Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201091
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 juillet 2022, M. C B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la rectrice de l'académie de Limoges a rejeté sa demande tendant au bénéfice de la garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA) au titre de l'année 2021 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme correspondant au montant de la GIPA à laquelle il pouvait légalement prétendre au titre de l'année 2021 en application du décret du 6 juin 2008 relatif à l'instauration d'une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat.
Il soutient que :
- il ne résulte d'aucune disposition, notamment de celles de l'article 3 du décret n° 2008-539 du 6 juin 2008, que, pour la détermination du traitement indiciaire brut (TIB) servant de base au calcul de la GIPA à laquelle un agent est susceptible de prétendre, il y aurait lieu d'exclure la bonification indiciaire dont il bénéficiait au titre de ses fonctions de personnel de direction ;
- la notion de mobilité professionnelle est trop large pour caractériser sa situation, à savoir une promotion interne du corps des personnels de direction d'établissements d'enseignement ou de formation relevant du ministère de l'éducation nationale vers celui des IA-IPR ; considérer le changement de corps au même titre qu'une mobilité externe ou entre différents ministères nie la continuité de son parcours et la proximité des fonctions de personnel de direction et d'IA-IPR dont la formation est commune ; la spécialité du corps des personnels de direction mise en avant par la rectrice de l'académie de Limoges ne résulte d'aucun texte ; le décret n° 2008-539 du 6 juin 2008 ne mentionne aucune différence de calcul de la GIPA entre les corps, ce qui serait d'ailleurs contraire au principe d'égalité de traitement des fonctionnaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, la rectrice de l'académie de Limoges conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n° 82-1105 du 23 décembre 1982 ;
- le décret n° 85-730 du 17 juillet 1985 ;
- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;
- le décret n° 88-342 du 11 avril 1988 ;
- le décret n° 90-675 du 18 juillet 1990 ;
- le décret n° 2001-1174 du 11 décembre 2001 ;
- le décret n° 2008-539 du 6 juin 2008 ;
- le décret n° 2009-1303 du 26 octobre 2009 ;
- l'arrêté du 23 juillet 2021 fixant au titre de l'année 2021 les éléments à prendre en compte pour le calcul de l'indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B était personnel de direction d'établissement d'enseignement ou de formation relevant du ministère de l'éducation nationale hors classe jusqu'au 31 août 2019. Au 31 décembre 2016, il était classé au 6ème échelon de son grade, hors échelle A, indice majoré 881, et bénéficiait, en raison de ses fonctions de principal de collège de 3ème catégorie financière, d'une part, d'une nouvelle bonification indiciaire (NBI) de 40 points et, d'autre part, d'une bonification indiciaire de 130 points. A la suite de son admission à un concours, M. B a été nommé en qualité d'inspecteur d'académie-inspecteur pédagogique régional (IA-IPR) de classe normale de mathématiques à compter du 1er septembre 2019. Au 31 décembre 2020, il était classé au 7ème échelon de son grade, hors échelle A, 3ème chevron, indice majoré 972. Estimant que, sur la période de référence de quatre ans allant du 31 décembre 2016 au 31 décembre 2020, son traitement indiciaire brut avait évolué moins vite que l'inflation, M. B a, après plusieurs échanges avec les services du rectorat de l'académie de Limoges, demandé à la rectrice de cette académie de bénéficier de la garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA) au titre de l'année 2021. Par une décision du 11 juillet 2022, la rectrice de l'académie de Limoges a rejeté cette demande. L'intéressé demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article 1er du décret du 6 juin 2008 relatif à l'instauration d'une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat : " Une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat est attribuée dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent décret aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ainsi qu'aux militaires à solde mensuelle, aux magistrats et aux personnels des cultes mentionnés à l'article 2 du décret du 8 octobre 2007 relatif à la fixation du classement indiciaire des personnels des cultes d'Alsace et de Moselle, à l'exception des fonctionnaires de France Télécom appartenant à un corps de niveau équivalent à la catégorie A ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " La garantie individuelle du pouvoir d'achat résulte d'une comparaison établie entre l'évolution du traitement indiciaire brut (TIB) détenu par l'agent sur une période de référence de quatre ans et celle de l'indice des prix à la consommation (IPC hors tabac en moyenne annuelle) sur la même période. Si le TIB effectivement perçu par l'agent au terme de la période a évolué moins vite que l'inflation, un montant indemnitaire brut équivalent à la perte de pouvoir d'achat ainsi constatée est versé à chaque agent concerné. / Soit G, le montant de la garantie individuelle, la formule servant à déterminer le montant versé est la suivante : / G = TIB de l'année de début de la période de référence X (1 + inflation sur la période de référence) - TIB de l'année de fin de la période de référence. / L'inflation prise en compte pour le calcul résulte de l'IPC (hors tabac), sur la période de référence. Elle est exprimée en pourcentage. / L'inflation résulte de la différence constatée entre la moyenne annuelle de l'IPC (hors tabac) aux années de début et de fin de la période de référence selon la formule suivante : / Inflation sur la période de référence = (Moyenne IPC de l'année de fin de la période de référence/Moyenne IPC de l'année de début de la période de référence) ' 1. / Le TIB de l'année pris en compte correspond à l'indice majoré détenu au 31 décembre de chacune des deux années bornant la période de référence multiplié par la valeur moyenne annuelle du point pour chacune de ces deux années. / Sont exclus de la détermination du montant de la garantie l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement, la nouvelle bonification indiciaire et toutes les autres primes et indemnités pouvant être servies aux agents. / Les majorations et indexations relatives à l'outre-mer et applicables aux traitements ne sont pas prises en compte pour l'application de cette formule ".
3. Il résulte de ces dispositions que si le dispositif de garantie individuelle du pouvoir d'achat prend en compte l'évolution du traitement indiciaire d'un agent, résultant notamment des avancements d'échelon, pour compenser, en raison de l'inflation, une éventuelle perte de pouvoir d'achat sur une période de quatre années, il n'est pas destiné à compenser les éventuelles modifications du mode de calcul du traitement indiciaire brut de nature à affecter le niveau de rémunération de certains agents.
4. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 23 juillet 2021 fixant au titre de l'année 2021 les éléments à prendre en compte pour le calcul de l'indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat : " Pour l'application du décret du 6 juin 2008 susvisé, pour la période de référence fixée du 31 décembre 2016 au 31 décembre 2020, le taux de l'inflation ainsi que les valeurs annuelles du point à prendre en compte pour la mise en œuvre de la formule figurant à l'article 3 du même décret sont les suivants : / - taux de l'inflation : + 3,78 % ; / - valeur moyenne du point en 2016 : 55,7302 euros ; / - valeur moyenne du point en 2020 : 56,2323 euros ".
5. Aux termes de l'article 1er du décret du 11 avril 1988 fixant le régime de rémunération applicable à certains emplois de direction d'établissements d'enseignement ou de formation relevant du ministre de l'éducation nationale : " Les personnels de direction régis par le décret n° 2001-1174 du 11 décembre 2001 portant statut particulier du corps des personnels de direction d'établissement d'enseignement ou de formation relevant du ministre de l'éducation nationale, nommés dans l'un des emplois de direction ou l'une des fonctions mentionnés à l'article 2 dudit décret, perçoivent la rémunération afférente au grade et à l'échelon qu'ils ont atteint dans leur corps et, en outre, dans la limite prévue à l'article 8 du présent décret, une bonification indiciaire soumise à retenue pour pension. / Cette bonification est fonction de la catégorie dans laquelle est classé l'établissement. Les personnels de direction nommés dans certaines des fonctions énumérées au 2° de l'article 2 du décret du 11 décembre 2001 précité bénéficient d'une bonification indiciaire spécifique fixée conformément aux dispositions ci-après ". Selon l'article 6 de ce décret : " I. - Le montant de la bonification indiciaire applicable aux emplois de proviseur de lycée, de proviseur de lycée professionnel et de principal de collège est fixé ainsi qu'il suit : Bonification (en points d'indice majoré) : () / 3e catégorie : 130 ".
6. La bonification indiciaire dont bénéficient les personnels de direction au titre de leurs fonctions en application du décret du 11 avril 1988 ne se confond pas avec la NBI prévue par les dispositions de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991. Néanmoins, comme la NBI, et ainsi qu'il résulte d'ailleurs des termes mêmes de l'article 1er du décret du 11 avril 1988, cette bonification indiciaire n'en reste pas moins distincte du traitement indiciaire brut qui correspond uniquement au grade et à l'échelon atteint par l'agent dans son corps. Ainsi, pour l'examen des droits de M. B à la perception de la GIPA au titre de l'année 2021, l'indice majoré dont il devait être tenu compte pour évaluer son traitement indiciaire brut au 31 décembre 2016 était bien l'indice majoré 881, à l'exclusion non seulement de la NBI de 40 points mais également de la bonification indiciaire de 130 points dont il bénéficiait en raison de ses fonctions de principal d'un collège de 3ème catégorie, sans qu'ait à cet égard d'incidence la circonstance que les deux derniers alinéas de l'article 3 du décret du 6 juin 2008 ne fassent pas expressément mention de cette bonification indiciaire parmi les éléments de rémunération exclus pour le calcul de la GIPA. Dans ces conditions, en application des règles de calcul du montant de la GIPA fixées par les dispositions de cet article, les traitements indiciaires bruts de M. B au 31 décembre 2016, déterminé par référence à l'indice majoré 881, et au 31 décembre 2020, déterminé par référence à l'indice majoré 972, étaient respectivement de 49 098,31 euros et de 54 657,80 euros, ce qui correspond, sur la période de référence de quatre ans, à une évolution de 11,32 % supérieure au taux d'inflation de 3,78 %. Par suite, pour ce seul motif, la rectrice de l'académie de Limoges, qui a fait une exacte application des dispositions du décret du 6 juin 2008 et n'a pas méconnu le principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires, était fondée à rejeter la demande de M. B tendant au bénéfice de la GIPA au titre de l'année 2021.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 11 juillet 2022 de la rectrice de l'académie de Limoges et, en l'absence d'illégalité fautive de cette décision, les conclusions aux fins d'indemnisation de M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Une copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Limoges.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. A
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