Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201405

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 août 2022 par lequel la préfète de la Creuse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète n'a pas examiné sa demande au regard des orientations générales de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour et n'a pas procédé à l'appréciation de l'opportunité de prendre une mesure de régularisation favorable à son égard ;

- la décision est insuffisamment motivée s'agissant de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle contrevient à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de renvoi :

- ces décisions sont illégales en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien, déclare être entré irrégulièrement en France le 1er janvier 2021. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 3 novembre 2021. Il a sollicité le 17 mars 2022 un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 2 août 2022, la préfète de la Creuse a refusé de faire droit à cette demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. L'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté. Il doit également être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 4 octobre 2022 par laquelle la préfète de la Creuse a rejeté son recours gracieux.

Sur le refus de titre de séjour :

En ce qui concerne l'admission exceptionnelle au séjour et l'exercice du pouvoir discrétionnaire d'appréciation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. D'une part, le moyen tiré de la méconnaissance des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, laquelle est dépourvue de valeur réglementaire, doit être écarté.

4. D'autre part, la préfète en retenant que l'intéressé ne justifiait pas, eu égard notamment à sa situation personnelle et familiale, à une ancienneté de travail inférieure à 8 mois et à une durée de séjour sur le territoire national peu significative, de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à lui ouvrir un droit à régularisation sur la base des dispositions citées au point 2, a exercé son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, quand bien même elle ne s'est pas prononcée explicitement sur " le poste occupé, les qualifications et l'expérience du requérant, les difficultés de recrutement rencontrées par l'entreprise ".

5. Enfin, les seules circonstances que l'intéressé présente une promesse d'embauche pour un contrat à durée déterminée de 6 mois en tant qu'ouvrier agricole en production bovine, fasse état de nombreux témoignages de soutien portant sur ses capacités de travail et son intégration, ait appris rapidement le français ne sont pas suffisantes pour regarder la préfète comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'admission au séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

6. En premier lieu, en retenant que l'intéressé est célibataire et sans enfants, est entré en France le 1er janvier 2021 et se maintient de façon irrégulière sur le territoire national depuis cette date, ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France et vit sans ressources dans des conditions précaires, la préfète de la Creuse a suffisamment motivé sa décision en fait à l'aune des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En second lieu, le promesse d'embauche mentionnée au point 5, les différents témoignages produits au dossier louant notamment les capacités de travail de M. A et sa motivation, l'implication de ce dernier au sein du club de football de Bujaleuf, ne sont pas, à eux seuls, de nature à établir, alors que l'intéressé est arrivé récemment en France et est célibataire et sans enfant, qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Par suite, la préfète de la Creuse, en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger () : () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger () / La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ".

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, cette décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la fixation du pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 août 2022 et de la décision du 4 octobre 2022 par lesquels la préfète de la Creuse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Par voie de conséquences, sa requête doit être rejetée y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M.Mansour A et à la préfète de la Creuse.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf