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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200653

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200653

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantRACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 mai 2022 et 22 juin 2023, la SAS ECOLIM, représentée par Me Ledoux demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'établissement public national FranceAgriMer du 9 mars 2022, portant refus de paiement de l'aide de l'Union européenne relative au fonds opérationnel de l'année 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision ne pouvait à bon droit se fonder sur le caractère incomplet et par suite irrecevable de la demande d'aide déposée le 15 février 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, FranceAgriMer conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 2200/96 du conseil du 28 octobre 1996 portant organisation commune des marchés dans le secteur des fruits et légumes ;

- le règlement (UE) n° 543/2011 de la commission du 7 juin 2011 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 404/2011 de la Commission du 8 avril 2011 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche ;

- le règlement délégué (UE) 2017/891 de la Commission du 13 mars 2017 complétant le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les secteurs des fruits et légumes et des produits transformés à base de fruits et légumes ainsi que le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les sanctions à appliquer dans ces secteurs et modifiant le règlement d'exécution (UE) n° 543/2011 de la Commission ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS ECOLIM, dont le siège est situé à Vignols (19130) a été reconnue par un arrêté du 6 septembre 2010 organisation de producteurs de fruits et de légumes au sens du droit de l'Union européenne. Cette société demande au tribunal d'annuler la décision du 9 mars 2022 par laquelle FranceAgriMer a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 21 septembre 2021 par laquelle cet établissement public a rejeté sa demande d'aide au titre du fonds opérationnel 2020. Elle doit également être regardée comme demandant l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions en annulation dirigées contre les décisions du 21 septembre 2021 et du 9 mars 2022 :

2. Aux termes de l'article 69 du règlement (UE) n° 543/2011 : " 1. Les organisations de producteurs introduisent une demande d'aide ou de solde de l'aide auprès de l'autorité compétente de l'État membre pour chaque programme opérationnel pour lequel une aide est demandée au plus tard le 15 février de l'année suivant celle pour laquelle l'aide est demandée. 2. Les demandes d'aide sont accompagnées des pièces justificatives indiquant : (). 4. Lorsque les demandes sont présentées après la date prévue au paragraphe 1, l'aide est réduite de 1 % par jour de retard. ".

3. Il ressort des termes des décisions contestées que, pour décider de ne pas donner une suite favorable à la demande d'aide au titre du fonds opérationnel 2020 formulée par la société requérante, FranceAgriMer s'est fondée, à titre principal, sur le motif que la demande d'aide était incomplète, en ce sens que " les justificatifs indispensables déposés dans le téléservice n'étaient pas conformes ou manquaient par rapport aux obligations réglementaires, à savoir l'article 69-2 du R(UE) 543/2011 et l'annexe W ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de la SAS requérante a été reçue par FranceAgriMer le 15 février 2021 pour la partie dématérialisée et le 16 février 2021 pour la partie matérialisée, soit pour cette dernière, un jour après la date limite de dépôt prévue par l'article 69 du règlement (UE) n° 543/2011 cité au point 7. Il ressort de ces mêmes pièces que le 2 mars 2021, FranceAgriMer a pris contact avec la SAS afin de lui préciser les éléments et informations indispensables à l'instruction de son dossier à transmettre avant le 12 mars 2021, à savoir les états extracomptables signés par le commissaire aux comptes, l'attestation comptable d'alimentation du fonds opérationnel également signée, l'attestation relative à la VPC portant sur la bonne période, l'explication d'une incohérence entre les différents documents comptables fournis sur la synthèse EEC à fournir. Le 3 mars 2021, la SAS a transmis les états extracomptables et l'attestation d'alimentation du fonds opérationnel signé par l'expert-comptable. S'agissant de l'attestation relative à la VPC, la SAS soutient sans être contredite qu'une attestation sur la bonne période avait déjà été communiquée à l'appui de la modification du programme opérationnel portant sur l'année en cours sollicitée en 2020 et que les données qu'elle contenait n'avaient pas été modifiées. Il ressort également des pièces que s'agissant de la synthèse EEC, qui avait été transmise dès le 16 février 2021, des échanges par mail sont intervenus entre la SAS et FranceAgriMer à compter du mois de mars, la SAS transmettant un tableau récapitulatif par producteur corrigé le 8 avril 2021, dont FranceAgriMer a accusé réception le lendemain en indiquant à la société procéder à des modifications. Le 13 avril suivant, FranceAgriMer a demandé des nouveaux documents à la SAS requérante en fixant une date de retour au 23 avril 2021. Par un mail du 23 avril 2021, la SAS ECOLIM a produit les éléments demandés, ce dont a pris acte l'établissement public défendeur par un mail du 23 avril 2021, indiquant que le dossier " était transmis en supervision ".

5. Eu égard aux dispositions citées au point 2 et alors qu'il résulte de la chronologie exposée au point 4 que la SAS ECOLIM avait produit un dossier dès le 16 février 2021, que les pièces obligatoires initialement demandées avaient été produites dès le 3 mars 2021, que la synthèse EEC était " facultative " selon les termes mêmes du courrier du 2 mars 2021 de FranceAgriMer et a été régularisée à la suite des différents échanges survenus, cet organisme ne pouvait rejeter la demande d'aide en cause dans le présent litige au motif que cette dernière était irrecevable faute de " comporter les justificatifs indispensables " mais devait appliquer les réfactions prévues au 4. de l'article 69 du règlement précité. Dans ces conditions, FranceAgriMer a commis une erreur de droit justifiant que soient annulées les deux décisions contestées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les frais de justice :

6. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société requérante présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 21 septembre 2021 et du 9 mars 2022 de FranceAgriMer sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la SAS ECOLIM et à FranceAgriMer.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Crosnier, premier conseiller,

- M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

mf

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