Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201034

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel la préfète de la Creuse a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Guéret les mardi et vendredi afin d'indiquer les diligences de son départ ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale, subsidiairement de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois à compter de la date de notification de jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 794 euros à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, emportant renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît son droit d'être entendu tel que garanti par le droit de l'Union européenne ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement au titre du droit à la vie privée et familiale.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen au regard de sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 18 juin 1990, est entré sur le territoire français, selon ses dires, en octobre 2019. Il a déposé une demande d'asile le 13 juillet 2020, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 14 février 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 juin 2022. La préfète de la Creuse a pris à son encontre une décision en date du 27 juin 2022 par laquelle elle a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a astreint à se présenter à se présenter au commissariat de police de Guéret deux fois par semaine. Par cette requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que, contrairement à ses allégations, la préfète de la Creuse a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de prendre la décision contestée. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Par ailleurs, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. Il appartenait à M. C, tant au cours de l'instruction de sa demande d'asile qu'après la décision du 9 juin 2022 par laquelle la CNDA a rejeté sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait sollicité en vain un entretien avec les services de la préfecture de la Creuse. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré récemment en France en octobre 2019 et s'y est maintenu durant l'instruction de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée définitivement par la CNDA le 9 juin 2022. S'il se prévaut, par ailleurs, de sa relation avec une ressortissante française et produit deux attestations en ce sens, il est constant que cette relation était très récente à la date de l'arrêté attaqué, le requérant faisant à cet égard état d'un concubinage et d'une durée de relation depuis seulement trois mois. Enfin, s'il soutient être en situation de rupture familiale, il n'en apporte pas la preuve. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

6. En premier lieu, il ressort de la lecture même de l'arrêté attaqué que la préfète qui a indiqué que M. C ne démontrait pas être dépourvu de tous liens personnels et familiaux en Côte d'Ivoire, a pris soin d'examiner la situation du requérant au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il y a lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 2 et 5 du présent jugement, d'écarter les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. En se limitant à affirmer qu'il courrait des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son appartenance au groupe des " microbes " et des actes de maltraitance que son beau-père lui a fait subir, sans assortir ses allégations d'éléments probants alors qu'il s'est vu rejeter sa demande d'asile par l'Ofpra par une décision du 14 février 2022 confirmée par une décision de la CNDA en date du 9 juin 2022, M. C n'en établit pas la réalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulations présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Creuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le Président,

P. B

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

aj