Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300325
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300325 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | JUGE UNIQUE H SIQUIER |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 6 mars 2023 et le 21 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Duchesne, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2023 par laquelle la commission du recours amiable de la caisse de mutualité sociale agricole de Berry-Touraine a décidé de maintenir la créance dont elle a fixé le solde à la somme de 10 163,85 euros ;
2°) prononcer la remise de l'indu de prime d'activité pour l'intégralité de son montant ;
3°) de mettre à la charge de la mutualité sociale agricole de Berry-Touraine la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a commis aucune erreur dans ses déclarations et a communiqué le montant exact de ses bénéfices qui figurent sur les avis d'impositions de 2019 et 2020 ;
- il n'a pas été tenu compte de ses bénéfices industriels et commerciaux, des revenus de sa conjointe ni de sa situation familiale ;
- l'article 842-4 du Code de la Sécurité Sociale prévoyant notamment la prise en compte des ressources ayant le caractère de revenus professionnels n'exclut pas la prise en compte de montants négatifs ;
- il a toujours déclaré les revenus de sa conjointe à l'organisme comme en témoigne les pièces versées au dossier.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 23 mai 2023, la caisse de mutualité sociale agricole de Berry-Touraine conclut au rejet de la requête et demande que soit mis à la charge de M. A à la somme de 2000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme D a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande d'annulation la décision du 5 janvier 2023 par laquelle la commission du recours amiable de la mutualité sociale agricole de Berry-Touraine a rejeté sa demande de remise de dette d'un montant initial de 10.163,85 euros au titre de la prime d'activité pour la période allant du 1er juillet 2020 au 30 juin 2022.
Sur le bien- fondé de l'indu :
2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. Aux termes de l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 845-1 du code de la sécurité sociale : " Les revenus professionnels soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles s'entendent des bénéfices de l'avant-dernière année précédant celle au cours de laquelle le droit à l'allocation est examiné ou révisé, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. / Les revenus professionnels pris en compte pour le calcul de la prime d'activité sont égaux au douzième des revenus annuels fixés en application de l'alinéa précédent. Lorsque les bénéfices n'ont pas été imposés, ou ne correspondent pas à une année complète d'activité, les revenus professionnels sont calculés par l'organisme chargé du service de la prime d'activité en appliquant au tiers du total des recettes du trimestre précédant l'examen ou la révision du droit, un abattement dont le taux correspond à celui qui est mentionné au deuxième alinéa de l'article 64 bis du code général des impôts. Le calcul prévu à l'alinéa précédent est également applicable aux travailleurs indépendants qui en font la demande, dès lors que le total des recettes des douze derniers mois n'excède pas le montant fixé au I de l'article 69 du code général des impôts. / Cette demande peut être faite à tout moment et est valable pour les trimestres de l'année civile en cours dont le total des recettes trimestrielles déclaré n'excède pas le quart du montant fixé au I de l'article 69 du même code. Elle est tacitement reconduite sauf demande contraire du bénéficiaire. () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 845-2 du même code : " Les revenus professionnels soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux et des bénéfices non commerciaux s'entendent des bénéfices de l'avant-dernière année précédant celle au cours de laquelle le droit à l'allocation est examiné ou révisé, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. / Les revenus professionnels pris en compte pour le calcul de la prime d'activité sont égaux au douzième des revenus annuels fixés en application de l'alinéa précédent. / Lorsque les bénéfices n'ont pas été imposés, ou ne correspondent pas à une année complète d'activité, et pour les travailleurs indépendants mentionnés aux articles L. 613-7 et L. 642-4-2, les personnes mentionnées à l'article L. 382-3 et les personnes mentionnées à l'article L. 382-15 dont le traitement n'est pas imposé à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires, les revenus professionnels sont calculés par l'organisme chargé du service de la prime d'activité en appliquant au tiers du montant du chiffre d'affaires ou du total des recettes du trimestre précédant l'examen ou la révision du droit, un abattement dont le taux correspond à celui qui est mentionné aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts pour chaque catégorie d'activité mentionnée auxdits articles. / Le calcul prévu à l'alinéa précédent est également applicable aux travailleurs indépendants qui en font la demande, dès lors que le chiffre d'affaires des douze derniers mois n'excède pas, selon la nature de l'activité exercée, les montants fixés aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. / Cette demande peut être faite à tout moment et est valable pour les trimestres de l'année civile en cours dont le chiffre d'affaires trimestriel déclaré n'excède pas, selon la nature de l'activité exercée, le quart des montants fixés aux mêmes articles. Elle est tacitement reconduite sauf demande contraire du bénéficiaire. () ".
5. Il résulte des dispositions que, pour arrêter les revenus professionnels non-salariés nécessaires au calcul de la prime d'activité, lorsqu'il s'agit de bénéfices industriels et commerciaux ou de bénéfices non commerciaux, la Caisse d'allocations familiales ou la Mutualité sociale agricole doit, en cas de déclaration ou d'imposition, se référer aux bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, auxquels s'ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels, et sans tenir compte des déficits catégoriels et des moins-values subis au cours de l'année de référence ainsi que des déficits constatés au cours des années antérieures. Il peut également tenir compte de tout autre élément relatif aux revenus professionnels de l'intéressé, dans le but notamment de mieux appréhender la grande variété des situations des travailleurs indépendants et de procéder à une meilleure approximation des revenus perçus par ceux-ci à la date à laquelle ils bénéficient de la prime d'activité.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a déclaré auprès de la Mutualité sociale agricole percevoir mensuellement 500 euros, pour la période allant de juillet 2020 à décembre 2020, puis 100 euros mensuels pour la période allant de janvier 2021 à décembre 2021, et, enfin 170 euros mensuels pour la période de janvier à juin 2022, au titre de ses seuls bénéfices agricoles. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que M. A a perçu au titre de ses bénéfices agricoles un montant total de 33 829 euros pour l'année 2019, 23 067 euros pour l'année 2020, de 54 579 euros pour l'année 2021 et de 106 840 euros pour l'année 2022, sans déclarer aucun bénéfice industriel et commercial. D'autre part, si les déficits constatés au titre des bénéfices industriels et commerciaux sont pris en compte pour le calcul de l'impôt sur le revenu, le requérant ne peut pour autant s'en prévaloir lors du calcul de son droit à la prime d'activité dès lors qu'ils ne constituent pas un revenu au sens des dispositions de l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale rappelées au point 4 du présent jugement. Par suite, c'est à bon droit que la Mutualité sociale agricole, se fondant sur les dispositions des articles L. 482-4 et R. 845-2 du code de la sécurité sociale, a estimé que M. A n'ouvrait pas droit au bénéfice de la prime d'activité au regard du montant des bénéfices agricoles perçus par le requérant.
Sur la remise des dettes :
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prestations sociales, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
8. En l'espèce, M. A ne fait état d'aucune situation de précarité qui ferait obstacle à ce qu'il puisse procéder au remboursement des sommes réclamées. Au surplus, il est loisible au requérant, s'il s'y croit fondé, de solliciter auprès de la caisse un échelonnement de son remboursement adapté à sa situation financière.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 5 janvier 2023 par laquelle la commission du recours amiable de la caisse de mutualité sociale agricole de Berry-Touraine a décidé de maintenir la créance dont elle a fixé le solde à la somme de 10.163,85 euros, ainsi que celles tendant à la remise de cet indu en sa totalité doivent être rejetées.
Sur les faits liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la Mutualité sociale agricole qui n'est pas la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de M. A.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la Mutualité sociale agricole de Berry-Touraine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la caisse de mutualité sociale agricole de Berry - Touraine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La magistrate désignée,
H. DLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au Ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
La greffière,
M. C
bb
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