Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201115

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2022, Mme A D demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de remise d'un trop perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 689,02 euros pour la période d'août 2021 à janvier 2022 ;

2°) de la décharger de la somme réclamée par le département de la Haute-Vienne ;

3°) d'échelonner le remboursement de sa dette.

Elle soutient que :

- son statut d'artiste auteur, enregistré auprès de l'Urssaf le 25 juillet 2019, n'a engendré aucun revenu depuis le mois de janvier 2022 ;

- elle a perçu 1 500 euros de son activité pour l'année 2021 ;

- elle est désormais sans ressources.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'intéressée ne sont pas fondés.

Par un courrier du 5 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à ce que le tribunal accorde à Mme D un échéancier de paiement, dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de prononcer une telle mesure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a demandé, le 31 août 2021, le bénéfice du revenu de solidarité active. Après un contrôle de ses ressources, un indu d'un montant de 2 689,02 euros a été engendré et lui a été notifié par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne le 9 février 2022 pour la période d'août 2021 à janvier 2022. L'intéressée a formé un recours le 25 février 2022. Par une décision du 11 juillet 2022, le président du département de la Haute-Vienne a rejeté sa demande. Mme D en demande l'annulation.

Sur la recevabilité :

2. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de prononcer un échelonnement de la dette de Mme D. Par suite, les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 115-2 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active, mis en œuvre dans les conditions prévues au chapitre II du titre VI du livre II, complète les revenus du travail ou les supplée pour les foyers dont les membres ne tirent que des ressources limitées de leur travail et des droits qu'ils ont acquis en travaillant ou sont privés d'emploi. ". Aux termes de l'article L. 262-2 du même code : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Le deuxième alinéa de l'article L. 262-3 de ce code dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Selon le premier alinéa de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ". L'article

R. 262-12 dudit code prévoit qu'en application de l'article L. 262-3 précité : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu () : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; () ". Aux termes de l'article L. 262-7 du code de l'action sociale et des familles : " Un décret en Conseil d'Etat définit les règles de calcul du revenu de solidarité active applicables aux travailleurs mentionnés à l'article L. 611-1 du code de la sécurité sociale () ". Selon l'article R. 262-24 du même code : " En l'absence de déclaration ou d'imposition d'une ou plusieurs activités non salariées, le président du conseil départemental évalue le revenu au vu de l'ensemble des éléments d'appréciation fournis par le demandeur ". Aux termes de l'article R. 262-13 de ce code : " Il n'est tenu compte ni des ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu, mentionnées à l'article R. 262-12, ni des allocations aux travailleurs involontairement privés d'emploi mentionnées par les articles L. 5422-1 et L. 5423-1 du code du travail, lorsqu'il est justifié que la perception de ces revenus est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. () " .

5. Il résulte des dispositions précitées qu'un travailleur relevant du régime social des indépendants peut bénéficier du revenu de solidarité active, et n'est dès lors pas exclu, du seul fait de ce statut, du bénéfice de la mesure, prévue par l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles, de neutralisation des ressources perçues au cours du trimestre précédant la demande d'allocation de revenu de solidarité active.

6. Pour rejeter le recours de l'intéressée, le département de la Haute-Vienne lui a indiqué que l'indu en cause faisait suite à la neutralisation à tort de ses ressources à compter du mois d'août 2021 en raison de la poursuite de son activité de travailleur indépendant. Toutefois, si Mme D a créé, le 25 juillet 2019, une activité de travailleur non salarié la faisant relever du régime social des indépendants, il est constant que cette activité ne lui a procuré que des revenus minimes, soit 1 500 euros pour l'année 2021. Par ailleurs, il n'est pas contesté qu'elle n'a perçu aucun revenu depuis la fin du mois de janvier 2021 au titre de cette activité. Aussi, le montant de ces revenus ne permet de considérer ni que leur perception n'aurait pas été interrompue de manière certaine lors de la demande de revenu de solidarité active présentée le 31 août 2021 par la requérante, ni que celle-ci aurait pu prétendre à un revenu de substitution au sens des prescriptions précitées de l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles.

7. Or, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 5, ce statut de travailleur indépendant n'excluait pas, à lui seul, la requérante du bénéfice de la mesure de neutralisation des ressources prévue par l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles. Compte tenu de ce qui a été dit, les omissions déclaratives commises par Mme D portaient sur un élément de situation dépourvu d'incidence sur le droit de l'intéressée au revenu de solidarité active ou sur son montant. C'est donc à tort que le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a, par la décision litigieuse, estimé que l'intéressée ne pouvait prétendre au bénéfice de la mesure de neutralisation des ressources perçues au cours du trimestre précédant sa demande de revenu de solidarité active et lui a réclamé un prétendu indu au titre de cette allocation pour la période d'août 2021 à janvier 2022, dont il résulte de l'instruction qu'il s'élève à 2 689,02 euros. Par suite, Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée et par suite à être déchargée de l'indu laissé à sa charge, lequel n'est pas fondé dans son principe.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 11 juillet 2022 du président du conseil départemental de la Haute-Vienne est annulée en tant qu'elle confirme un indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme D au titre de la période d'août 2021 à janvier 2022.

Article 2:Mme D est déchargée de l'obligation de payer l'indu mentionné à l'article 1er.

Article 3:Le surplus de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au département de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le magistrat désigné,

A. C

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

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