Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201878

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201878
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a suspendu le versement de son revenu de solidarité active pour la période de juillet à octobre 2022 ;

2°) d'enjoindre au département de la Haute-Vienne de lui verser les sommes au titre du revenu de solidarité active qui ont été suspendues.

Il soutient que :

- au mois d'octobre 2019, il a créé son auto-entreprise mais que suite à la crise sanitaire de la Covid-19, il a été suivi à partir du mois d'avril 2021 par Pôle emploi ;

- le suivi de Pôle emploi n'a pas été adapté à sa situation professionnelle, ce qui a affecté sa santé, laquelle a entrainé, à tort, sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi.

Par des mémoires en défense, enregistré les 10 et 19 octobre 2023, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. D a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande d'annuler la décision du 20 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne a suspendu le versement de son revenu de solidarité active pour la période de juillet à octobre 2022 et d'enjoindre au département de lui verser les sommes au titre de ce revenu qui ont été suspendues.

2. Aux termes de l'article L. 262-27 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active a droit à un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins et organisé par un référent unique. () ". Aux termes de l'article L. 262-28 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle. () ". Aux termes de l'article L. 262-29 du même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : 1° De façon prioritaire, lorsqu'il est disponible pour occuper un emploi au sens des articles L. 5411-6 et L. 5411-7 du code du travail ou pour créer sa propre activité, soit vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du même code, soit, si le département décide d'y recourir, vers l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-4 du code du travail ou encore vers un des réseaux d'appui à la création et au développement des entreprises mentionnés à l'article 200 octies du code général des impôts, en vue d'un accompagnement professionnel et, le cas échéant, social ; () ". Aux termes de l'article

L. 262-30 du même code : " L'organisme vers lequel le bénéficiaire du revenu de solidarité active est orienté désigne le référent prévu à l'article L. 262-27. () ". Aux termes de l'article L. 262-34 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail élabore conjointement avec le référent désigné au sein de cette institution ou d'un autre organisme participant au service public de l'emploi le projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; () Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. () Lorsqu'il y a eu suspension de l'allocation au titre du présent article, son versement est repris par l'organisme payeur sur décision du président du conseil départemental à compter de la date de conclusion de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi ".

3. En l'espèce, M. B est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le mois de décembre 2015 et a fait l'objet d'une orientation vers un accompagnement social et professionnel le 4 mai 2016, lequel accompagnement a été renforcé pour l'emploi le 16 septembre suivant. Dans ce cadre, le 10 octobre 2019, l'intéressé a créé sa société puis a été orienté vers Pôle emploi, par une décision du 20 avril 2021 du président du conseil départemental, comme référent professionnel, pour lui permettre de poursuivre ses démarches d'insertion, dès lors que l'exploitation de sa société ne lui permettait pas de dégager des ressources suffisantes. Cette décision l'informait qu'il devait avoir un entretien avec un conseiller de Pôle emploi pour établir ou actualiser son projet personnalisé d'accès à l'emploi et lui communiquait la procédure à suivre pour obtenir un rendez-vous avec un conseiller de Pôle emploi. Le 15 septembre 2021, le président du conseil départemental l'informait qu'il envisageait la suspension du versement de la moitié du revenu de solidarité active au motif que l'intéressé avait été radié de la liste des demandeurs d'emploi le 4 août 2021. Par une décision définitive du 9 novembre 2021, le président du conseil départemental a suspendu le versement de 50 % du revenu de solidarité active du requérant. Par la suite, par une décision du 6 avril 2022, le président du conseil départemental a informé M. B qu'il envisageait la suspension du versement de la totalité du revenu de solidarité active au motif que l'intéressé n'avait pas rencontré le conseiller Pôle emploi lui permettant de conclure un projet personnalisé d'accès à l'emploi et que, malgré sa réinscription sur la liste des demandeurs d'emploi, il n'avait pas régulièrement actualisé son projet personnalisé d'accès à l'emploi, ce qui a engendré la suspension de juillet à octobre 2022 de la totalité du versement de son revenu de solidarité active par la décision du 20 octobre 2022 attaquée.

4. Si M. B fait valoir que le suivi de Pôle emploi n'a pas été adapté à sa situation professionnelle, ce qui a affecté sa santé, laquelle a entrainé, à tort, sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi le 4 août 2021 dès lors qu'il avait transmis un arrêt maladie à Pôle emploi prenant effet le 29 juin 2021 jusqu'au 10 août suivant, il ne demeure pas moins qu'il appartenait à M. B, après son arrêt maladie, de prendre attache avec un conseiller de Pôle emploi, désigné comme son référent unique, pour actualiser le projet personnalisé d'accès à l'emploi, ce qu'il n'a pas fait. Par ailleurs, en se bornant à soutenir que le projet personnalisé précité n'était pas adapté à ses objectifs professionnels, sans assortir cette allégation d'aucune précision, le requérant ne met pas le juge en mesure d'apprécier le bien-fondé de ce moyen. Ainsi, l'intéressé n'a pas respecté ses obligations et ne justifie d'aucun motif légitime de nature à expliquer le manquement qui lui a été reproché, lequel a engendré, par la décision attaquée faisant une application exacte des dispositions de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, la suspension totale de son revenu de solidarité active de juillet à octobre 2022.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le magistrat désigné,

A. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

if