Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300417
jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300417 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE A SLIMANI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Douniès, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le centre d'expertise ressources titres échanges de permis de conduire étrangers (CERT-EPCE) a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire délivré par la Guinée-Bissau contre un permis de conduire français ;
3°) d'enjoindre au CERT-EPCE de procéder à l'échange de son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée par un défaut de motivation ;
- cette décision nuit à sa liberté constitutionnelle d'aller et de venir ;
- elle est titulaire d'une carte de résident valable dix ans ;
- l'administration n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;
- la décision attaquée est entachée par une erreur de fait et une erreur de droit ;
- elle n'a pas le statut d'étudiant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le préfet de Loire-Atlantique conclut à l'irrecevabilité de la requête et à ce que l'aide juridictionnelle soit retirée à l'intéressée.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 mars 2023. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Loire-Atlantique :
2. Mme B, ressortissante guinéenne (Guinée-Conakry), a sollicité une première fois, le 17 juin 2020, auprès des services de la préfecture de la Haute-Vienne l'échange de son permis de conduire bissau-guinéen, délivré le 16 septembre 2015 contre un permis français. Sa demande a été rejetée par une décision du 10 novembre 2020. L'intéressée a sollicité une seconde fois l'échange de son permis de conduire, le 18 novembre 2020, qui a été rejeté par une décision du 16 août 2021. Par une décision du 16 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a abrogé la décision du 16 août 2021 et de nouveau rejeté la demande d'échange de permis de conduire présentée par Mme B. La décision du 16 février 2022, laquelle a été attaquée, a été confirmée par le tribunal dans son jugement du 14 décembre 2022, devenu définitif, dès lors que c'est à bon droit que le préfet de la Loire-Atlantique avait considéré que les documents fournis par l'intéressée ne permettaient pas d'attester d'une résidence normale en Guinée-Bissau au moment de l'obtention de son permis de conduire. Mme B a déposé une nouvelle demande, le 18 janvier 2023, en indiquant à tort, comme elle le confirme en l'espèce, bénéficier du statut d'étudiant. Cette demande a été rejetée par la décision du 18 janvier 2023 attaquée. Aussi, dans la mesure où la nouvelle demande de Mme B a un objet et une cause juridique identiques aux prétentions de cette dernière que le jugement du 14 décembre 2022 du tribunal a définitivement rejetées, l'autorité de la chose jugée qui s'attache au dispositif de ce jugement et aux motifs qui en sont le soutien nécessaire fait obstacle, en l'absence de circonstances de droit et de fait nouvelles, à la demande de Mme B. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Loire-Atlantique tirée de l'irrecevabilité de la requête doit être accueillie.
Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 : " Sans préjudice des sanctions pénales éventuellement encourues, le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, si ce bénéfice a été obtenu à la suite de déclarations ou au vu de pièces inexactes. / Il est retiré, en tout ou partie, dans les cas suivants : () 3° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire ou abusive " ; qu'aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Dans les cas mentionnés aux 1° et 2° de l'article 50, le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle. / Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire ou abusive, la juridiction saisie prononce le retrait total de l'aide juridictionnelle ".
4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées du 3° de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions du préfet de Loire-Atlantique tendant au retrait de l'aide juridictionnelle accordée à Mme B.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3:Les conclusions du préfet de Loire-Atlantique tendant au retrait de l'aide juridictionnelle accordée à Mme B sont rejetées.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le magistrat désigné,
A. C
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
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