Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201719

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 décembre 2022 et 15 février 2023, M. E A B demande au tribunal d'annuler la décision du 24 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Creuse a rejeté sa demande de remise de dette d'un montant de 1 402,96 euros au titre de l'aide personnalisée au logement.

Il soutient que :

- l'indu en cause a pour origine une erreur de la caisse d'allocations familiales ;

- il est dans une situation financière difficile.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier 2023 et 12 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales de la Creuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal, le tribunal n'est pas territorialement compétent ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. D a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande l'annulation de la décision du 24 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales (Caf) de la Creuse a rejeté sa demande de remise de dette d'un montant de 1 402,96 euros au titre de l'aide personnalisée au logement.

Sur l'exception d'incompétence territoriale opposée par la Caf de la Creuse :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 312-7 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs () de manière générale, aux décisions concernant des immeubles relèvent de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouvent les immeubles faisant l'objet du litige. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale qui attribuent au tribunal de grande instance désigné en application de l'article

L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire la compétence pour connaître des contestations relatives aux pénalités prononcées en cas de fraude, les recours dirigés contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 sont portés devant la juridiction administrative ".

3. Les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement peuvent faire l'objet de recours contentieux devant le tribunal administratif dans le ressort duquel est situé le logement ayant donné lieu à la décision.

4. Il résulte de l'instruction que l'aide personnalisée au logement en cause a été versée pour un logement situé dans le département de la Creuse. L'exception d'incompétence territoriale soulevée par la Caf de la Creuse doit en conséquence être écartée.

Sur la remise de dette au titre de l'aide personnalisée au logement :

5. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". L'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale dispose que : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu (). Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, ou ne faisant que partiellement droit à cette demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

7. Il résulte de l'instruction que la Caf de la Creuse a, le 2 septembre 2022, calculé les droits à l'aide personnalisée au logement de l'intéressé. Toutefois, en raison d'un problème informatique imputable à la caisse, les ressources du requérant n'ont pas été prises en compte engendrant un trop-perçu d'un montant de 1 402,96 euros au titre de l'aide personnalisée au logement. Aussi, au cas d'espèce, il est constant que l'indu en cause mis à la charge du requérant provient de l'erreur commise par la caisse alors que la bonne foi de M. A B n'est pas remise en cause. Par ailleurs, il résulte des pièces produites par ce dernier et non contestées qu'il perçoit 980 euros d'indemnités chômage alors que l'ensemble de ses charges s'élève à 600 euros. Dans ces conditions particulières, l'intéressé est fondé, d'une part, à soutenir qu'il se trouve en situation de précarité et, d'autre part, à demander une réduction de sa dette d'allocation personnalisée au logement. Par suite, la décision du 24 octobre 2022 de la caisse d'allocations familiales de la Creuse rejetant sa demande de remise de dette d'un montant de 1 402,96 euros est annulée. Il est remis à M. A B la somme de 1 000 euros à valoir sur sa dette d'aide personnalisée au logement restant due.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 24 octobre 2022 de la caisse d'allocations familiales de la Creuse est annulée.

Article 2:Il est remis gracieusement à M. A B la somme de 1 000 (mille) euros à valoir sur sa dette d'aide personnalisée au logement.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. E A B et à la caisse d'allocations familiales de la Creuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le magistrat désigné,

A. D

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

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