrielles de l'étranger, qu'il a dirigé plusieurs sociétés dans des pays européens et a créé trois sociétés au Royaume-Uni entre 2019 et 2021, qu'il n'est plus titulaire d'un compte bancaire en France depuis le mois de juin 2016, que le relevé d'identité bancaire fourni le 16 septembre 2014 à la Caf est en réalité au nom de sa mère et que, d'autre part, sa mère a également effectué à plusieurs reprises des virements bancaires sur des comptes en République Tchèque, en Bulgarie, en Slovaquie et au Royaume-Uni, comptes bancaires détenus pour les trois derniers pays par son fils. L'intéressé ne produit aucune pièce pouvant remettre en cause ces faits. Aussi, compte tenu du caractère frauduleux des agissements du requérant, aucune remise gracieuse ne peut lui être accordée.

Sur la fin du versement du revenu de solidarité active :

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Il résulte de ces dispositions que pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources qu'il perçoit.

6. Il résulte des dispositions précitées du point 5 que, pour bénéficier du revenu de solidarité active, le demandeur doit notamment remplir les conditions de ressources précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Il résulte de l'instruction qu'alors que, comme il a été dit au point 4, un contrôle opéré par un agent assermenté a mis en évidence que M. C ne remplissait plus, à compter de novembre 2018, les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à établir qu'il devait bénéficier du revenu de solidarité active à la date de cessation de ses droits et que notamment sa situation avait changé à la date de la cessation du versement de ce revenu. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a rejeté implicitement, le 17 mars 2022, son recours contre une décision du 15 novembre 2021 portant cessation de ses droits au revenu de solidarité active.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département de la Haute-Vienne, que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, au département de la Haute-Vienne et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

A. B

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet de la Haute-Vienne en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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