Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300050

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300050
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 10, 26 janvier et 8 février 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'ordonner à la caisse d'allocations familiales (Caf) de l'Indre de procéder au rétablissement du versement de ses allocations, notamment de son revenu de solidarité active ainsi que de ses allocations familiales telles que les allocations de rentrée scolaire ;

2°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Indre à réparer les dommages matériel et moral qu'il a subis à raison du non versement de ses allocations.

Il soutient que :

- il est allocataire de la Caf de l'Indre depuis juin 2021, enregistré comme parent isolé, veuf, sans aucune ressource, avec deux enfants à charge ;

- il disposait d'un titre de séjour ayant une validité de six mois ; une fois ce titre arrivé à terme, il a tenté de prendre rendez-vous auprès de la préfecture afin de le renouveler sans jamais y parvenir ;

- la Caf de l'Indre a interrompu le versement de son RSA ; elle explique attendre le nouveau récépissé pour procéder à la régularisation et aux rappels de ses droits ;

- il a été reconnu réfugié politique ;

- le 18 octobre 2022, il a ramené le récépissé en cours de validité à la Caf, qui lui a expliqué qu'elle ne pouvait pas faire de rappel de ses droits sur la période antérieure ;

- il craint de faire l'objet d'une expulsion locative s'il ne parvient pas à payer ses loyers impayés ; or, il souhaitait les rembourser avec le rappel de ses droits ;

- son droit à une vie familiale digne a subi une atteinte ;

- par son comportement, la Caf a méconnu les stipulations de l'article 17 de la convention européenne des droits de l'homme, l'article 54 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les article 3-1 et 3-2 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'article L. 543-1 du code de sécurité sociale et le préambule de la Constitution.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Indre conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur les litiges relatifs aux conditions d'ouverture de droit aux prestations familiales ;

- le dossier de RSA de l'intéressé a été régularisé.

Par un mémoire, enregistré le 15 mars 2024, le département de l'Indre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 26 mars 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en l'absence de réclamation préalable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

Sur la compétence de la juridiction administrative :

1. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et règlementations de sécurité sociale ; () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les prestations familiales comprennent : () 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; 4°) L'allocation de logement régie par les dispositions du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ; () 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; () ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ".

2. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les litiges relatifs aux allocations familiales de ressources et à l'allocation de rentrée scolaire relèvent du contentieux général de la sécurité sociale, et peuvent faire l'objet de recours portés devant les tribunaux judiciaires spécialement désignés. Il s'ensuit que les conclusions de la requête concernant les allocations familiales de ressources et d'allocation de rentrée scolaire sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître et doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre du revenu de solidarité active :

3. Si l'intéressé demande le rétablissement du versement de son revenu de solidarité active, il n'est pas contesté que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, la caisse d'allocations familiales de l'Indre a régularisé le dossier du requérant. Aussi, le requérant ayant bénéficié d'un rappel de revenu de solidarité active pour la période d'avril 2021 à octobre 2022 à partir du 7 mars 2023, ses conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

5. M. B demande la condamnation de la caisse d'allocations familiales de l'Indre à lui verser une somme au demeurant non chiffrée au titre des dommages matériel et moral qu'il estime avoir subis à raison du non versement de ses allocations. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que de telles conclusions auraient été précédées d'une demande préalable adressée à la caisse, susceptible de faire naître, à la date du présent jugement, une décision préalable. Dans ces conditions les conclusions indemnitaires présentées par M. B sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Les conclusions de la requête concernant les allocations familiales de ressources et d'allocation de rentrée scolaire sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2:Le dossier de la requête de M. B, dans ses conclusions citées à l'article 1er, est transmis au pôle social du tribunal judiciaire de Châteauroux.

Article 3:Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B concernant le revenu de solidarité active.

Article 4:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département de l'Indre, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au président du tribunal judiciaire de Châteauroux. Une copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de l'Indre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le magistrat désigné,

A. C

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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