Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201411
jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201411 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE A SLIMANI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " notifiée le 18 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des Outre-mer a prononcé l'annulation de son permis de conduire ;
2°) d'annuler la décision du 20 août 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des Outre-mer a rejeté son recours gracieux ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des Outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Il soutient que :
- les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 233-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées à la suite des infractions prétendument commises ;
- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;
- la réalité des infractions n'est pas établie ;
- la décision " 48 SI " notifiée le 18 mars 2022 doit être annulée en conséquence de l'illégalité des décisions de retrait de points faisant suite aux infractions alléguées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées le 10 août 2020 à 10h58, 11h03 et 11h04 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a commis une série d'infractions au code de la route le 10 août 2020 et le 20 avril 2021. Le 18 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié par une décision référencée " 48 SI " des retraits de points et la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point. L'intéressé en demande l'annulation ainsi que l'annulation de la décision du 20 août 2022 rejetant son recours gracieux.
Sur l'exception de non-lieu présentée par le ministre de l'intérieur :
2. Il ressort du relevé d'information intégral du 7 novembre 2022 renseigné par l'officier du ministère public que les points retirés à la suite des infractions commises le 10 août 2020 à 10h58, 11h03 et 11h04 ont été restitués, et que la décision " 48 SI " contestée n'apparaît plus sur le relevé d'information intégral de M. B, dont le solde de point est positif avec six points sur douze au 13 novembre 2020. Dès lors, le ministre doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré, postérieurement à la date d'introduction de la requête, les décisions précitées. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions et du rejet du recours gracieux formé par le requérant en tant qu'il concerne ces décisions, ainsi que celles présentées à fin d'injonction afférentes à ces décisions, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
3. En l'espèce, M. B a été interpellé le 20 avril 2021 à 10h50 à Vitrolles pour conduite sans port de la ceinture de sécurité. Cette interpellation a fait l'objet d'une décision de retrait de trois points et, par la suite, d'une amende forfaitaire majorée.
Sur le moyen tiré de l'absence de notification de la décision de retrait de points :
4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " () Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique () ". Les conditions de la notification au conducteur d'une décision de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait. Cette procédure a pour seul objet de rendre celui-ci opposable à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification de la décision de retrait de point attaquée est inopérant et doit, dès lors, être écarté.
Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :
5. D'une part, la délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.
6. D'autre part, dans le cas d'une infraction constatée postérieurement au 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.
7. En l'espèce, l'infraction commise le 20 avril 2021 à Vitrolles a été constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé. Par suite, M. B a pris connaissance des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route sous lesquelles il a signé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
Sur le moyen tiré du défaut de réalité de l'infraction :
8. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération, dans les délais prévus à l'article 529-1 du code de procédure pénale, ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du même code, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, s'agissant de l'infraction contestée, la mention " AM " figurant au relevé d'information intégral du requérant permet d'établir la réalité de cette infraction. Par suite, à défaut pour l'intéressé d'établir avoir contesté l'infraction litigieuse dans les délais impartis par le code de procédure pénale, la réalité de l'infraction du 20 avril 2021 doit être regardée comme établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté, y compris les conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. B contre la décision " 48 SI " du 18 mars 2022, les décisions de retrait de points relatives aux infractions du 10 août 2020 à 11h58, 11h03 et 11h04, et le rejet de son recours gracieux en tant qu'il concerne ces décisions, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction afférentes.
Article 2: Les surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le magistrat désigné,
A. C
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
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