Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200933

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200933
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de la commune de Bonnac-la-Côte. Celle-ci contestait l'avis de la Chambre Régionale des Comptes (CRC) Nouvelle-Aquitaine du 9 juin 2022 et l'arrêté préfectoral du 16 août 2022 procédant au mandatement d'office d'une somme de 49 123 euros au profit du conservatoire intercommunal de musique et de danse. Le tribunal a jugé irrecevables les conclusions dirigées contre l'avis de la CRC, cet acte étant dépourvu de caractère décisoire. Sur le fond, il a estimé que la créance était certaine, liquide et exigible, constituant une dépense obligatoire pour la commune au sens des articles L. 1612-15 et L. 1612-16 du code général des collectivités territoriales, et que les moyens tirés de l'absence de contrepartie ou de l'atteinte grave au budget communal étaient infondés.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet 2022 et 1er septembre 2022, la commune de Bonnac La Côte, représentée par Me Soltner, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'avis de la chambre régionale des comptes n° 2022-0119 du 9 juin 2022 ;

2°)d'annuler l'arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 16 août 2022 portant mandatement d'office d'une somme de 49 123 euros mise à la charge de la commune de Bonnac-la-Côte au profit du conservatoire intercommunal de musique et de danse en Haute- Vienne (CIMDHV), sur le fondement de l'article L. 1612-16 du code général des collectivités territoriales.

Il soutient que :

- il existe une contestation sérieuse quant au principe même de la créance mise à la charge de la commune, cette dette n'étant pas certaine et les conditions de son exigibilité étant sérieusement contestables ; les critères d'une dépense obligatoire susceptible d'être mandatée d'office ne sont ainsi pas satisfaits ;

- le paiement de la somme de 49 063 euros ayant fait l'objet du mandatement d'office " entamerait gravement le budget de la collectivité pour les activités d'intérêt général dont elle a la charge " ;

- la somme réclamée par le CIMD ne correspond à aucune contrepartie de sorte que le paiement forcé de cette somme constituerait pour cet organisme un enrichissement sans cause.

Par des mémoires en défense enregistrés le 26 juillet et le 18 octobre 2022, la chambre régionale des comptes Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les conclusions dirigées contre l'avis n° 2022-0119 qu'elle a rendu le 9 juin 2022 sont irrecevables, cet acte étant dépourvu de tout caractère décisoire.

Un mémoire en défense a été produit par le préfet de la Haute-Vienne le 17 juin 2024 sans être communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des juridictions financières ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées, ont été entendus :

- le rapport de M. Martha,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

1. La commune de Bonnac-la-Côte est membre du syndicat intercommunal, conservatoire intercommunal de musique et de danse en Haute-Vienne (CIMD) " créé par arrêté préfectoral du 9 août 2013 sous la forme d'un syndicat mixte fermé, et ayant pour objet d'enseigner la musique et la danse sur le territoire des collectivités adhérentes. Par une lettre du 24 mars 2022, le président du CIMD a demandé à la préfète de la Haute-Vienne de procéder au mandatement d'office de la somme globale de 49 123 euros correspondant à la part fixe des contributions annuelles dues par la commune de Bonnac-la-Côte au titre des années 2019, 2020 2021 et du 1er trimestre 2022. Cette commune ayant fait part de son refus de s'acquitter du paiement de cette somme, la préfète de la Haute-Vienne, par lettre du 10 mai 2022, a saisi la chambre régionale des comptes (CRC) Nouvelle-Aquitaine afin de faire constater le caractère obligatoire de cette dépense d'un montant global de 49 123 euros et, le cas échéant, de mettre la commune en demeure d'inscrire des crédits suffisants à son budget 2022 pour en permettre le règlement. Par un avis rendu le 9 juin 2022, la CRC s'est prononcée sur le caractère obligatoire de la dépense objet de sa saisine et sur le caractère suffisant des crédits inscrits au budget 2022 de la commune pour prendre en charge cette dépense obligatoire. Par un arrêté du 16 août 2022 pris sur le fondement de l'article L. 1612-16 du code général des collectivités territoriales, la préfète de la Haute-Vienne a procédé au mandatement d'office de la somme susmentionnée au bénéfice du CIMD et a inscrit au budget principal de la commune de Bonnac-la-Côte, au compte 65, les crédits correspondants à la part fixe de la participation annuelle à laquelle était tenue cette commune au titre des années 2019, 2020, 2021 et du 1er trimestre 2022. La commune de Bonnac-la-Côte demande l'annulation de l'avis rendu par la CRC Nouvelle-Aquitaine le 9 juin 2022 et de l'arrêté du 16 août 2022, en tant qu'il a procédé au mandatement d'office de la somme de 49 056 euros.

Sur les conclusions dirigées contre l'avis de la CRC Nouvelle-Aquitaine du 9 juin 2022 :

2.Aux termes de l'article L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales : " Ne sont obligatoires pour les collectivités territoriales que les dépenses nécessaires à l'acquittement des dettes exigibles et les dépenses pour lesquelles la loi l'a expressément décidé. / La chambre régionale des comptes saisie, soit par le représentant de l'Etat dans le département, soit par le comptable public concerné, soit par toute personne y ayant intérêt, constate qu'une dépense obligatoire n'a pas été inscrite au budget ou l'a été pour une somme insuffisante. Elle opère cette constatation dans le délai d'un mois à partir de sa saisine et adresse une mise en demeure à la collectivité territoriale concernée. / Si, dans un délai d'un mois, cette mise en demeure n'est pas suivie d'effet, la chambre régionale des comptes demande au représentant de l'Etat d'inscrire cette dépense au budget et propose, s'il y a lieu, la création de ressources ou la diminution de dépenses facultatives destinées à couvrir la dépense obligatoire. Le représentant de l'Etat dans le département règle et rend exécutoire le budget rectifié en conséquence. S'il s'écarte des propositions formulées par la chambre régionale des comptes, il assortit sa décision d'une motivation explicite ". Aux termes de l'article L. 1612-16 du même code : " A défaut de mandatement d'une dépense obligatoire par le maire, le président du conseil départemental ou le président du conseil régional suivant le cas, dans le mois suivant la mise en demeure qui lui en a été faite par le représentant de l'Etat dans le département, celui-ci y procède d'office. / Le délai prévu à l'alinéa précédent est porté à deux mois si la dépense est égale ou supérieure à 5 % de la section de fonctionnement du budget primitif ".

3. La constatation opérée par la chambre régionale des comptes, dans cet avis, qu'une dépense obligatoire n'a pas été inscrite au budget communal ne constitue que le premier acte de la procédure pouvant aboutir éventuellement à la décision du représentant de l'Etat d'inscrire cette dépense au budget communal et de rendre exécutoire le budget rectifié en conséquence. La constatation ainsi opérée a donc le caractère d'un simple avis et non d'une décision. Par suite, et ainsi que le fait valoir la CRC Nouvelle-Aquitaine dans la fin de non-recevoir qu'elle a opposée, les conclusions présentées par la commune de Bonnac-la-Côte contre l'avis du 9 juin 2022 sont irrecevables et doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 16 août 2022 :

4. Il résulte des dispositions citées au point 2 qu'une dépense ne peut être regardée comme obligatoire et faire l'objet d'un mandatement d'office que si elle correspond à une dette échue, certaine, liquide, non sérieusement contestée dans son principe et dans son montant et découlant de la loi, d'un contrat, d'un délit, d'un quasi-délit ou de toute autre source d'obligations.

En ce qui concerne le caractère certain et exigible de la dépense mise à la charge de la commune :

5. D'une part, ainsi que l'a relevé la chambre régionale des comptes dans son avis du 9 juin 2022 sans être sérieusement contestée sur ce point, la dépense mise à la charge de la commune de Bonnac-la-Côte trouve son fondement tant dans les dispositions combinées des articles L. 5212-19, L. 5212-20 du code général des collectivités territoriales que des articles 2, 8 et 5 des statuts du CIMD dont est membre cette commune. D'autre part, il résulte de l'article 5 des statuts du CIMD que le paiement de la contribution statuaire obligatoire pour les communes membres n'est soumis à aucune autre condition que celle d'être membre du syndicat. Enfin, les pièces du dossier établissent l'absence de doute sur l'identité du débiteur et que cette créance demeurait, à la date à laquelle a été prise l'arrêté du 16 août 2022, impayée alors même que plusieurs titres de perception avaient été émis en 2019, 2020, 2021 et janvier 2022 pour obtenir le règlement des participations dues.

En ce qui concerne l'existence d'une contestation sérieuse :

6. D'une part, la commune ne conteste pas le montant de la créance faisant l'objet du mandatement d'office critiqué.

7. D'autre part, et tout d'abord, s'agissant du principe de cette créance, la seule circonstance que la commune ait engagé différentes démarches pour se retirer du syndicat, lesquelles étaient demeurées vaines à la date de la décision litigieuse, n'est pas de nature à caractériser une contestation sérieuse quant au principe de cette créance, laquelle n'est soumise à aucune autre condition que celle d'être membre du syndicat, ce qui était le cas de la commune de Bonnac-la-Côte pour la période visée par le mandatement d'office. Ensuite, si la commune de Bonnac-la-Côte soutient qu'elle ne bénéficie plus depuis plusieurs années des prestations du syndicat intercommunal en contrepartie du versement de sa contribution statutaire obligatoire, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause le caractère obligatoire et l'exigibilité de la créance en cause, ni à caractériser une contestation sérieuse ou un enrichissement sans cause dès lors que le caractère obligatoire de la créance mandatée d'office résulte de la seule adhésion de la commune au CIMD.

En ce qui concerne l'impact du mandatement d'office ordonné sur le budget de la commune :

8. La circonstance alléguée par la commune que le mandatement d'office de la somme de 49 063 euros mettrait à mal ses capacités pour mener les actions d'intérêt général dont elle a la charge, outre qu'elle n'est pas assortie de précisions, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté alors qu'en tout état de cause la chambre régionale des comptes, dans son avis déjà mentionné, a estimé, sans être contestée sur ce point, que la dotation de 174 540 euros de crédits inscrits au compte " Autres charges de gestion courante " en section de fonctionnement de son budget primitif 2022 était " suffisant pour permettre le paiement de la somme de 49 123 euros nécessaire à la couverture des contributions statutaires obligatoires dues par la commune au CIMD au titre des années 2019, 2020, 2021 et du 1er trimestre 2022 ".

9. Il résulte de ce qui a été dit des points 4 à 8 que la commune de Bonnac-la-Côte n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 août 2022 qu'elle conteste.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la commune de Bonnac-la-Côte doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la commune de Bonnac-la-Côte est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Bonnac-la-Côte, à la chambre régionale des comptes Nouvelle-Aquitaine et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré à l'issue de l'audience du 18 juin 2024, où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

N. NORMANDLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

M. A