Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201285
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201285 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 septembre 2022 et 1er mars 2023, M. B A, représenté par Me Harir, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 août 2022 par laquelle la directrice départementale des finances publiques de la Corrèze a rejeté sa réclamation préalable formée à l'encontre de l'acte de poursuite du 22 juin 2022 de l'huissier de justice mandaté par cette direction lui indiquant qu'il restait redevable d'une somme de 57 300,81 euros correspondant à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de janvier 2014 à décembre 2018 et qu'à défaut de paiement de cette somme avant le 11 juillet 2022, il procéderait à une saisie de ses meubles ;
2°) de prononcer la suspension de l'action en recouvrement de cette créance ;
3°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme de 57 300,81 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 10 août 2022 est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- dès lors que, le 16 février 2022, il a relevé appel du jugement du 10 février 2022 du tribunal judiciaire de Cahors, ce jugement qui a fondé les impositions mises à sa charge n'était pas devenu définitif et ne pouvait donc légalement servir de fondement à poursuite ; en application de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, l'exigibilité de la créance était suspendue jusqu'à la décision définitive du tribunal, c'est-à-dire jusqu'à la décision pénale devenue définitive.
Par des mémoires en défense enregistrés les 11 janvier 2023 et 10 mars 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la décision du 10 août 2022 est suffisamment motivée ;
- le service chargé du recouvrement n'ayant pas été saisi d'une réclamation assortie d'une
demande de sursis de paiement sur le fondement de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, le recouvrement de la créance n'était donc pas suspendu et c'est donc à bon droit qu'une mesure de saisie mobilière a été prononcée à l'encontre de M. A, peu importe qu'il ait interjeté appel le 16 février 2022 du jugement du 10 février 2022 du tribunal judiciaire de Cahors.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la demande de suspension de l'action en recouvrement de la créance de 57 300,81 euros dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif, hormis les cas prévus par le code de justice administrative dont les conditions ne sont pas remplies en l'espèce, de prononcer la suspension du recouvrement d'une créance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par jugement du 10 février 2022 dont il a interjeté appel le 16 février 2022, le tribunal judiciaire de Cahors a notamment condamné M. A, s'agissant de l'action publique, à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement totalement assortie d'un sursis probatoire de trois ans pour des faits d'exécution d'un travail dissimulé, de non remise au consommateur du formulaire type de rétractation et d'escroquerie faite au préjudice d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public pour l'obtention d'une allocation, d'une prestation, d'un paiement ou d'un avantage indu, à une peine d'amende de 20 000 euros et à la confiscation de certains biens, et, s'agissant de l'action civile, au paiement à l'URSSAF Champagne Ardenne d'une somme de 63 477,97 euros correspondant principalement à des cotisation impayées. Le 15 février 2022, un avis de mise en recouvrement a été émis à son encontre en raison de rappels de TVA au titre de la période de janvier 2014 à décembre 2018 faisant suite à des redressements issus d'une proposition de rectification du 7 décembre 2021, pour un montant total, en droits et pénalités, de 60 389 euros. Par une mise en demeure de payer du 28 février 2022, le pôle de recouvrement spécialisé de la Corrèze lui a demandé de s'acquitter de cette somme de 60 389 euros. Une saisie administrative à tiers détenteur délivrée le 7 avril 2022 à la caisse nationale d'épargne a permis la perception, sur cette créance fiscale de 60 389 euros, d'une somme de 3 088,19 euros. Par un courrier du 22 juin 2022, l'huissier de justice mandaté par la direction départementale des finances publiques de la Corrèze a indiqué à M. A qu'il était toujours redevable d'une somme de 57 300,81 euros et l'a informé de ce qu'à défaut de règlement de cette somme avant le 11 juillet 2022, il procéderait à une saisie de ses meubles. Par un courrier du 11 juillet 2022, M. A, par l'intermédiaire de son conseil, a contesté cet acte de poursuite du 22 juin 2022 en se prévalant de ce que le jugement du 10 février 2022 du tribunal judiciaire de Cahors avait fait l'objet d'un appel et n'était pas devenu définitif. Cette réclamation préalable a été rejetée par une décision du 10 août 2022 de la directrice départementale des finances publiques de la Corrèze. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision du 10 août 2022, de suspendre l'action en recouvrement et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 54 300,81 euros.
Sur la demande de suspension de l'action en recouvrement :
2. Il n'appartient pas au juge administratif, hormis les cas prévus par le code de justice administrative, dont les conditions ne sont pas remplies en l'espèce, de prononcer la suspension du recouvrement d'une créance. Dès lors, les conclusions de M. A tendant à ce que le tribunal prononce la suspension de l'action en recouvrement de la créance de 57 300,81 euros doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge de l'obligation de payer :
3. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent ". Aux termes de l'article L. 281 de ce livre : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. / Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ".
4. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que si la décision par laquelle l'administration rejette une contestation en matière de recouvrement doit mentionner les délais de recours impartis au redevable et lui indiquer, quand la contestation est fondée en tout ou partie sur l'un des motifs mentionnés au 2° de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, qu'il peut dans ces délais saisir le juge de l'impôt, elle n'est en revanche soumise à aucune obligation de motivation particulière s'agissant des raisons ayant conduit à ne pas y faire droit. En tout état de cause, les vices qui peuvent entacher la décision par laquelle le chef de service compétent rejette une réclamation relative au recouvrement d'impositions sont sans incidence sur les questions que le contribuable peut soumettre au juge de l'impôt dans le cadre défini à l'article L. 281, 2° du livre des procédures fiscales. Par suite, et à supposer que les conclusions aux fins d'annulation de cette décision soient recevables, le moyen tiré d'une motivation insuffisante de la décision du 10 août 2022 de la directrice départementale des finances publiques de la Corrèze doit être écarté comme inopérant.
5. En second lieu, il ne résulte d'aucune disposition du livre des procédures fiscales, et notamment pas de celles relatives au contentieux du recouvrement codifiées aux articles L. 281 à L. 283 et R. 281-1 à R. 283-1, que les contestations relatives au recouvrement des créances de nature fiscale auraient, par elles-mêmes, pour effet de suspendre la mise en œuvre de l'action en recouvrement, une telle suspension ne pouvant être obtenue qu'au moyen d'une demande expresse de sursis de paiement formée à l'appui d'une réclamation d'assiette tendant à la contestation de la régularité de la procédure d'imposition ou du bien-fondé des impositions en application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.
6. Il n'est ni établi ni même soutenu que M. A aurait, dans le cadre d'une réclamation d'assiette, contesté le bien-fondé des rappels de TVA mis à sa charge au titre de la période allant de janvier 2014 à décembre 2018 ou la régularité de la procédure de ces suppléments d'imposition, et qu'il aurait, à l'appui d'une telle réclamation d'assiette, expressément demandé à bénéficier du sursis de paiement prévu par les dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales. Dès lors, aucune considération, et en particulier la circonstance qu'un appel ait été interjeté le 16 février 2022 à l'encontre du jugement du 10 février 2022 du tribunal judiciaire de Cahors dont il ne résulte au demeurant pas de l'instruction qu'il constituerait le fondement des rappels de TVA auxquels M. A a été assujetti, qui selon l'avis de recouvrement du 15 février 2022 résultent de la proposition de rectification du 7 décembre 2021 antérieure à ce jugement, ne faisait obstacle à ce que, dans le cadre de l'action en recouvrement de ces rappels de TVA, qui n'était pas suspendue, l'huissier de justice de la direction départementale des finances publiques émette l'acte de poursuite du 22 juin 2022.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 10 août 2022 de la directrice départementale des finances publiques de la Corrèze et celles tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 57 300,81 euros qui est mentionnée dans l'acte de poursuite établi le 22 juin 2022 par l'huissier de justice mandaté par cette direction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. A tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Normand, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
N. NORMANDLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière,
M.C
mf