Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201077
jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201077 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | JUGE UNIQUE A SLIMANI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet et le 3 octobre 2022, Mme A D, représentée par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle la commission de médiation du département de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de logement comme prioritaire et urgente ;
2°) d'enjoindre à la commission de médiation du département de la Haute-Vienne de reconnaitre sa demande de logement comme prioritaire et urgente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision méconnait les dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- la commission de médiation a commis une erreur de droit en lui opposant comme motif le fait qu'elle est hébergée chez sa tante et que le logement correspond à la typologie du ménage ;
- elle est donc dépourvue de logement ;
- elle est en situation de handicap ;
- elle bénéficie de l'allocation adulte handicapée ;
- elle est hébergée par sa tante ;
- l'état de santé de la personne qui l'héberge ne lui permet plus de continuer à l'accueillir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. E a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a déposé, le 7 mars 2022, un recours amiable devant la commission de médiation du département de la Haute-Vienne afin d'obtenir en urgence et de manière prioritaire un logement, en faisant valoir qu'elle était hébergée chez un particulier et était ainsi dépourvue de logement. Par une décision du 26 avril 2022, ladite commission a rejeté sa demande. L'intéressée en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux (). " Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. / () / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
4. Pour rejeter la demande de l'intéressée, la commission de médiation lui a opposé le fait qu'elle réside avec sa tante, que cette dernière attend que sa nièce dispose d'un logement pour déménager et que le logement occupé correspond à la typologie du ménage. En l'espèce, Mme D, dont la bonne foi n'est pas en débat et qui a déposé sa première demande de logement locatif social le 20 octobre 2020 sans résultat, est logée par un ascendant et non un tiers dans son appartement. Si l'intéressée indique souffrir d'un handicap qui l'empêcherait d'accéder à un logement en rez-de-chaussée, au premier ou au deuxième étage avec ascenseur dans le secteur locatif privé, cette circonstance n'est pas à elle seule au nombre des critères permettant la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent d'une demande de logement social. Si elle soutient qu'elle ne peut assumer financièrement le loyer d'un logement dans le parc privé, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant dès lors que la commission de médiation n'a pas opposé à la requérante le niveau de ses ressources pour rejeter sa demande. Par ailleurs, la circonstance que Mme D bénéficie de l'allocation aux adultes handicapés ne permet pas d'établir qu'elle satisfait aux conditions rappelées au point 2. Enfin, si elle produit un certificat médical rédigé par le docteur F B, médecin psychiatre et pédopsychiatre à Limoges, selon lequel la pathologie dont souffre la personne qui l'héberge ne lui permet plus de supporter la cohabitation, il n'est pas contesté que ce certificat a été établi postérieurement à la réunion de la commission de médiation laquelle a, sans commettre d'erreur de droit dans le prononcé des motifs de sa décision du 26 avril 2022 attaquée, sur le fondement des pièces qui lui ont été préalablement transmises, apprécié la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance.
5. Dans ces conditions, à la date de la décision attaquée, l'intéressée ne démontre pas remplir les conditions fixées par les textes précités pour pouvoir être reconnue prioritaire et devant être logée en urgence et n'est par suite pas fondée à demander l'annulation de ladite décision. Toutefois, il est loisible à Mme D, si elle s'y croit fondée, de saisir la commission de médiation du département de la Haute-Vienne d'une nouvelle demande conforme aux exigences légales en se prévalant, justificatifs à l'appui, le cas échéant, de tous changements intervenus ultérieurement concernant sa propre santé, la santé de sa tante et sa situation familiale.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme D est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme D, à Me Marty et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
Le magistrat désigné,
A. E
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef,
La Greffière
M. C
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