Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201357

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201357
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2022, Mme D B épouse C, représentée par Me Dumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne, confirmant la décision du 20 janvier 2022 de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne, a rejeté sa demande de remise de dette au titre du revenu de solidarité active d'un montant total de 15 582,54 euros pour la période de décembre 2019 à décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne de la réadmettre au bénéfice du revenu de solidarité active dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental et de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de condamner le conseil départemental et la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision du 20 janvier 2022 de la caisse d'allocations familiales a retiré une décision créatrice de droits ;

- cette décision aurait dû être précédée de la possibilité pour elle de présenter ses observations ;

- la modification de la période prise en compte pour l'indu en cause ne pouvait pas intervenir a posteriori sans justification ;

- le contrôle des sommes réclamées est impossible ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elle est séparée de fait avec son conjoint avec qui elle ne met pas en commun ses ressources et charges ;

- elle est une personne isolée ;

- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 18 juillet 2022, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne, confirmant la décision du 20 janvier 2022 de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne, a rejeté la demande de remise de dette de Mme B épouse C au titre du revenu de solidarité active d'un montant total de 15 582,54 euros pour la période de décembre 2019 à décembre 2021. L'intéressée en demande l'annulation.

2. En premier lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

3. L'intéressée soutient que les décisions attaquées ne sont pas motivées. Toutefois, la décision du 18 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a rejeté son recours administratif concernant l'indu de revenu de solidarité active ayant remplacé la décision du 20 janvier 2022 de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne portant notification de l'indu, le moyen tiré du défaut de motivation doit être regardé comme seulement dirigé contre la décision du président du conseil départemental. Cette dernière vise les articles R. 262-6 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, précise que l'indu est fondé sur l'absence de déclaration concernant la situation familiale et l'intégralité des ressources du foyer, dont elle précise le montant de l'indu, mentionne la période en litige et écarte les arguments avancés par la requérante dans son recours préalable. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".

5. Pour contester la décision litigieuse, la requérante soutient que l'octroi du revenu de solidarité active constitue une décision individuelle créatrice de droits que l'administration ne pouvait retirer. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L. 242-46 du code de l'action sociale et des familles font obstacle à l'application du régime de retrait des décisions créatrices de droit en ce qui concerne les paiements indus de revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de ce que, par la décision du 18 juillet 2022 attaquée, l'administration aurait illégalement procédé au retrait d'une telle décision est inopérant.

6. En troisième lieu, le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Mme B épouse C fait valoir que ses droits de la défense ont été méconnus dans la mesure où elle n'a pas pu utilement faire valoir ses observations. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressée a pu présenter ses observations à l'occasion du recours administratif qu'elle a exercé le 22 mars 2022 à l'encontre de la décision du 20 janvier 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la modification de la période prise en compte pour l'indu en cause dans la décision du 18 juillet 2022 du président du conseil départemental ne pouvait intervenir sans justification de la part de l'administration, il résulte de cette même décision que celle-ci a entendu rectifier une erreur de plume dès lors que le montant du trop-perçu au titre du revenu de solidarité active en cause est identique à celui déterminé par la décision du 20 janvier 2022 de la caisse d'allocations familiales.

8. En cinquième lieu, si Mme B épouse C fait valoir qu'il est impossible de contrôler les sommes qui lui sont réclamées en l'absence du tableau mentionné par la décision du 18 juillet 2022, le département de la Haute-Vienne a versé à l'instance ce tableau récapitulatif de l'indu en litige permettant à la requérante d'en contester le bien-fondé.

9. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".

10. En l'espèce, à la suite d'un contrôle des ressources par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne, il est apparu que Mme B épouse C, bénéficiaire du revenu de solidarité active, avait repris une vie maritale avec son conjoint depuis le mois d'octobre 2018, ce qui engendré un trop-perçu au titre du revenu précité d'un montant de 15 582,54 euros pour la période de décembre 2019 à décembre 2021. Pour contester l'indu en cause, l'intéressée fait valoir que suite à des violences conjugales, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Limoges l'a placée, en 2011, sous ordonnance de protection et a prononcé la séparation de corps des époux. La requérante, se disant personne isolée, ajoute qu'elle n'entretient depuis 2011 avec son conjoint aucune relation de couple stable et continue et ne met en commun avec lui aucune de ses ressources et charges. Toutefois, il résulte des rapports d'enquête établis le 3 septembre 2021 par un agent assermenté, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que le couple réside à la même adresse depuis le mois d'octobre 2018 et qu'ils ont donné naissance à deux enfants les 9 mai 2020 et 7 mars 2022. De plus, il résulte de l'instruction qu'aucune action judiciaire n'a été entreprise, sur la période litigieuse, pour établir une pension alimentaire pour les enfants du couple. La caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne a donc retenu, à juste titre, l'existence d'une vie maritale non déclarée entre M. et Mme C, à l'origine de l'indu contesté établi dans sa décision du 20 janvier 2022. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit que par sa décision du 18 juillet 2022, le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a rejeté le recours de l'intéressée en contestation du bien-fondé d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 582,54 euros pour la période de décembre 2019 à décembre 2021.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte de Mme B épouse C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles relatives aux articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse C et au département de la Haute-Vienne. Une copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

A. A

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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