Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201058

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201058
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE F MARTHA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a examiné les demandes de Mme A visant à obtenir la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties pour les années 2020 et 2021, concernant un bien situé à Ayen. Le tribunal a jugé que l'administration fiscale avait commis une erreur de droit en refusant le dégrèvement pour 2020 au seul motif que le bien n'avait jamais été loué, alors que l'article 1389 du code général des impôts n'exige pas une location antérieure pour qu'un logement soit considéré comme normalement destiné à la location. En conséquence, la requête pour l'année 2020 a été accueillie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022 sous le n° 2201058, Mme C A demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 pour un bien situé 35 place Louis Mareuse à Ayen.

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a commis une erreur de droit en considérant que ce bien n'avait jamais été loué ;

- l'administration lui avait octroyé des exonérations de taxe foncière au titre des années 2016 à 2019 alors qu'elle était dans la même situation ;

- l'administration fiscale a pris une position formelle les 26 et 27 septembre 2019 pour la taxe foncière 2019 ;

- son bien remplit les conditions posées par l'article 1389 du code général des impôts pour qu'elle puisse obtenir un dégrèvement.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2201550 le 28 octobre 2022, Mme C A demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 pour un bien situé 35 place Louis Mareuse à Ayen.

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration lui avait octroyé des exonérations de taxe foncière au titre des années 2016 à 2019 alors qu'elle était dans la même situation ;

- l'administration fiscale a pris une position formelle les 26 et 27 septembre 2019 pour la taxe foncière 2019 ;

- son bien remplit les conditions posées par l'article 1389 du code général des impôts pour qu'elle puisse obtenir un dégrèvement.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martha en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Martha, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Par les deux requêtes susvisées, Mme A demande la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 pour un bien situé 35 place Louis Mareuse à Ayen.

2. Les deux requêtes susvsisées concernent la situation d'une même personne au regard d'une imposition de taxe foncière pour un même bien. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu d'y statuer par un même jugement.

3. Aux termes de l'article 1389 du code général des impôts : " I. Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin./ Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée. () ". Le caractère contraignant de la vacance du logement s'apprécie notamment eu égard aux circonstances dans lesquelles elle est intervenue et aux démarches faites par le propriétaire selon les possibilités qui lui étaient offertes en fait comme en droit pour la prévenir ou y mettre fin.

Sur les conclusions à fin de décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020 :

4. Par sa décision du 11 février 2021, la direction départementale des finances publiques de la Haute-Vienne a rejeté la demande de Mme A tendant à la décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020 au motif, que le bien en cause n'ayant jamais été loué, il n'a pas connu " une interruption de location " et ne remplissait par suite pas les conditions posées par les dispositions citées au point 3.

5. Or, ces dispositions n'instituent aucune condition tenant à ce que, pour être regardé comme normalement destiné à la location, un local d'habitation doive avoir été loué antérieurement à la période de vacance pour laquelle ses propriétaires sollicitent l'exonération prévue à l'article 1389 du code général des impôts.

6. Par suite, en se fondant sur la seule circonstance que le bien de Mme A n'avait jamais été loué pour en tirer la conséquence qu'il ne pouvait être regardé comme normalement destiné à la location, l'administration a commis une erreur de droit. Il s'ensuit que Mme A est fondée à obtenir la décharge de la cotisation de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie pour l'année 2020, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions tenant à la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021 :

7. En premier lieu, pour rejeter la réclamation de Mme A au titre de la taxe foncière 2021, l'administration doit être regardée, aux termes de sa décision de rejet du

4 avril 2022, comme ayant retenu que l'absence de travaux réalisés sur le bien en cause depuis 2015 afin de le remettre en état et de le rendre louable est à l'origine de la vacance de cet immeuble de sorte que cette vacance n'est pas indépendante de la volonté du propriétaire.

8. D'une part, si l'intéressée explique le caractère inhabitable de son bien par la sécheresse de 2015, il résulte de l'instruction que dès 2010, l'immeuble était inhabitable sans que l'intéressée ne justifie de la réalisation de travaux entre 2010 et 2015 pour réparer son bien.

9. D'autre part, en se bornant à produire quelques photos faisant état de fissures sur la façade extérieure, de fenêtres, de planchers, d'isolation de murs intérieurs dégradés et à soutenir que les installations électriques, de chauffage central et de plomberie doivent être mises aux normes, la requérante, qui ne produit à l'instance aucun devis ou autre élément de nature à démontrer qu'elle aurait engagé des démarches depuis 2015 pour évaluer et chiffrer les travaux nécessaires à la remise en état de son bien, ni qu'elle n'aurait pas les moyens financiers de les faire réaliser, ne justifie pas, alors qu'elle a bénéficié de dégrèvements en 2016, 2017, 2018 et 2019, que l'état qui a rendu impossible la location de l'immeuble en cause ne peut lui être imputé dans sa persistance. A cet égard, la circonstance postérieure à l'année 2021, que Mme A ait mis en vente le bien contesté, n'est en tout état de cause pas de nature à faire regarder la vacance du logement en cause comme indépendante de sa volonté au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 1389 du code général des impôts.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. () ". Selon l'article L. 80 A du même livre : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. ".

11. Le refus de dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties en cas de vacance, dont tout contribuable peut demander à bénéficier en application du I de l'article 1389 et de l'article 1524 du code général des impôts, ne constitue pas un rehaussement des impositions initialement mises à sa charge. Par suite, la requérante ne saurait se prévaloir des dispositions des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales pour demander la décharge de l'imposition en litige. Au surplus, les décisions de dégrèvement aux titres des années 2016, 2017, 2018 et 2019, prises par l'administration en ce qui concerne les taxes foncières sur les propriétés bâties auxquelles Mme A avait été assujettie au titre de ces mêmes années ne sont assorties d'aucune motivation et ne constituent pas une prise de position formelle de l'administration sur l'appréciation d'une situation de fait au regard du texte fiscal de nature à entraîner, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, l'octroi à Mme A, pour l'année 2021, ce même dégrèvement.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties présentées par Mme A au titre de l'année 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Mme A ne justifie ni même n'allègue de frais qu'elle aurait exposés pour sa défense. Par suite ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée de la taxe foncière au titre de l'année 2020 pour le bien dont elle est propriétaire 35 place Louis Mareuse à Ayen.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Ce jugement sera notifié à Mme A et à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

F. MARTHA

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

M. B ,220155000cg