Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200712
mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrés le 27 mai 2022, le 14 juin 2022 et le 25 juillet 2022, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle le ministre des armés a abaissé au taux de 17% le montant de sa prime de rendement à compter de la paye de juin 2022 et a informé l'intéressé qu'il procédait à la récupération d'un trop perçu de rémunération, lié à cette prime de rendement, pour la période du 1er juin 2020 au 31 mai 2022, en tant que la baisse de cette prime de rendement n'a pas été dégressive.
Il soutient, d'une part, que les règles de l'instruction n° 10250/DEF/SGA/DFP du 16 juillet 2003 ont été méconnues dès lors qu'il aurait dû lui être fait application d'un dégrèvement de prime de rendement de 2% par an maximum alors qu'un taux de réfaction de 11,97% lui a été appliqué immédiatement.
Il soutient, d'autre part, que d'autres ouvriers d'Etat dans sa situation n'ont pas eu à rembourser les sommes perçues à tort au titre de cette prime et que la décision du ministre de récupérer auprès de lui les sommes indument perçues le place " dans une grande difficulté financière ".
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête comme non fondée.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 48-1437 du 14 septembre 1948 ;
- l'arrêté du 8 février 2007 fixant le régime de maintien de la rémunération du personnel à statut ouvrier du ministère de la défense muté dans le cadre des restructurations ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A était ouvrier de l'Etat, groupe VII 8ème échelon, employé au groupement industriel des armements terrestres (GIAT) industrie à Tulle. Le 1er janvier 2004, dans le cadre d'une opération de restructuration, il a réintégré le ministère des armées et a été affecté au pôle logistique imprimerie de Tulle. Il a alors bénéficié d'un régime particulier de prime de rendement, institué dans le cadre d'un dispositif social d'accompagnement prévoyant, notamment, le maintien de ses conditions de rémunération et une augmentation de sa prime de rendement de 17% à 28,97%. L'intéressé ayant bénéficié d'un avancement dans le grade d'ouvrier de l'Etat hors groupe 9ème échelon le 1er avril 2020, le ministre des armées a estimé que la compensation de sa rémunération par la fixation du taux de la prime de rendement à 28,97 % n'était plus justifiée. Par une décision du 3 mai 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le ministre des armées a ainsi ramené à 17% la prime de rendement devant être perçue par l'intéressé à compter du mois de juin suivant et a engagé une procédure de répétition de l'indu pour recouvrer les sommes versées à tort pour la période de juin 2020 à fin mai 2022, au titre de cette même prime de rendement.
Sur la légalité de la décision du 3 mai 2022 en tant qu'elle fixe à 17% le taux de prime de rendement de l'intéressé à compter du 1er juin 2022 :
2. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 8 février 2007 susvisé qui a repris les dispositions de l'instruction n° 10250/DEF/SGA/DFP du 16 juillet 2003 abrogée par une instruction du 17 janvier 2019 : " Tout ouvrier muté conserve le taux de prime de rendement qu'il détenait avant sa mutation ; au cas où ce taux aurait varié au cours des douze mois précédant la mutation, il est fait application de la moyenne constatée au cours de ces douze mois. En aucun cas le fait d'attribuer un taux supérieur au taux moyen de l'établissement ne peut avoir pour effet de baisser le montant de la prime de rendement des ouvriers déjà en fonction dans l'établissement d'accueil. Le montant de la prime de rendement, maintenu la première année, peut par la suite diminuer de 2 % par an au maximum, dans la limite de l'évolution du bordereau de salaire de l'année considérée, jusqu'à ce que son taux atteigne le taux moyen de 16 %. ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Une comparaison est effectuée entre les primes et indemnités diverses perçues avant la mutation autres que celles évoquées ci-dessus, et qui ne se retrouveraient pas à l'identique dans les autres établissements (taux, montant, appellation), et les indemnités perçues dans la nouvelle affectation. La différence constatée est compensée par une majoration de la prime de rendement, dans le respect du plafond réglementaire des 32 % (en aucun cas le fait d'attribuer un taux supérieur au taux moyen de l'établissement ne peut avoir pour effet de baisser le montant de la prime de rendement des ouvriers déjà en fonction dans l'établissement d'accueil). Cette compensation concerne notamment les primes horaires versées en fonction des heures de travail effectif aux agents déjà en service à la date d'effet de l'instruction interministérielle n° 302437/DEF/SGA/DFP/PER/3 du 14 septembre 2000 relative à l'attribution des primes de sujétions susceptibles d'être allouées à certains ouvriers de l'Etat. Sont exclues par contre les indemnités allouées en remboursement de frais telles que la prime de panier et les frais de déplacements. Le montant de la prime de rendement correspondant à cette compensation, maintenu la première année, peut par la suite diminuer d'un maximum de 2 % par an, dans la limite de l'évolution du bordereau de salaire, jusqu'à être entièrement résorbé. ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " Les cas des ouvriers mutés bénéficiant d'un avancement de groupe ou d'échelon dans l'établissement d'accueil doivent faire l'objet d'un examen de situation au regard de l'opportunité du maintien de la rémunération. Si la rémunération globale à percevoir dans le nouveau groupe de salaire considéré est inférieure à celle qui doit être maintenue, le régime de maintien de rémunération prévu par les dispositions énoncées ci-dessus sera conservé, la dégressivité annuelle des 2 % pouvant, éventuellement, modifier le montant de la prime de rendement. En revanche, il est mis fin au maintien du taux majoré de la prime de rendement pour maintenir la rémunération globale lorsque l'ouvrier est susceptible de bénéficier, dans le nouveau groupe de salaire, d'une rémunération globale supérieure à celle qu'il percevait en application de son contrat de mobilité. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le taux de la prime de rendement alloué à M. A a été fixé, en 2004, à la faveur de sa mutation au sein du ministère des armées dans les conditions exposées au point 1, à 28,97% afin de compenser la perte de la rémunération perçue dans son ancien établissement, soit 613,88 euros, de sorte que sa rémunération globale, incluant cette prime, s'élevait à 2 903,22 euros. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'à la suite de l'avancement d'échelon dont il a bénéficié le 31 mars 2020, sa rémunération globale, incluant la prime de rendement à 28,97% s'est élevé à 3 355,77 euros. Dès lors que cet avancement d'échelon a conduit M. A à percevoir une rémunération globale supérieure à celle qu'il percevait avant la restructuration, le ministre des armées était fondé à faire application du dernier alinéa de l'article 7 de l'arrêté du 8 février 2007 et à diminuer immédiatement sa prime de rendement à hauteur du taux moyen de 17%, laquelle diminution a conduit à fixer la rémunération brute mensuelle perçue par l'intéressé à compter de juin 2022 à 3 092,23 euros, à l'exclusion de toute mise en œuvre d'une dégressivité de 2% par an, une telle dégressivité n'étant pas prévue dans l'hypothèse fixée par ce dernier alinéa. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en arrêtant à 17% le taux de sa prime de rendement à compter du mois de juin 2022, le ministre des armées aurait commis une erreur de droit.
Sur la légalité de la décision du 3 mai 2022 en tant qu'elle prévoit une récupération d'un indu de prime de rendement sur la période du 1er juin 2020 au 31 mai 2022 pour un montant de 7 455,77 euros :
4. Tout d'abord, le requérant qui indique qu'" il n'y a jamais eu de notifications de trop perçu exigées aux nombreux ouvriers d'Etat concernés dans cet établissement ", ne peut utilement invoquer la méconnaissance du principe d'égalité, au motif que d'autres ouvriers d'Etat, à supposer même cette circonstance établie, auraient été autorisés, par mesure de faveur, à ne pas rembourser l'indu de prime de rendement qu'ils auraient perçue à tort.
5. Ensuite, si le demandeur se prévaut des difficultés financières qu'il rencontre pour s'acquitter de la somme de 7 455,77 euros mise à sa charge, d'une part, il ne conteste pas la légalité d'une décision de rejet d'une demande de remise gracieuse, d'autre part, il n'appartient pas au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur l'obligation de payer une somme à la suite de l'émission d'un titre de perception, d'accorder une remise gracieuse de la somme légalement due ou des délais de paiement.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La greffière,
M. B
mf