Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200788

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200788
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBRG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges annule le titre de recettes émis le 16 mai 2022 par le SDIS de la Corrèze, qui réclamait 328 euros à la société Centre départemental de télésurveillance sécurité pour une intervention de secours. Le tribunal retient que le titre ne mentionnait pas la délibération fixant les tarifs, ni ne faisait référence à un document joint, en méconnaissance de l’article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012. Cette annulation pour vice de forme n’emporte pas extinction de la créance, et la demande de décharge est rejetée, les moyens relatifs au bien-fondé n’étant pas examinés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 juin et 11 septembre 2022, la société Centre départemental de télésurveillance sécurité, représentée par Me Chichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recettes émis le 16 mai 2022, par lequel le directeur départemental du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Corrèze a mis à sa charge une somme de 328 euros pour des frais d'intervention ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge du SDIS une somme de 1 500 euros à verser à la société Centre départemental de télésurveillance sécurité société en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire ne fait pas état de manière suffisante des bases de la liquidation de la créance ;

- il ne comporte pas la signature de l'ordonnateur et il appartient au SDIS de justifier de la compétence de Mme C ;

- il comporte une erreur de fait quant à la désignation du débiteur de la créance, la société ne pouvant être regardée comme étant la bénéficiaire de l'intervention de secours du SDIS qui est réalisée au seul profit de la personne physique secourue ;

- la créance n'est pas fondée dès lors que les frais d'intervention facturés relèvent des missions du SDIS.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le SDIS de la Corrèze représenté par Me Vendé, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés et demande à titre subsidiaire une substitution de motifs en substituant au motif initialement retenu " intervention SP personne bloquée dans un ascenseur " le motif " intervention SP levée de doute ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un titre de recettes émis le 16 mai 2022, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Corrèze a réclamé à la société Centre départemental de télésurveillance sécurité une somme de 328 euros, pour des frais d'intervention exposés le 11 avril 2022 chez un client de cette société, M. A. La société demande l'annulation de ce titre et la décharge de la somme qu'il a mis à sa charge.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Il résulte de ces dispositions qu'une créance ne peut être mise en recouvrement sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'administration se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

3. Si le titre exécutoire en litige, se réfère aux articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et aux articles L. 1617-5, D. 1617-23, R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du code général des collectivités territoriales, il ne se réfère pas à la délibération du 15 décembre 2021 instituant les tarifs appliqués aux usagers pour la participation aux frais de certaines des interventions réalisées par le SDIS pour l'année 2022. Si comme le soutient le SDIS, il est effectivement fait mention de cette délibération dans un courrier du 10 mai 2022 adressé à la société requérante, le titre contesté n'y fait pas référence, pas davantage qu'il ne fait référence à un document qui aurait été joint. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que les mentions inscrites sur le titre n'étaient pas suffisantes pour lui permettre de connaître les bases de liquidation et les éléments de calcul appliqués par le SDIS. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens tenant à la régularité du titre en litige, ce dernier doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

4. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

5. Eu égard au motif d'annulation exposé au point 3, et alors que les moyens soulevés à l'encontre du bien-fondé du titre de recettes contesté ne sont pas susceptibles d'être accueillis, et qu'il est loisible, dans les limites de la prescription, au SDIS de la Corrèze d'émettre un nouveau titre, les conclusions aux fins de décharge présentées par la société requérante doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme réclamée par le SDIS au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de cette société présentées sur le même fondement en mettant à la charge du SDIS de la Corrèze une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recette du 16 mai 2022 émis par le SDIS de la Corrèze est annulé.

Article 2 :Le SDIS de la Corrèze versera à la société Centre départemental de télésurveillance sécurité une somme de 1 200 (mille deux-cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la société Centre départemental de télésurveillance sécurité et au service départemental d'incendie et de secours de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHALe président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

M. B

2200788cg