Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300097
jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300097 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE A SLIMANI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 et 31 janvier 2023 et le 18 mars 2024, M. F A forme opposition à la contrainte émise à son encontre, le 5 janvier 2023, par la caisse d'allocations familiales de la Corrèze au titre d'un trop-perçu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 305,70 euros pour la période de janvier à décembre 2018.
Il soutient que :
- le signataire de la contrainte attaquée n'a pas reçu de délégation pour signer un tel acte ;
- le montant qui lui est réclamé est prescrit à défaut de la preuve d'envoi et de réception de la mise en demeure de la caisse d'allocations familiales ;
- le logement qui a fait l'objet du versement du montant de la dette en cause n'appartient pas à ses parents.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. E a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. A forme opposition à la contrainte émise à son encontre, le 5 janvier 2023, par la caisse d'allocations familiales (Caf) de la Corrèze au titre d'un trop-perçu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 305,70 euros pour la période de janvier à décembre 2018.
2. En premier lieu, la Caf de la Corrèze justifie de la délégation donnée le 1er octobre 2022 à M. D, signataire de la contrainte litigieuse, à effet de signer les contraintes et les demandes d'injonction de payer. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte sera donc écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, applicable à l'aide personnalisée au logement en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur de l'organisme créancier peut décerner la contrainte mentionnée () à l'article L. 161-1-5 () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 822-3 du même code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ne sont pas dues aux personnes locataires d'un logement dont elles-mêmes, leurs conjoints ou l'un de leurs ascendants ou descendants, jouissent d'une part de la propriété ou de l'usufruit, personnellement ou par l'intermédiaire de parts sociales de sociétés, quels que soient leurs formes et leurs objets ".
5. En l'espèce, si M. A fait valoir que la Caf ne justifie pas que le logement pour lequel l'aide personnalisée au logement lui a été versée, situé au 3 rue Colonel B C à Brive La Gaillarde, appartenait à ses parents, il résulte des statuts de la société civile immobilière " du Colonel C " dont fait partie ledit logement, que cette habitation appartient aux parents de l'intéressé pour 99 % des parts sociales. Par ailleurs, M. A a commis, en tant que locataire, le 14 octobre 2016, une fausse déclaration caractérisée dans sa demande d'aide personnalisée au logement en cochant la case non à la question " avez-vous un lien de parenté avec le propriétaire, y compris par l'intermédiaire d'une société ". Dans ces conditions, en application des dispositions précitées, M. A ne pouvait bénéficier de l'aide en litige pour la période de janvier à décembre 2018.
6. Enfin, aux termes de l'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. / La prescription est interrompue par l'une des causes prévues par le code civil ". Aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans () ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Aux termes de l'article 2240 du même code : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription ". Enfin, aux termes de l'article 2244 de ce code : " Le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par une mesure conservatoire prise en application du code des procédures civiles d'exécution ou un acte d'exécution forcée ".
7. Si le requérant soutient que la contrainte attaquée est frappée de prescription biennale, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 6, M. A doit être regardé comme ayant commis une fausse déclaration sur sa situation. Le requérant ne peut donc pas se prévaloir de la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. Au surplus, il résulte de l'instruction que l'indu d'aide personnalisée au logement en cause a été notifié à M. A le 10 janvier 2020. Puis une mise en demeure pour ce trop-perçu a été notifié à l'intéressé le 10 septembre 2020. Aussi, la prescription quinquennale prévue par les dispositions de l'article 2224 du code civil n'était pas atteinte lorsque la caisse d'allocations familiales de la Corrèze a réclamé à l'intéressé, le 5 janvier 2023, par la contrainte contestée, le paiement de l'indu dont il a bénéficié.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la caisse d'allocations familiales de la Corrèze.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le magistrat désigné,
A. E
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
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