Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201832
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201832 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | JUGE UNIQUE H SIQUIER |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 20 décembre 2022 et le 24 février 2023, Mme D A, représenté par Me Soltner, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2022, par laquelle la préfecture de la Haute-Vienne, a rejeté son recours gracieux tendant à l'indemnisation du préjudice subi du fait de la non délivrance de son passeport dans le délai espéré ;
2°) de condamner la préfecture de la Haute-Vienne à lui verser la somme de 5 382,88 euros en réparation de son préjudice financier ;
3°) de condamner la préfecture de la Haute-Vienne à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
4°) de condamner la préfecture de la Haute-Vienne à lui verser la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a déposé seulement le 8 juin 2022 une demande de passeport suite à un rendez-vous pris au 29 mars 2022 à la mairie de Limoges ;
- le 09 juillet 2022, le centre d'expertise ressources titres a, par l'intermédiaire des services de la mairie, sollicité la communication d'un acte de mariage ou acte de naissance afin de compléter son dossier ; la délivrance d'un passeport n'exige pas la production d'un acte de naissance ou d'un acte de mariage dès lors qu'il est fourni une pièce d'identité valide. Elle a déposé dès le mardi 12 juillet 2022, l'acte de naissance sollicité auprès des services de la marie qui l'ont transmise immédiatement au centre d'expertise ressources titres ;
- un voyage à l'étranger a été réservé le 27 juillet 2022, pour une durée de quatre jours ; son passeport ne lui a été délivré que le 28 juillet 2022, soit un jour après la date programmée de son voyage ; elle a été contrainte d'annuler son voyage et n'a pu obtenir remboursement des sommes engagés du fait de la non délivrance de son passeport avant le départ ;
- l'Etat a commis une faute administrative engageant de fait sa responsabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en tant qu'elle a été instruite alors même qu'aucune décision implicite ou explicite de rejet à la demande préalable d'indemnisation présentée n'était intervenue dans le délai imparti ;
- à titre subsidiaire, aucune disposition légale ou réglementaire n'impose à l'administration, à peine d'illégalité, un délai s'agissant de la délivrance des titres d'identités ;
- la demande de production d'un acte de naissance ou d'un acte de mariage n'a pas eu effet disproportionné sur la durée de la procédure d'instruction ;
- le précédent passeport de Mme A était périmé depuis juin 2011, soit plus de dix ans avant la demande en cause ;
- la demande de la requérante a été instruite dans les délai normaux compte tenu de la hausse du nombre de demande au mois de juin 2022 ;
- le montant total du préjudice ne peut être constitué du montant total de la facture, il est nécessaire de le réévaluer à la somme de 317,33 euros ;
- Mme A n'est pas fondé à demander l'indemnisation d'un préjudice moral.
Par ordonnance du 27 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier en application de l'article
R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,
- et les observations de Me Soltner, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a effectué une demande de passeport le 08 juin 2022, celui-ci a été délivré le 28 juillet 2022. En raison de la date de cette délivrance, elle a dû annuler le voyage prévu aux Etats-Unis avec son époux et ses deux petits-enfants à compter du 27 juillet 2022. Mme A a effectué une demande préalable en indemnisation à la préfète de la Haute-Vienne le 14 septembre 2022, la requérante demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence de l'administration le 14 novembre 2022.
Sur les conclusions les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 5 du décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " I.- En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : 1° De sa carte nationale d'identité comportant une zone de lecture automatique, valide ou périmée depuis moins de cinq ans à la date de la demande ; en pareil cas, sans préjudice, le cas échéant, de la vérification des informations produites à l'appui de la demande de cet ancien titre, le demandeur est dispensé d'avoir à justifier de son état civil et de sa nationalité française ; 2° Ou de sa carte nationale d'identité ne comportant pas de zone de lecture automatique, valide ou périmée depuis moins de deux ans à la date de la demande ; en pareil cas, sans préjudice, le cas échéant, de la vérification des informations produites à l'appui de la demande de cet ancien titre, le demandeur est dispensé d'avoir à justifier de son état civil et de sa nationalité française ; 3° Ou d'un passeport d'un autre type délivré en application des articles 4 à 17 du présent décret, valide ou périmé depuis moins de cinq ans à la date de la demande ; en pareil cas, sans préjudice, le cas échéant, de la vérification des informations produites à l'appui de la demande de cet ancien titre, le demandeur est dispensé d'avoir à justifier de son état civil et de sa nationalité française ; 4° Ou à défaut de produire l'un des titres mentionnés aux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation ou, lorsque cet extrait ne peut pas être produit, de la copie intégrale de son acte de mariage. / Lorsque la nationalité française ne ressort pas des pièces mentionnées aux alinéas précédents, elle peut être justifiée dans les conditions prévues au II. / II . La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance mentionné au 4° du I portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil. (). ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le passeport de Mme A était expiré depuis le 25 juin 2011. Par suite, la demande de délivrance d'un passeport de la requérante doit être regardée comme une première demande au sens des dispositions rappelées au point précédent. D'autre part, si Mme A fait valoir qu'elle dispose d'une pièce d'identité valide, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, le préfet était fondé à sollicité en vue de la complétude de son dossier son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation de la copie intégrale de son acte de mariage. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des pièces versées au dossier par Mme A que la demande de renouvellement de son passeport a été déposée à la mairie de Limoges le 8 juin 2022. Si la requérante soutient que ce rendez-vous a été pris le 29 mars 2022 et qu'aucun autre rendez-vous n'était possible plus tôt, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait tenté d'obtenir un rendez-vous plus rapide auprès des services d'une des quatorze autres communes du département équipées d'une station d'enregistrement alors que l'enregistrement des demandes de passeport n'est pas territorialisé.
5. D'autre part, il ressort également des éléments versés au débat que la demande de renouvellement du passeport de la requérante a été instruite par les services de la préfecture de la Haute-Vienne le 8 juillet 2022. A la suite d'une demande d'information complémentaire relative à la délivrance d'un acte de mariage ou de naissance, cette demande a été validée le jour même du dépôt de la pièce par la requérante et le titre sollicité a été mis en fabrication le 13 juillet 2022 par les services de l'imprimerie nationale. Dans ces conditions, et alors que le préfet était fondé à solliciter un extrait complet d'acte de naissance ou la copie intégrale de l'acte de mariage de la requérante, le délai de traitement de la demande de passeport de Mme A puis de délivrance de ce titre ne revêt pas dans les circonstances de l'espèce un caractère anormalement
6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Haute-Vienne n'a commis aucune faute engageant la responsabilité de l'Etat.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de toute faute engageant la responsabilité de l'Etat, que Mme A n'est pas fondée à demander réparation des préjudices matériel et moral qu'elle soutient avoir subi.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024 .
Le magistrat désigné,
H. CLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
La greffière,
M. B
bb
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618520
01/09/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502745
01/09/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604577
01/09/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2620197
01/09/2026