Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201190

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de la société Auto Contrôle Quercy-Limousin contestant l'arrêté préfectoral du 28 juin 2022 suspendant son agrément pour quinze jours. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé en droit et en fait, et que les manquements constatés lors du contrôle de la DREAL justifiaient la mesure de suspension. La solution retenue s'appuie sur les articles R. 323-14 du code de la route et l'arrêté du 18 juin 1991, confirmant la légalité de la décision préfectorale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2022, la société Auto Contrôle Quercy-Limousin, représentée par Me Lagrange, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a suspendu son agrément pour une durée de quinze jours ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 767,11 euros HT au titre du préjudice d'exploitation qu'elle a subi en raison de cette suspension ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il méconnaît les dispositions des articles R. 323-14 et R. 323-18 IV du code de la route ;

- les faits reprochés ne sont pas établis ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de M. B pour le préfet de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. La société Auto Contrôle Quercy Limousin demande l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a suspendu son agrément pour le centre de contrôle technique qu'elle exploite 121 avenue Emile Labussière à Limoges, pour une durée de quinze jours, du 18 au 31 juillet 2022 inclus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué vise notamment le code de la route et l'arrêté du 18 juin 1991 modifié relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes et mentionne, en les détaillant et en les caractérisant notamment par référence au rapport de visite de surveillance de la DREAL suite à son contrôle du 15 décembre 2021, que les manquements relevés à l'encontre de l'installation et du contrôleur révèlent par eux-mêmes la défaillance de l'exploitant à mettre en œuvre le contrôle technique dans les conditions conformes à la réglementation en vigueur. Ainsi, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, aux termes du IV de l'article R. 323-14 du code de la route : " L'agrément des installations de contrôle peut être suspendu ou retiré pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques qu'il concerne si les conditions de bon fonctionnement des installations ou si les prescriptions qui leur sont imposées par la présente section ne sont plus respectées, et après que la personne bénéficiaire de l'agrément et le représentant du réseau de contrôle auquel les installations sont éventuellement rattachées ont pu être entendus et mis à même de présenter des observations écrites ou orales. () ". Aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes, dans sa version applicable au litige : " Sans préjudice des dispositions réglementaires en vigueur relatives à la protection des travailleurs et de l'environnement, les installations de contrôle visées aux articles R. 323-13 à R. 323-15 du code de la route répondent aux exigences de l'annexe III du présent arrêté et comprennent des moyens techniques et informatiques permettant d'effectuer les contrôles décrits à l'annexe I, de recueillir les données relatives aux visites techniques effectuées et de les transmettre à l'Organisme technique central conformément aux dispositions du titre III du présent arrêté. Les conditions nécessaires à l'application du présent article sont définies aux annexes III et V du présent arrêté ". Aux termes de l'article 17-1 du même arrêté : " L'agrément du centre de contrôle peut être retiré ou suspendu pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques couvertes par l'agrément, conformément aux dispositions du IV de l'article R. 323-14 du code de la route, par le préfet du département du centre. Les mesures de retrait ou suspension sont notamment applicables en cas de non-respect des articles R. 323-13 à R. 323-17 du code de la route. () ". Selon le point 2-1 de l'annexe V de l'arrêté du 18 juin 1991 modifié : " L'exploitant des installations d'un centre de contrôle doit s'assurer que les contrôleurs qui y exercent une activité possèdent une connaissance satisfaisante des prescriptions relatives aux contrôles qu'ils effectuent une pratique suffisante de ces contrôles (). En outre, selon le point 2-4 de l'annexe V de l'arrêté de ce même arrêté : " L'exploitant des installations d'un centre de contrôle vérifie que le prestataire visé à l'article 26-6 du présent arrêté possède une connaissance satisfaisante des prescriptions relatives aux contrôles qu'il effectue, maîtrise l'utilisation des équipements de contrôle, des applications informatiques et du système qualité du centre. Cette vérification fait l'objet d'un enregistrement qui est conservé avec les autres documents visés au point 6 de la présente annexe ".

5. De première part, les dispositions précitées du IV de l'article R. 323-14 du code de la route habilitent l'administration à retirer ou suspendre l'agrément d'une installation d'un centre de contrôle en cas de méconnaissance des conditions de bon fonctionnement des installations ou des prescriptions qui leur sont imposées. Des manquements graves relevés à l'encontre de contrôleurs révèlent par eux-mêmes des défaillances du réseau à organiser et mettre en œuvre le contrôle technique dans des conditions conformes à la réglementation applicable et sont, dès lors, de nature à affecter le bon fonctionnement de l'installation. Par suite, le préfet peut légalement se fonder sur de tels manquements pour suspendre provisoirement l'agrément d'une installation de contrôle, alors même que, en application du IV de l'article R. 323-18 du code de la route, ces manquements peuvent également justifier la suspension de l'agrément du contrôleur qui en est personnellement responsable. D'autre part, il résulte des termes de l'annexe V, plus particulièrement au point 2.1, de l'arrêté du 18 juin 1991 précité que l'exploitant d'une installation de centre de contrôle technique doit assurer le suivi et le contrôle de la qualification des contrôleurs qui y exercent. Dans ces conditions, le préfet peut légalement fonder une décision de suspension d'un agrément du centre de contrôle technique sur des manquements constatés à l'égard des contrôleurs employés par l'installation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise la préfète en retenant dans sa décision des manquements commis par le contrôleur doit être écarté.

6. De deuxième part, il résulte de l'instruction que lors d'une visite de surveillance réalisée le 15 décembre 2021 par les services de la DREAL Nouvelle-Aquitaine, ont été relevées huit non conformités relatives à l'installation dont M. A a la gérance et vingt-sept non conformités concernant directement les contrôles de supervisions réalisés à l'encontre du contrôleur présent, M. E. Parmi ces non-conformités, dont la matérialité au jour de la visite de contrôle n'est pas sérieusement remise en cause par les éléments produits par la société requérante, figurent, d'une part, l'absence de présentation des comptes-rendus de revue de direction prévue au point 1 de l'annexe V de l'arrêté du 18 juin 1991, pour les trois dernières années 2019, 2020 et 2021, l'absence d'attestation de maîtrise des équipements de contrôle, des applications informatiques et du système qualité de M. E, l'absence du dossier de M. D, contrôleur, de ses justificatifs de formation initiale, de maintien de sa qualification et habilitation gaz, alors même que ce dernier a réalisé plus de trois-cent contrôles sur le centre en 2021. D'autre part, l'arrêté a retenu que M. E n'a pas été en mesure d'imprimer les tickets de mesure pollution et du banc de freinage et que le renouvellement du contrôle technique du véhicule immatriculé CV-698-FE en présence de l'agent de la DREAL a mené au relevé de deux défaillances majeures relatives au freinage et à l'éclairage soumettant le véhicule à contre-visite et deux nouvelles défaillances mineures, l'ensemble de ces défaillances n'ayant pas été relevées lors du premier contrôle en l'absence de l'agent de la DREAL. Dans ces conditions, les manquements commis par M. E en sa qualité de contrôleur technique ainsi que l'absence ou l'irrégularité d'un certain nombre de documents obligatoires et qui doivent être présentés aux contrôleurs de la DREAL, révèlent la défaillance de l'exploitant à mettre en œuvre le contrôle technique dans les conditions conformes à la réglementation en vigueur. Au vu de ces éléments, et alors que la circonstance que la SARL Auto Contrôle Quercy Limousin aurait pris ultérieurement des mesures correctrices n'a pas d'incidence sur la légalité de la sanction contestée, le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne aurait méconnu les dispositions du IV de l'article R. 323-14 du code de la route doit être écarté.

7. De troisième part, il résulte de l'instruction que si la société requérante a bénéficié de trois audits externes favorables les 18 juin 2019, 6 novembre 2020 et 26 octobre 2021, ces trois audits ont fait suite à trois audits annuels défavorables réalisés le 16 avril 2019, 7 juillet 2020 et 6 juillet 2021 et n'avaient ainsi pour objet que de constater la levée des non-conformités relevées lors des audits annuels. De plus, il résulte de l'instruction que M. E a fait l'objet d'une première visite de surveillance le 8 juillet 2021 dans un autre centre relevant de la société Auto Contrôle Quercy Limousin par les services de la DREAL Occitanie qui a donné lieu à une suspension provisoire de trois semaines du 1er avril au 21 avril 2022. Enfin, il résulte de cette même instruction qu'un autre contrôleur du centre de contrôle technique de Limoges avait fait l'objet d'un avertissement le 4 novembre 2020, à la suite d'une visite de surveillance réalisée par la DREAL. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la préfète a pris en compte les engagements pris par le gérant et le responsable de l'exploitation du centre quant à l'inscription de M. E à une formation de remise à niveau sur trois journées ainsi qu'au recrutement d'un responsable qualité à compter du 15 mai 2022, en fixant à quinze jours la durée de la suspension d'agrément du centre de contrôle technique en cause dans le présent litige, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas pris une sanction disproportionnée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par la société requérante doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Aucune illégalité fautive n'entachant l'arrêté du 28 juin 2022, les conclusions indemnitaires présentées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de justice :

10.L'article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme à verser à la SARL Auto Contrôle Quercy Limousin sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er:La requête de la société Auto Contrôle Quercy Limousin est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à la société Auto Contrôle Quercy Limousin et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

M. C

cg