Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201866

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Labrousse, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet de la Corrèze a refusé de lui accorder la délivrance d'un titre de séjour " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à compter de la notification de cette décision, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- sa demande de titre de séjour était bien fondée ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public dès lors que la condamnation dont il a fait l'objet ne porte pas sur la cession de produits stupéfiants, que les faits qui la fondent sont anciens de plus d'une année, qu'il est inséré professionnellement.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a méconnu le 5° de l'article L. 611-1 dès lors qu'il séjourne régulièrement sur le territoire français depuis plus de 3 mois ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, est entré en France en mai 2018 à l'âge de 17 ans en tant que mineur isolé. Le 4 juin 2021, il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 2 décembre 2022 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Corrèze a rejeté sa demande de changement de statut tendant à se voir délivrer un titre de séjour " salarié ", a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de prendre en compte la nature, la gravité ainsi que le caractère récent ou non des infractions pour apprécier l'atteinte à l'ordre public, qui s'apprécie au moment de la décision attaquée.

3. Il n'est pas contesté que M. A, célibataire et sans enfant, a été condamné le 9 septembre 2021 à un an d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans pour des faits s'étant déroulés du 1er juin 2020 au 7 septembre 2021 et consistant en l'usage illicite de stupéfiants, à l'emploi non autorisé de stupéfiants, à l'acquisition, au transport et à la détention non autorisés de stupéfiants. Compte tenu de la durée pendant laquelle se sont déroulés les faits reprochés à l'intéressé qui fait obstacle à la reconnaissance de leur caractère isolé, leur caractère récent, l'importance de la peine prononcée, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, que le préfet de la Corrèze, après avoir procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation de l'intéressé, a retenu, pour refuser le changement de statut sollicité par l'intéressé, que sa présence constituait une menace à l'ordre public, nonobstant son insertion professionnelle. Par suite, et à supposer même que " la demande de titre de séjour était bien- fondée " comme le soutient le requérant, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 2 doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour, se réfère notamment au 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait état des considérations personnelles et familiales inhérentes à la situation de l'intéressé. Elle est par suite suffisamment motivée.

5. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, pour prononcer cette décision, le préfet de la Corrèze ne s'est pas fondé sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur son 3°. Par suite, le moyen tiré de ce que cette autorité aurait commis une erreur de droit doit être écarté, de même que le moyen tenant à l'absence de menace à l'ordre public que représenterait la présence de l'intéressé en France, lequel est inopérant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 611-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

7. D'une part, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, prise au visa de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui fait état des considérations personnelles et familiales propres à la situation de l'intéressé, du caractère récent de son entrée en France et de la menace à l'ordre public qu'il représente, est suffisamment motivée.

8. D'autre part, et comme le demandeur le soutient, en considérant que son entrée en France était récente alors qu'il séjourne en France depuis 2018, le préfet de la Corrèze a commis une erreur de fait. Toutefois, cette seule circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision au regard des dispositions citées au point 6, dès lors d'une part que l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifie, ni même ne se prévaut de liens familiaux en France, que son insertion professionnelle est récente et qu'ainsi que dit au point 3 sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

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