Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300293
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300293 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | JUGE UNIQUE H SIQUIER |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 février 2023, M. D A, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 335,29 euros, assortie des intérêts au taux légal, eux-mêmes capitalisés, en réparation du préjudice subi du fait de la perte de ses affaires personnelles lors de son transfert de la maison centrale de Saint Maur à la maison centrale d'Arles ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve l'Aarpi Thémis renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
- l'administration pénitentiaire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en perdant et détériorant ses affaires personnelles lors de son transfert ;
- il est fondé à solliciter une indemnisation à hauteur de 335,29 euros en raison du préjudice qu'il a subi du fait de la perte d'une plaque chauffante, d'une paire de gants de boxe, d'une paire de mitaines MMA, d'une cigarette électronique et des produits cantinés lui appartenant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'administration n'a commis aucune faute ;
- la réalité de la détérioration et des préjudices n'est pas établie.
Par une décision en date du 30 décembre 2022, M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, écroué depuis le 20 janvier 2012, a été incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur du 10 novembre 2021 au 13 janvier 2022. Il a ensuite été transféré à la maison centrale d'Arles. Lors de ce transfert, il déclare que ses affaires personnelles, à savoir, une plaque chauffante, une paire de gants de boxe, une paire de mitaines MMA, une cigarette électronique et des produits cantinés ont été perdus par l'administration pénitentiaire. Par un courrier du 22 septembre 2022, M. D A, par l'intermédiaire de son conseil, a adressé une demande préalable indemnitaire en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi pour un montant de 335.29 euros. Par une requête enregistrée le 28 février 2023, M. A demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 335,29 euros, assortie des intérêts aux taux légal, outre leur capitalisation, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi.
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article D. 215-18 du code pénitentiaire : " Le chef de l'établissement pénitentiaire remet au chef de l'escorte les extraits de jugement ou d'arrêt et les autres pièces figurant au dossier individuel des personnes intéressées, ainsi que les effets ou objets leur appartenant, à l'exclusion de l'argent qui est transmis par virement ". Aux termes de l''article R. 101 du code procédure pénale : " Les procédures et les pièces à conviction sont confiées aux membres de l'escorte. / Si, en ce cas, des frais exceptionnels ont dû être avancés par les membres de l'escorte, ceux-ci, pour en obtenir le remboursement, en portent le montant sur leur mémoire. / Si, à raison du poids ou du volume, les objets ne peuvent être transportés par membres de l'escorte, ils le sont, sur réquisition écrite du magistrat, soit par chemin de fer, soit par un entrepreneur soit par toutes autres voies plus économiques, sauf les précautions convenables pour la sûreté desdits objets. ". Aux termes de l'article 24 du règlement type des établissements pénitentiaires annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale : " () Lorsque la personne détenue est transférée, les objets lui appartenant sont déposés contre reçu entre les mains de l'agent de transfèrement s'ils ne sont pas trop lourds ou volumineux ; sinon, ils sont expédiés à la nouvelle destination de la personne détenue aux frais de cette dernière () ". Il découle de l'obligation de protéger les biens des détenus qu'en cas de transfert, le reçu prévu par ces dispositions, remis à l'agent de transfèrement ainsi que, le cas échéant, au responsable de l'expédition des objets, doit, sauf urgence, être accompagné de l'inventaire précis de l'ensemble des objets personnels du détenu, dressé contradictoirement avec ce dernier.
3. La responsabilité de l'Etat en cas de dommage aux biens des personnes détenues peut être engagée lorsque ce dommage est imputable, en tenant compte des contraintes pesant sur le service public pénitentiaire, à une carence de l'administration dans la mise en œuvre des moyens nécessaires à la protection de ces biens.
4. D'une part, il résulte de l'instruction, et en particulier des listes des biens personnels de M. A à son arrivée et à son départ de la maison centrale de Saint-Maur, que la plaque chauffante, la paire de gants de boxe et la cigarette électronique ne figuraient pas sur son inventaire de paquetage de départ de la maison de Saint-Maur et ne se trouvaient donc plus en sa possession lors de son transfert à la maison centrale d'Arles.
5. D'autre part, si M. A soutient que l'administration aurait égaré une paire de mitaine de MMA, il ressort de la liste de son paquetage que la paire de mitaine a été réceptionnée et placée à la fouille par la maison centrale d'Arles.
6. Enfin, si l'intéressé soutient que des produits cantinés auraient également été égarés, il n'apporte pas suffisamment de précision sur ces objets quant à leur nature et à l'état de ces produits pour permettre d'apprécier le bien-fondé de cette allégation.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'apporte aucun élément de nature à établir que l'administration aurait égaré ses biens et aurait ainsi commis une faute. Par suite, en l'absence de préjudice établi, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. D A demande le versement à son conseil sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'AARPI Themis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La magistrate désignée,
H. CLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
La greffière,
M. B 00bb
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