Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300003

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300003
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJUGE UNIQUE H SIQUIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a été saisi par M. D d’une demande d’annulation du refus du département de la Corrèze de lui accorder une remise de dette de 2 403 euros, correspondant à un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période d’avril 2020 à novembre 2021. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que M. D n’avait pas déclaré sa rente accident du travail lors de sa demande de RSA et lors de ses déclarations trimestrielles, malgré la présence de rubriques dédiées sur les formulaires. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 262-3, L. 262-46 et L. 262-52 du code de l’action sociale et des familles, qui imposent la déclaration de l’intégralité des ressources et conditionnent la remise de dette à l’absence de fausse déclaration ou de manœuvre frauduleuse.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 7 novembre 2022, le tribunal judiciaire de Tulle, saisi par requête du 20 juin 2020, s'est déclaré incompétent pour connaitre du litige né de la décision du 2 juin 2022 du conseil départemental de la Corrèze par laquelle il a refusé à M. D la remise des sommes réclamées au titre d'un indu de revenu de solidarité active pour la période allant du 1er avril 2020 au 30 novembre 2021 pour un montant de 2 403 euros et a décidé de la transmission de la requête au tribunal administratif de Limoges.

Par cette requête, enregistrée le 2 janvier 2023, des pièces complémentaires enregistrées le 8 janvier 2024 et un mémoire enregistré le 11 janvier 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B D demande au tribunal d'annuler la décision du 1er juin 2022 par laquelle le département de la Corrèze lui a refusé une remise de cette dette d'un montant de 2 403 euros concernant un indu en matière de revenu de solidarité active pour la période allant du 1er avril 2020 au 30 novembre 2021.

Il soutient que :

- il n'a pas commis de fraude ;

- il est de bonne foi car il a bien déclaré sa rente auprès de la mutualité sociale agricole dans les délais ;

- les documents fournis par la mutualité sociale agricole ne mentionnaient pas la déclaration des pensions et rentes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le conseil départemental de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. D bénéficie d'une rente accident du travail depuis le 1er novembre 2007. Par une décision du 2 juin 2021, une notification de dette a été adressée à M. D par la mutualité sociale agricole (MSA). Par un courrier du 27 septembre 2021, M. D a été invité à produire une copie de la notification d'attribution de sa rente accident du travail ainsi que les avis de paiement mensuels dans le cadre d'un contrôle de la MSA. Par un courrier du 1er juin 2022, le département de la Corrèze lui a notifié un refus de remise de dette au motif que, d'une part, M. D n'avait pas déclaré sa rente accident du travail et, d'autre part, qu'il n'avait pas déclaré être bénéficiaire d'une rente invalidité depuis son admission au revenu de solidarité active (RSA). L'intéressé demande l'annulation de la décision du 1er juin 2022 par laquelle le département de la Corrèze a refusé de lui accorder une remise de dette ainsi que la remise totale de cette dette.

2. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active ()". Aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article L. 262-52 du présent code : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième et huitième alinéas du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes du neuvième alinéa l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

3. Il résulte de ces dispositions que tout bénéficiaire du RSA doit déclarer l'intégralité des ressources du foyer. Celles-ci comprennent notamment les pensions et les allocations. Si M. D soutient qu'il est de bonne foi, qu'il a toujours déclaré ses rentes et pensions à la MSA et que la MSA a commis une erreur en fournissant des déclarations à compléter qui ne prévoyaient pas la possibilité de déclarer la perception des rentes d'accident de travail et d'invalidité, il ressort de l'instruction que, d'une part, le formulaire de demande de RSA complété le 20 mars 2020 par le requérant offrait effectivement cette possibilité et que, d'autre part ces rubriques n'ont pas été renseignées par M. D qui a précisé à cette occasion qu'il ne disposait d'aucune ressource. M. D a en outre, le 10 juin 2020 confirmé ces informations à l'occasion de sa déclaration trimestrielle de ressources. Il a ensuite seulement déclaré à la MSA lors des déclarations trimestrielles des ressources dans le cadre du RSA, les sommes de 700 euros en juillet 2020 et de 900 euros en août 2020 de primes, aides et subventions non incluses dans les bénéfices, de 90 euros en septembre 2020, de 112 euros en octobre 2020 et de 121 euros en novembre 2020 en sa qualité d'autoentrepreneur, puis de 127 euros en décembre 2020, 29 euros en janvier 2021 et 92 euros en février 2021 de primes, aides et subventions non incluses dans les bénéfices, puis de 41 euros en mars 2021, 53 euros en avril 2021 et 73 euros en mai 2021 au titre de revenus salariés nets imposables et enfin, de 28 euros en juin 2021 et de 79 euros en août 2021 en sa qualité d'autoentrepreneur. De plus, M. D a été invité par un courrier du 27 septembre 2021 à communiquer une copie de la notification de sa rente accident du travail ainsi que les avis de paiements mensuels dans le délai de 30 jours. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait communiqué ces documents. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que M. D ait tenté, en vain, de solliciter l'aide des services de la MSA pour comprendre les montants à déclarer. Par suite et au regard de l'ensemble de ces déclarations erronées, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il est de bonne foi. Dans ces conditions, la demande de remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité d'un montant de 2 403 euros pour la période allant du 1er avril 2020 au 30 novembre 2021 doit être rejetée.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au conseil départemental de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024 .

La magistrate désignée,

H. CLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière,

M. A

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