Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201436
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201436 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2022, M. F C et M. B C, représentés par Me Robin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération par laquelle le collège territorial prévu à l'article L. 80 CB du livre des procédures fiscales, réuni le 5 juillet 2022, a, dans le cadre du second examen de leur demande de prise de position formelle, confirmé qu'ils ne pouvaient bénéficier de l'exonération des droits de mutation à titre gratuit prévue à l'article 795 A du code général des impôts relatifs à la transmission à leur profit, par acte de donation du 3 novembre 2021, du château d'Ingrandes ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de leur restituer les droits de mutation d'un montant de 285 356 euros qu'ils ont acquittés à tort en juin 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas justifié de la compétence de Mme A, inspectrice des finances publiques à la direction départementale des finances publiques de l'Indre, pour signer le courrier du 8 août 2022 leur notifiant la délibération du collège territorial confirmant, dans le cadre du second examen de leur demande de prise de position formelle de l'administration, qu'ils ne pouvaient bénéficier de l'exonération des droits de mutation à titre gratuit prévue à l'article 795 A du code général des impôts ;
- la délibération du collège territorial est entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, comme l'a jugé le Conseil d'Etat dans sa décision n° 458465 du 11 février 2022, d'une part, il ne résulte d'aucune disposition que le contribuable devrait, à peine de perte du droit à l'exonération des droits de mutation prévue à l'article 795 A du code général des impôts, déposer un projet de convention avec la DRAC préalablement à l'expiration du délai de déclaration de la donation, d'autre part, les circonstances que cette même déclaration n'était pas accompagnée d'une copie du projet de convention et que la version du projet de convention transmise par la suite n'était pas signée ne sont pas davantage de nature à justifier un refus du bénéfice du régime d'exonération ; si l'article 795 A du code général des impôts évoque les " héritiers ", " donataires " ou " légataires " comme souscripteurs de la convention, c'est bien que la convention peut être régularisée postérieurement à l'acte de donation ;
- à supposer même qu'ils ne puissent bénéficier de l'exonération des droits de mutation au titre de l'acte de donation du 3 novembre 2021, ils peuvent en bénéficier au titre de la succession de leur mère puisqu'ils ont, depuis le décès de cette dernière, conclu avec la DRAC une convention à durée indéterminée selon le modèle BOI-LETTRE-000117.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne demande au tribunal :
1°) compte tenu de ce qu'a jugé le Conseil d'Etat dans sa décision n° 458465 du 11 février 2022 dont se prévalent les requérants, de faire droit à leur demande d'annulation de la délibération du collège territorial qui s'est réuni le 5 juillet 2022 ;
2°) de statuer ce que de droit sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- conformément à l'article R. 80 CB-4 du livre des procédures fiscales, la délibération adoptée par le collège territorial leur a bien été notifiée, par le courrier du 8 août 2022, par un fonctionnaire qualifié, en l'occurrence une inspectrice des finances publiques en poste dans le service à l'origine de la demande de rescrit ;
- compte tenu de ce qu'a jugé le Conseil d'Etat dans sa décision n° 458465 du 11 février 2022, le collège territorial a entaché sa délibération d'une erreur de droit en indiquant aux requérants qu'ils ne pouvaient bénéficier de l'exonération des droits de mutation à titre gratuit prévue à l'article 795 A du code général des impôts au motif qu'il résulterait de ces dispositions et de celles de l'article 1649 nonies de ce code que le bénéfice de cette exonération est soumis à " l'obligation du caractère préalable de la demande de convention " avec la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et que ces mêmes dispositions imposeraient que soit remise au service compétent des impôts une copie de cette convention dans le délai prévu pour l'enregistrement de l'acte de donation ; aucun délai n'étant exigé pour le dépôt de la demande de convention avec la DRAC pour bénéficier du droit à exonération et le bénéfice de ce droit n'étant pas subordonné au dépôt du projet de convention préalablement à l'expiration du délai de la déclaration de succession, les requérants peuvent en bénéficier, toutes les conditions prévues par l'article 795 A du code général des impôts devant par ailleurs être satisfaites ;
- s'agissant de la demande de remboursement des droits de mutation à titre gratuit payés par les requérants, cette demande concerne un litige d'assiette des droits d'enregistrement qui relève de la compétence du juge judiciaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte notarié du 3 novembre 2021, Mme G D veuve C, qui est décédée le 6 décembre 2021, a fait donation à ses deux fils, M. F C et M. B C, du château d'Ingrandes (Indre) lequel, dans son ensemble, a été inscrit par arrêté du 18 août 2020 du préfet de la région Centre Val-de-Loire à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Par un courriel du 16 décembre 2021, le notaire ayant établi cet acte de donation du 3 novembre 2021 a saisi les services de la direction départementale des finances publiques de l'Indre d'une demande de prise de position formelle quant à la possibilité pour les donataires de bénéficier, au titre de la transmission de ce bien immobilier, de l'exonération des droits de mutation à titre gratuit prévue à l'article 795 A du code général des impôts. Par une décision du 14 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques de l'Indre a pris défavorablement position quant au bénéfice de cette exonération. Le 12 mai 2022, le notaire a sollicité un second examen dans les conditions prévues à l'article L. 80 CB du livre des procédures fiscales. Réuni le 5 juillet 2022, le collège territorial de l'Ouest (CTO) a, à l'issue de ce second examen, confirmé que les intéressés ne disposaient pas d'un droit au bénéfice de l'exonération des droits de mutation. Par cette requête, M. F C et M. B C demandent au tribunal d'annuler la délibération qui a été adoptée par le collège territorial dans le cadre de ce second examen de leur demande de prise de position formelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 795 A du code général des impôts : " Sont exonérés des droits de mutation à titre gratuit les biens immeubles par nature ou par destination qui sont, pour l'essentiel, classés ou inscrits au titre des monuments historiques, ainsi que les biens meubles qui en constituent le complément historique ou artistique, dès lors que les héritiers, les donataires ou les légataires ont souscrit avec l'autorité administrative compétente, après avis conforme du ministre chargé du budget, une convention à durée indéterminée prévoyant le maintien dans l'immeuble des meubles exonérés et leurs conditions de présentation, les modalités d'accès du public ainsi que les conditions d'entretien des biens exonérés, conformément à des dispositions types approuvées par décret. / En cas de non-respect des règles fixées par cette convention, les biens exonérés sont soumis aux droits de mutation sur la base de leur valeur au jour où la convention n'est pas respectée ou de la valeur déclarée lors de la donation ou du décès si cette valeur est supérieure et aux taux auxquels ils auraient été soumis lors de leurs transmission ".
3. Selon l'article 641 du code général des impôts : " Les délais pour l'enregistrement des déclarations que () donataires () ont à souscrire des biens à eux échus () sont : / De six mois, à compter du jour du décès, lorsque celui dont on recueille la succession est décédé en France métropolitaine ; / D'une année, dans tous les autres cas ". L'article 1701 de ce code prévoit que : " Les droits des actes et ceux des mutations par décès sont payés avant l'exécution de l'enregistrement, de la publicité foncière ou de la formalité fusionnée, aux taux et quotités réglés par le présent code ". Aux termes de l'article 1717 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article 1701, le paiement des droits d'enregistrement et de la taxe de publicité foncière peut être fractionné ou différé selon des modalités fixées par décret ".
4. Aux termes de l'article 281 bis de l'annexe III au code général des impôts : " I. - Les () donataires () qui demandent à bénéficier des dispositions des premier et deuxième alinéas de l'article 795 A du code général des impôts doivent remettre au service des impôts compétent pour enregistrer l'acte de donation (), dans les délais prévus pour cet enregistrement, une copie de la demande de convention ou d'adhésion à une convention existante, certifiée par les services de l'Etat chargés des monuments historiques. / Le recouvrement des droits exigibles sur les biens en cause est différé jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande. / II. - Les ayants droit disposent d'un mois à compter de la signature de la convention conclue avec l'Etat pour déposer la copie certifiée conforme de cette convention au service des impôts compétent. / A défaut d'accord ou à défaut de dépôt de la convention conclue dans le délai imparti, les droits dont le paiement a été différé sont exigibles dans les conditions de droit commun ".
5. Il résulte des dispositions du I de l'article 281 bis de l'annexe III au code général des impôts qu'elles ont pour objet de prévoir, en application de l'article 1717 du code général des impôts, les modalités selon lesquelles le paiement des droits de mutation par donation exigibles en vertu de l'article 1701 de ce code peut être différé jusqu'à la signature de la convention prévue par l'article 795 A permettant l'exonération de ces droits de mutation. Elles n'ont en revanche pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet de subordonner le bénéfice de cette exonération au dépôt dans le délai qu'elles impartissent d'une déclaration de donation accompagnée d'une copie de la convention adressée à la direction régionale des affaires culturelles compétente et certifiée conforme par celle-ci.
6. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 5, et comme le reconnaît par ailleurs la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne dans son mémoire en défense par lequel elle invite le tribunal à faire droit aux conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants, en leur refusant le bénéfice de l'exonération des droits de mutation à titre gratuit prévue à l'article 795 A du code général des impôts au motif qu'ils ne justifiaient pas avoir transmis la convention adressée à la direction régionale des affaires culturelles dans le délai prévu pour l'enregistrement de l'acte de donation du château d'Ingrandes, le collège territorial a entaché sa délibération d'une erreur de droit.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la délibération par laquelle le collège territorial prévu à l'article L. 80 CB du livre des procédures fiscales, réuni le 5 juillet 2022, a, dans le cadre du second examen de leur demande de prise de position formelle, confirmé qu'ils ne pouvaient bénéficier de l'exonération des droits de mutation à titre gratuit prévue à l'article 795 A du code général des impôts.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Si les requérants demandent au tribunal d'enjoindre à l'Etat de leur restituer la somme qu'ils ont versée au titre du paiement des droits de mutation par donation du château d'Ingrandes, cette demande relève, comme l'indique la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne en défense, d'un contentieux d'assiette en matière de droits d'enregistrement qui, conformément à l'article L. 199 du livre des procédures fiscales, ressortit à la compétence de la juridiction judiciaire.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser aux requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération par laquelle le collège territorial prévu à l'article L. 80 CB du livre des procédures fiscales, réuni le 5 juillet 2022, a, dans le cadre du second examen de leur demande de prise de position formelle, confirmé que M. F C et M. B C ne pouvaient bénéficier de l'exonération des droits de mutation à titre gratuit prévue à l'article 795 A du code général des impôts relatifs à la transmission à leur profit, par acte de donation du 3 novembre 2021, du château d'Ingrandes, est annulée.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 800 euros aux requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à M. B C et à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Normand, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
N. NORMANDLa greffière,
M. E
La République mande et ordonne
au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière,
M. E
mf
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618520
01/09/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502745
01/09/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604577
01/09/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2620197
01/09/2026