Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200771
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200771 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2022, M. F B, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a confirmé la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 29 décembre 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'autorité ayant décidé des poursuites n'était pas compétente pour le faire, en méconnaissance de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale ;
- la compétence du président de la commission de discipline n'est pas établie ; il n'est pas établi que le premier assesseur ne soit pas le rédacteur du compte rendu d'incident ;
- il n'est pas établi qu'il ait pu consulter son dossier plus de trois heures avant l'audience disciplinaire du 29 décembre 2021 ; le dossier communiqué à son conseil postérieurement à la réunion de la commission, mentionne seulement " refuse de signer ", sans qu'il soit établi que ce dossier ait été effectivement consulté ; en ne lui permettant pas de conserver une copie du dossier, l'administration ne lui a pas permis de préparer utilement sa défense ;
- la décision est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;
- la sanction contestée est disproportionnée et entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par l'intéressé ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2022.
La clôture de l'instruction a été fixée au 19 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ni représentée :
- le rapport de M. Artus,
- les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, incarcéré depuis le 20 janvier 2012, a rejoint la maison centrale de Saint-Maur le 7 octobre 2020. Il demande d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 29 décembre 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. () ". L'institution, par ces dispositions, d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. En outre, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité et si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure () ".
4. En vertu de l'article 7 d'une décision du 1er juillet 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre n° 36-2021-126 du 12 octobre 2021, M. G E était, en sa qualité de commandant, compétent pour décider, le 23 décembre 2021, de l'engagement des poursuites disciplinaires contre M. B en application de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision d'engagement des poursuites manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ".
6. D'une part, en vertu de l'article 2 d'une décision du 1er juillet 2021 de la cheffe d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, et du tableau annexé, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Indre cité au point précédent, M. C disposait, en sa qualité de directeur adjoint, de la compétence pour présider la commission de discipline. D'autre part, le compte-rendu d'incident du 14 décembre 2021 a été rédigé par un agent dont les initiales sont M. A, lequel n'a pas siégé au sein de la commission de discipline du 29 décembre 2021 puisqu'elle ne comprenait aucun membre portant ces initiales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée de vices de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées à l'article précédent, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande ". Selon l'article R. 57-7-16 de ce code : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes ". Aux termes de l'article R. 57-7-17 du même code : " La personne détenue est convoquée par écrit devant la commission de discipline () ".
8. En l'espèce, M. B soutient qu'il n'a pu conserver une copie de son dossier disciplinaire, ce qui aurait porté atteinte aux droits de la défense. Toutefois, si la consultation de son dossier par l'intéressé avant sa comparution devant la commission de discipline constitue une garantie destinée à lui permettre de préparer sa défense, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre au détenu de conserver une copie de son dossier disciplinaire. Par ailleurs, le requérant a pu consulter le dossier de la procédure disciplinaire le 27 décembre 2021 à 16h25, soit dans le respect du délai prévu par les dispositions précitées. Enfin, si l'intéressé soutient qu'il n'a pas pu consulter son dossier, la mention " refuse de signer " n'étant pas, selon lui, de nature à établir cette consultation, il produit toutefois un document intitulé " état des pièces du dossier " attestant d'une remise des pièces du dossier disciplinaire à la date et l'heure précitées. Par suite, en se bornant à en contester l'exactitude sans faire état d'aucune circonstance précise permettant d'établir qu'il aurait été empêché de consulter son dossier, M. B n'établit pas que la notification des documents en question aurait été irrégulière. Par suite, le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté en toutes ses branches.
9. En quatrième lieu, il ressort du compte-rendu d'incident, établi le 14 décembre 2021, et du rapport d'enquête, établi le 22 décembre suivant, lesquels font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'un surveillant a demandé à l'intéressé, le 14 décembre 2021 à 8h15, d'ouvrir ses mains avant le menottage et qu'en réponse, M. B a répondu de manière agressive des propos outrageants tout en tenant son sexe à travers son pantalon. Si le requérant soutient que les faits reprochés, qu'il conteste formellement, ne sont établis par aucun élément du dossier et sont sujets à caution dès lors qu'aucun témoignage n'a été joint à la procédure disciplinaire, il se borne à contester d'une manière générale ces faits et ne justifie d'aucun élément de nature à contredire sérieusement les constatations ressortant des compte-rendu et rapport d'enquête précités. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la sanction litigieuse reposerait sur des faits inexacts.
10. Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale dans sa rédaction alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 de ce code dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () 8° La mise en cellule disciplinaire ". En vertu de l'article R. 57-7-47 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré () ".
11. Les faits évoqués au point précédent doivent être regardés, en application des dispositions précitées de l'article 57-7-1 du code de procédure pénale, comme constitutifs d'une faute disciplinaire du premier degré susceptible de justifier une sanction à l'encontre du requérant. Eu égard à la gravité des faits reprochés ainsi qu'aux antécédents disciplinaires du requérant, qui a comparu à de nombreuses reprises devant la commission de discipline pour des faits comparables, ladite commission n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni infligé une sanction disproportionnée à l'intéressé en prononçant à son encontre une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire assortie d'un sursis de cinq jours, actif pendant six mois, sanction qui a été maintenue par la décision en litige.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui avait été infligée le 29 décembre 2021 par la commission de discipline de la maison centrale de Saint-Maur. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. F B, à l'Aarpi Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président-rapporteur,
Mme Siquier, première conseillère,
Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le président,
D. ARTUS
Le premier assesseur,
H. SIQUIER
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
La greffière
M. Dcg
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