Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201681
jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201681 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE A SLIMANI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 29 novembre 2022, 20 février, 8 mars, 11 octobre, 7, 20 décembre 2023, 8 février et 3 avril 2024, M. B A C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Creuse a rejeté sa demande de remise de dette d'un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 1 213,95 euros ;
2°) d'annuler la décision du 23 février 2023, intervenue en cours d'instance, par laquelle le président du conseil départemental de la Creuse lui a seulement accordé une remise de dette d'un montant de 294,60 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 491,49 euros.
Il soutient que :
- il est dans une situation financière difficile ;
- il ignore la réglementation applicable ;
- il n'a fait aucune fausse déclaration ;
- il reconnaît avoir quitté le territoire français pendant plus d'un an ;
- il subvient aux besoins de son épouse et de sa fille, lesquelles résident au Soudan.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Creuse conclut au rejet de la requête comme non fondée et demande de condamner le requérant aux entiers dépens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le département de la Creuse conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Slimani a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C bénéficie d'un revenu de solidarité active depuis le mois de janvier 2019 et de la prime d'activité depuis le mois de juillet de la même année. Par une décision du 24 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Creuse a rejeté son recours tendant à la remise de dette au titre de la prime d'activité d'un montant de 1 213,95 euros. Par ailleurs, par une décision du 23 février 2023, intervenue en cours d'instance, le président du conseil départemental de la Creuse lui a seulement accordé une remise de dette d'un montant de 294,60 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 491,49 euros. M. A C demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur le revenu de solidarité active :
2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". L'article L. 262-3 de ce code dispose que : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
4. Il n'est pas contesté que l'intéressé a été absent du territoire français du 17 avril 2021 au 16 mai 2022, qu'il n'avait pas prévenu la caisse d'allocations familiales de son absence, qu'il reconnaît que sa conjointe et leur fille résident hors du territoire français, ce qui a engendré un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 491,49 euros pour la période de juillet à septembre 2021. Ainsi, c'est à bon droit que le président du conseil départemental de la Creuse a mis à la charge de l'intéressé l'indu en cause qui a pour origine le séjour de ce dernier hors de France pendant plus de trois mois.
5. Selon l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles concernant le revenu de solidarité active : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu ou n'y faisant que partiellement droit, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
7. Si à la date de sa demande de remise de dette auprès du département de la Creuse, l'intéressé avait un quotient familial de 613 euros, M. A C, dont la bonne foi n'est pas contestée et qui est hébergé à titre gratuit, produit son avis d'imposition pour 2023 lequel indique qu'il a déclaré 4 344 euros, soit un revenu mensuel de 362 euros. Il ne résulte pas de l'instruction que la situation financière de l'intéressé se soit améliorée depuis. Aussi, à la date du présent jugement, le requérant est dans une situation de précarité financière telle qu'il n'est pas en mesure de s'acquitter totalement de sa dette de revenu de solidarité active, sans compromettre durablement l'équilibre de son budget ou menacer la satisfaction des besoins élémentaires. Ainsi, ces éléments font apparaître une situation financière précaire qui justifie que la décision du 23 février 2023 attaquée soit annulée.
Sur la prime d'activité :
8. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article R. 842-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée ". L'article R. 846-5 de ce code prévoit que : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, l'article L. 845-3 dudit code dispose : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service ".
9. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point 4 que M. A C n'a pas résidé sur le territoire français du 17 avril 2021 au 16 mai 2022. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu de prime d'activité de 1 213,95 euros en litige.
10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
11. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A C, dont la bonne foi n'est pas contestée et qui est hébergé à titre gratuit, produit son avis d'imposition pour 2023 lequel indique qu'il a déclaré 4 344 euros, soit un revenu mensuel de 362 euros. Il ne résulte pas de l'instruction que la situation financière de l'intéressé se soit améliorée depuis. Aussi, à la date du présent jugement, le requérant est dans une situation de précarité financière telle qu'il n'est pas en mesure de s'acquitter totalement de sa dette de prime d'activité, sans compromettre durablement l'équilibre de son budget ou menacer la satisfaction des besoins élémentaires. Ainsi, ces éléments font apparaître une situation financière précaire qui justifie que la décision du 24 octobre 2022 attaquée soit annulée.
Sur les frais liés au litige :
12. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Creuse, tendant à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge de M. A C sont sans objet et doivent, dès lors, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: Les décisions du 24 octobre 2022 et du 23 février 2023 sont annulées.
Article 2 : M. A C est déchargé de l'obligation de payer la somme de 196,89 euros (cent quatre-vingt-seize euros et quatre-vingt-neuf centimes) au titre de l'indu de revenu de solidarité active et la somme de 1 213,95 euros (mille deux cent treize euros et quatre-vingt-quinze centimes) au titre de l'indu de prime d'activité.
Article 3:Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Creuse, tendant à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge de M. A C, sont rejetées.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. B A C, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département de la Creuse. Une copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Creuse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le magistrat désigné,
A. Slimani
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
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