Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200820
mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200820 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juin 2022 et 15 mai 2024, la SARL Centre auto bilan Montreuil (CABM), représentée par Me de Margerie, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel la préfète de la Corrèze a suspendu l'agrément du centre de contrôle technique pour véhicules légers qu'elle exploite à Uzerche pour la période du 1er au 31 mai 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la suspension de l'agrément du centre de contrôle technique qu'elle exploite à Uzerche a été décidée en méconnaissance de la procédure prévue à l'article 17-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 et du principe du respect des droits de la défense dès lors que cette décision est fondée sur un motif dont elle n'avait pas été préalablement informée dans le courrier l'informant qu'une procédure de sanction était engagée, à savoir que les écarts du contrôleur constatés lors de la visite du 20 janvier 2022 seraient de nature à révéler une défaillance de la société exploitante à mettre en œuvre le contrôle technique dans son centre dans des conditions conformes à la réglementation ; eu égard au principe de proportionnalité des peines, le préfet de la Corrèze ne peut sérieusement soutenir, dans son mémoire en défense, que la sanction du centre aurait été la même s'il ne devait subsister que les griefs tenant aux non-conformités de l'installation ;
- en prononçant la suspension de l'agrément de son centre de contrôle technique pour des manquements imputables au contrôleur qui lui était rattaché au motif que ceux-ci " révèlent par eux-mêmes la défaillance de l'exploitante à mettre en œuvre le contrôle technique dans les conditions conformes à la réglementation en vigueur ", la préfète de la Corrèze a méconnu le principe de responsabilité personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL CABM exploite notamment un centre de contrôle technique pour véhicules légers à Uzerche. A la suite d'une visite de surveillance réalisée le 20 janvier 2022, au cours de laquelle les services de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) Nouvelle-Aquitaine ont constaté 20 non-conformités à l'égard de l'installation ainsi que 39 non-conformités à l'égard d'un contrôleur technique dans l'exercice de son activité, la préfète de la Corrèze, par deux arrêtés du 12 avril 2022, a suspendu respectivement l'agrément du centre de contrôle technique pour véhicules légers et l'agrément de ce contrôleur technique pour la même période du 1er au 31 mai 2022. Par cette requête, la SARL CABM demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 prononçant la suspension de l'agrément du centre qu'elle exploite.
2. Aux termes de l'article R. 323-14 du code de la route : " () / IV. - L'agrément des installations de contrôle peut être suspendu ou retiré pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques qu'il concerne si les conditions de bon fonctionnement des installations ou si les prescriptions qui leur sont imposées par la présente section ne sont plus respectées, et après que la personne bénéficiaire de l'agrément et le représentant du réseau de contrôle auquel les installations sont éventuellement rattachées ont pu être entendus et mis à même de présenter des observations écrites ou orales ". Selon l'article 17-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 susvisé : " L'agrément du centre de contrôle peut être retiré ou suspendu pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques couvertes par l'agrément, conformément aux dispositions du IV de l'article R. 323-14 du code de la route, par le préfet du département du centre. Les mesures de retrait ou suspension sont notamment applicables en cas de non-respect des articles R. 323-13 à R. 323-17 du code de la route. / Avant toute décision, le préfet informe par écrit l'exploitant du centre de contrôle et son réseau de rattachement, le cas échéant, de son intention de suspendre ou de retirer l'agrément du centre, pour tout ou partie des catégories de contrôles, en indiquant les faits qui lui sont reprochés et en lui communiquant ou en lui permettant d'accéder au dossier sur la base duquel la procédure est initiée. L'exploitant du centre de contrôle et son réseau de rattachement, le cas échéant, disposent d'un délai d'un mois, à compter de la présentation du courrier, pour faire part de leurs observations par écrit. / Si le préfet de département envisage de suspendre ou retirer l'agrément, il organise une réunion contradictoire à laquelle sont invités l'exploitant du centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le réseau éventuellement concerné avant que la sanction ne soit prononcée. Cette réunion est tenue postérieurement au délai d'un mois accordé pour faire part des observations ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 10 février 2022, la préfète de la Corrèze a indiqué à la gérante de la société requérante qu'à la suite de la visite de surveillance du 20 janvier 2022, au cours de laquelle les services de la DREAL Nouvelle-Aquitaine ont constaté de nombreuses non-conformités concernant l'installation et un contrôleur technique, elle envisageait d'infliger une sanction administrative à l'encontre de cette société et du contrôleur technique, qu'elle avait la possibilité de présenter ses observations dans un délai de trente jours, qu'elle était convoquée à une réunion contradictoire le 17 mars 2022 et que les " faits reprochés, constituant les éléments sur la base desquels la procédure [était] initiée, [étaient] récapitulés dans le rapport annexé à la présente ", à savoir le rapport établi par les services de la DREAL Nouvelle-Aquitaine détaillant les non-conformités constatées lors de la visite de surveillance du 20 janvier 2022. Par ce courrier, et le rapport qui y était joint, la SARL CABM a nécessairement été informée que la sanction administrative envisagée à son encontre était susceptible de trouver son fondement dans les 20 non-conformités de l'installation mais également dans les multiples non-conformités constatées à l'égard du contrôleur technique, quand bien même ce même courrier ne précisait pas expressément que ces non-conformités du contrôleur technique étaient de nature à justifier une sanction administrative à l'encontre de la société exploitante en tant qu'elles révélaient, selon les termes de l'arrêté en litige, " la défaillance de l'exploitante à mettre en œuvre le contrôle technique dans les conditions conformes à la réglementation en vigueur ". Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que, tant par un courrier du 14 mars 2022 que lors de la réunion contradictoire du 17 mars 2022, la gérante de la SARL CABM a pu présenter toutes les observations qu'elle jugeait utiles en ce qui concerne non seulement les non-conformités directement liées à l'installation mais aussi celles constatées à l'encontre du contrôleur technique qu'elle employait. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la suspension de l'agrément du centre de contrôle technique aurait été décidée en méconnaissance de la procédure prévue à l'article 17-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 et du principe du respect des droits de la défense au motif que cette décision aurait été fondée sur un motif dont elle n'aurait pas été préalablement informée dans le courrier du 10 février 2022, à savoir que les écarts du contrôleur technique constatés lors de la visite du 20 janvier 2022 étaient de nature à révéler une défaillance de la société exploitante à mettre en œuvre le contrôle technique dans des conditions conformes à la réglementation, doit être écarté.
4. En second lieu, il résulte des dispositions du IV de l'article R. 323-14 du code de la route que l'exploitant d'un centre de contrôle technique doit prendre les mesures nécessaires d'organisation, de fonctionnement et de surveillance pour que les contrôles techniques réalisés par ses préposés respectent la réglementation.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté du 12 avril 2022 dont l'annulation est demandée, que, pour prononcer la suspension de l'agrément du centre de contrôle technique exploité par la SARL CABM, la préfète de la Corrèze, en complément de celles qui sont relatives à l'installation et qui faisaient d'ailleurs suite à des audits défavorables effectués par le réseau Autovision auquel le centre de contrôle technique d'Uzerche était rattaché, n'a entendu se fonder sur les nombreuses non-conformités constatées à l'encontre du contrôleur technique lors de la visite de surveillance du 20 janvier 2022, qui faisaient elles-mêmes suite à plusieurs épisodes de même nature pour lesquels son employeur n'a pas pris les mesures permettant réellement de prévenir une nouvelle réitération des défaillances du salarié à l'exception de trois avertissements prononcés depuis fin 2020, qu'en tant qu'elles révélaient effectivement des carences de la société exploitante dans l'organisation et le fonctionnement de ce centre de contrôle technique et un défaut caractérisé de surveillance de ses préposés. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe de responsabilité personnelle doit donc être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2022 de la préfète de la Corrèze et, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par la SARL CABM doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL CABM est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL CABM et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Une copie sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUSLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. A
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