Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201013
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201013 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2022, la SARL Pharmacie du Pont Saint-Martial et Mme B C, en sa qualité de gérante de cette pharmacie, représentées par Me Gilliocq, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a rejeté la demande de regroupement de l'officine de pharmacie qu'elle exploite au 12 place Paul Parbelle à Limoges et de l'officine de pharmacie exploitée par la Pharmacie des Arènes au 7 rue des Arènes à Limoges dans un nouveau local situé au 152 B rue de Nexon à Limoges ;
2°) d'enjoindre à l'ARS Nouvelle-Aquitaine de délivrer l'autorisation de regroupement de ces deux officines de pharmacie, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte, ou de procéder à une nouvelle instruction de la demande de regroupement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- il n'est pas justifié de la compétence de M. D, directeur de l'offre de soins de l'ARS Nouvelle-Aquitaine, pour signer, selon une délégation de signature régulièrement publiée, l'arrêté du 18 mai 2022 ;
- la délimitation faite par le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine du quartier d'accueil du local projeté après regroupement est entachée d'erreur de droit et d'appréciation ; l'unité géographique définie par l'ARS Nouvelle-Aquitaine est " irréaliste " et assise en partie sur des infrastructures de transport qui, en réalité, ne constituent pas des obstacles à l'accès au lieu d'accueil de l'officine ; la délimitation retenue aboutit à ce qu'aucune population résidente ne soit présente dans ce " vrai-faux quartier " ; le quartier d'accueil qui a été délimité par l'ARS Nouvelle-Aquitaine ne présente pas une unité géographique et humaine suffisante au sens de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique ; la demande de regroupement des officines est réalisée dans le même quartier d'accueil que celui actuellement desservi par la " Pharmacie du Pont Saint-Martial ", à savoir le quartier correspondant à l'IRIS 1005 " Magne Etendu " ; la délimitation qui a été faite par l'ARS Nouvelle-Aquitaine est " totalement déconnectée des contours IRIS ", ne prend pas en compte les zonages du PLU de Limoges, n'est pas référencée dans l'étude des quartiers de la commune de 2021 et n'apparaît pas dans l'étude l'INSEE des quartiers de Limoges de 2003 ;
- le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine a également commis une erreur d'appréciation quant au défaut d'approvisionnement d'une population résidente ; ayant délimité de manière erronée le quartier d'accueil du lieu de regroupement des officines, le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine a, de facto, considéré à tort que la demande ne répondait pas à la condition de l'approvisionnement en médicaments d'une population résidente ; le lieu d'implantation projeté après regroupement est localisé à proximité immédiate de plusieurs zones d'habitation regroupant plus de 2 000 habitants, dans un rayon inférieur à 3 minutes en voiture et à 20 minutes à pied ; le lieu d'implantation de la future officine est situé au cœur de la zone de chalandise de la " Pharmacie du Pont Saint-Martial " ;
- les autres conditions fixées par le code de la santé publique, relatives notamment au maintien de l'approvisionnement de la population du quartier d'origine, à l'accès aisé et facilité à la nouvelle officine et aux conditions d'accessibilité du local sont satisfaites.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2022, l'ARS Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- l'ordonnance n° 2018-3 du 3 janvier 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 14 septembre 2021, la " Pharmacie du Pont Saint-Martial ", dont l'officine est située au 12 place Paul Parbelle à Limoges, et la " Pharmacie des Arènes ", dont l'officine est située au 7 rue des Arènes à Limoges, ont déposé, auprès de l'ARS Nouvelle-Aquitaine, une demande de regroupement de leurs officines dans un nouveau local situé au 152 B rue de Nexon à Limoges. Leur dossier a été déclaré complet par l'ARS Nouvelle-Aquitaine le 20 janvier 2022. A la suite d'avis défavorables successivement émis les 1er avril, 19 avril et 10 mai 2022 par l'union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) pour la région Nouvelle-Aquitaine, par la fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et par l'ordre régional des pharmaciens de Nouvelle-Aquitaine, le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine a rejeté cette demande par un arrêté du 18 mai 2022. Par cette requête, la SARL Pharmacie du Pont Saint-Martial, qui exploite l'officine " Pharmacie du Pont Saint-Martial ", et Mme C, gérante de cette société, demandent l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1432-2 du code de la santé publique : " Le directeur général de l'agence régionale de santé exerce, au nom de l'Etat, les compétences mentionnées à l'article L. 1431-2 qui ne sont pas attribuées à une autre autorité. () / Il peut déléguer sa signature ".
3. Par un arrêté du 6 mai 2022 portant délégation permanente de signature, qui a été publié au recueil des actes administratifs n° R75-2022-078 de la préfecture de région Nouvelle-Aquitaine du même jour, le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine a donné à M. D, directeur de l'offre de soins, délégation " pour signer les actes () relevant de la compétence de la direction de l'offre de soins, en application de l'article 4 de la décision du 21 janvier 2022 portant organisation de l'ARS Nouvelle-Aquitaine ". Parmi les compétences relevant de cette direction, figure notamment " La stratégie et le pilotage de l'offre de soins " et " Le pilotage régional de la politique des produits de santé, de pharmacie et de biologie, ainsi que la gestion des autorisations dans ces domaines ". Par suite, le moyen tiré de ce que M. D n'était pas compétent pour signer l'arrêté litigieux du 18 mai 2022 doit être écarté.
4. En second lieu, selon l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1, d'une commune ou des communes mentionnées à l'article L. 5125-6-1, sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : / 1° Les transferts et regroupements d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. / L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement ". Aux termes de l'article L. 5125-3-1 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier ". Selon l'article L. 5125-3-2 du même code, dans sa version applicable au litige : " Le caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins prévu à l'article L. 5125-3 est satisfait dès lors que les conditions cumulatives suivantes sont respectées : () / 3° La nouvelle officine approvisionne la même population résidente ou une population résidente jusqu'ici non desservie ou une population résidente dont l'évolution démographique est avérée ou prévisible au regard des permis de construire délivrés pour des logements individuels ou collectifs ". Aux termes de l'article L. 5125-3-3 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 5125-3-2, le caractère optimal de la réponse aux besoins de la population résidente est apprécié au regard des seules conditions prévues aux 1° et 2° du même article dans les cas suivants : / 1° Le transfert d'une officine au sein d'un même quartier, ou au sein d'une même commune lorsqu'elle est la seule officine présente au sein de cette commune ; / 2° Le regroupement d'officines d'un même quartier au sein de ce dernier ". Selon l'article L. 5125-5 du même code : " Deux ou plus de deux officines sont autorisées à se regrouper si leur emplacement d'origine est situé dans une commune présentant un nombre d'officines supérieur aux seuils prévus à l'article L. 5125-4. Le lieu de regroupement de ces officines est l'emplacement de l'une d'elles ou tout autre emplacement situé sur le territoire national ".
5. Pour l'application de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, les transferts et regroupements d'officines doivent permettre de répondre de façon optimale aux besoins en médicaments de la population résidant dans les quartiers d'accueil, ce qui exclut la prise en compte de la population de passage fréquentant les équipements commerciaux à proximité du lieu où l'officine doit s'implanter.
6. Il ressort des pièces du dossier que le lieu projeté de regroupement est situé au 152 B rue de Nexon, soit à des distances significatives, dans une commune urbaine comme Limoges qui comprend environ 130 000 habitants, de 1,7km et de 3km des locaux exploités par la " Pharmacie du Pont Saint-Martial " et par la " Pharmacie des Arènes ". Il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de l'existence du pont Georges Guingoin permettant de passer d'une rive à l'autre mais qui constitue essentiellement un important axe de circulation emprunté par les véhicules, le secteur du lieu projeté de regroupement est bordé au nord-ouest par la Vienne, qui est une barrière naturelle. Au nord-est, dans le prolongement immédiat du pont Georges Guingoin, ce secteur est délimité par les boulevards Robert Maloubier et du 21 août 1944, qui sont d'importants axes de circulation difficilement franchissables. Si elle ne constitue pas un obstacle infranchissable, la voie ferrée qui borde une forêt située au sud-est du secteur du lieu de regroupement n'en demeure pas moins, en l'espèce, une limite pertinente. Au sud-ouest, ce secteur est bordé par la frontière entre la commune de Limoges et la commune de Condat-sur-Vienne. Il ressort des pièces du dossier que ce secteur ainsi délimité forme une unité géographique cohérente et homogène inséré dans une même zone commerciale et constitue, comme l'a retenu le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, un quartier distinct de ceux dans lesquels sont situés les locaux de la " Pharmacie du Pont Saint-Martial " et de la " Pharmacie des Arènes ". Si la société requérante fait valoir que le lieu de regroupement et le lieu d'implantation de l'officine de pharmacie qu'elle exploite sont situés dans le même " îlot regroupé pour l'information statistique " (IRIS) 1005 " Magne Etendu ", cet IRIS, qui constitue uniquement une unité de base à vocation statistique pour le recueil de données par l'INSEE, n'a ni pour objet ni pour effet de donner une unité géographique et humaine à la zone qu'il comprend et ne peut être regardé comme délimitant en soi un quartier au sens de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que le quartier d'accueil du local dans lequel la " Pharmacie du Pont Saint-Martial " et la " Pharmacie des Arènes " souhaitent se regrouper correspond à une zone purement commerciale dépourvue de population résidente, la nouvelle officine projetée ne peut être regardée comme approvisionnant la même population résidente ou une population résidente jusqu'ici non desservie ou une population résidente dont l'évolution démographique est avérée ou prévisible au regard des permis de construire délivrés pour des logements individuels ou collectifs. La condition prévue au 3° de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique n'étant pas satisfaite, le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine pouvait, pour ce seul motif, à supposer même que les deux autres conditions fixées par cet article auraient été remplies, rejeté la demande de regroupement de la " Pharmacie du Pont Saint-Martial " et de la " Pharmacie des Arènes ".
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 du directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par la SARL Pharmacie du Pont Saint-Martial et Mme C doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Pharmacie du Pont Saint-Martial et de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pharmacie du Pont Saint-Martial, à Mme B C et à l'ARS Nouvelle-Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUSLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. A
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