mardi 18 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300529 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CAYLA DESTREM |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de la Corrèze demande au tribunal d'annuler la délibération du 23 mars 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Beyssenac a institué un droit de préemption urbain sur les zones U et 1AU du plan local d'urbanisme de la commune situées au lieu-dit " Les Garennes ".
Il soutient que la délibération litigieuse est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle n'a que pour seul objet de faire obstacle à la création d'un centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) et que son véritable objectif repose sur des considérations étrangères à un but d'intérêt général.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, la commune de Beyssenac, représentée par Me Cayla-Destrem, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération du 23 mars 2023 instituant un droit de préemption urbain sur les zones U et 1AU de son plan local d'urbanisme repose sur des considérations urbanistiques générales et de politique foncière sans rapport avec l'installation du CADA ;
- le préfet opère à dessein la confusion entre, d'une part, la délibération qui institue le droit de préemption urbain sur le territoire de la commune, objet du présent litige, et, d'autre part, l'arrêté en date du 23 mars 2023 aux termes duquel le maire a entendu faire usage de ce droit dans le cadre de la procédure d'aliénation des biens immobiliers situés sur les parcelles cadastrées section ZH n° 44 et section ZK n° 62 et au sein desquels l'Etat a autorisé l'ouverture d'un CADA ;
- la délibération litigieuse ne peut pas avoir pour objectif de faire échec au projet d'extension du CADA puisqu'il a été pris antérieurement à l'arrêté préfectoral concernant cette extension.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 1er juin 2023, la société civile immobilière Amétis, représentée par Me Eyraud, demande au tribunal :
- de déclarer son intervention recevable ;
- qu'il soit pris acte qu'elle fait sienne la position et l'argumentation du préfet de la Corrèze ;
- d'annuler la délibération du conseil municipal de la commune de Beyssenac du 23 mars 2023 instaurant un droit de préemption urbain en tant qu'il porte sur le lieu-dit les Garennes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de M. A, maire de la commune de Beyssenac.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'un appel à projet pour l'ouverture de 40 places d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département de la Corrèze, la proposition présentée par l'association Viltaïs a été retenue par le préfet de la Corrèze. Par l'intermédiaire de la SCI Ametis, l'association a fait l'acquisition d'un ensemble immobilier situé sur deux parcelles cadastrées ZK n° 62 et ZH n° 44 au lieu-dit " Les Garennes " sur la commune de Beyssenac. Par une délibération du 23 février 2023, le conseil municipal de la commune a instauré un droit de préemption urbain sur les zones U et 1 AU situées au Bourg et au lieudit " Les Garennes ". Par une ordonnance du 24 avril 2023 n° 2300528, le juge des référés du tribunal administratif de Limoges a suspendu son exécution.
Sur l'intervention de la SCI Ametis :
2. La SCI Ametis, acquéreuse des deux parcelles comprises dans les zones sur lesquelles la commune de Beyssenac a instauré un droit de préemption urbain, justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la délibération attaquée. Ainsi son intervention à l'appui de la requête formée par le préfet de la Corrèze est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. ()".
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan, dans les périmètres de protection rapprochée de prélèvement d'eau destinée à l'alimentation des collectivités humaines définis en application de l'article L. 1321-2 du code de la santé publique, dans les périmètres définis par un plan de prévention des risques technologiques en application du I de l'article L. 515-16 du code de l'environnement, dans les zones soumises aux servitudes prévues au II de l'article L. 211-12 du même code, ainsi que sur tout ou partie de leur territoire couvert par un plan de sauvegarde et de mise en valeur rendu public ou approuvé en application de l'article L. 313-1 lorsqu'il n'a pas été créé de zone d'aménagement différé ou de périmètre provisoire de zone d'aménagement différé sur ces territoires. ".
5. Si, en principe, une commune n'a pas, au stade de la procédure d'institution de son droit de préemption, à justifier d'un projet d'aménagement, il ne doit toutefois pas ressortir des pièces du dossier qu'elle aurait poursuivi un but étranger à celui en vue duquel le droit de préemption urbain doit être institué, en faisant usage de la possibilité qui lui était ouverte par la loi d'instituer ce droit.
6. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Beyssenac, dotée d'un plan local d'urbanisme (PLU) adopté le 21 décembre 2021, a instauré par une délibération du 23 mars 2023, un droit de préemption urbain sur les zones U et 1AU situées au Bourg et au lieu-dit " Les Garennes ". L'instauration de ce droit de préemption par le conseil municipal de Beyssenac qui concerne une partie des zones urbaines et d'urbanisation future du PLU est ainsi conforme aux dispositions de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme précité.
7. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que, par une motion adoptée un mois auparavant par ce même conseil municipal le 23 février 2023, la commune avait fait part des inquiétudes des habitants et des élus locaux quant à l'installation d'un centre d'accueil de demandeurs d'asile au lieu-dit " Les Garennes " en soulevant de nombreuses questions, notamment sur le profil des personnes accueillies, les conditions de sécurité et les financements induits, en précisant que l'association Viltaïs n'était pas favorablement connue et de conclure que " les conditions sont défavorables " et que la commune " s'oppose à la mise en place de ce CADA ". De même, par un arrêté pris le même jour que la délibération attaquée et depuis retiré, le maire de la commune de Beyssenac, après avoir rappelé la vive tension sociale contestant le projet de CADA, a exercé le droit de préemption urbain accordé par son conseil municipal afin d'acquérir les seules parcelles cadastrées section ZK n° 62 et ZH n° 44 au lieu-dit " Les Garennes " sur l'assiette desquelles se situe l'ensemble immobilier destiné à accueillir les demandeurs d'asile. Si la commune souligne en défense que cette décision est distincte de la délibération instaurant le droit de préemption urbain, elle n'en constitue pas moins par sa simultanéité avec la délibération attaquée son prolongement pratique, alors que l'ensemble immobilier concerné n'a fait l'objet depuis sa fermeture, quatre ans plus tôt, d'aucun projet public de reprise par la commune ou la communauté de communes du Pays de Lubersac-Pompadour. Enfin, si la commune soutient en défense que la délibération contestée est sans lien avec le projet d'installation du CADA dès lors, d'une part, qu'elle a été prise postérieurement à l'arrêté du préfet de la Corrèze du 24 mars 2023 portant extension de quarante places de CADA dans le département et, d'autre part, qu'elle ignorait l'existence du compromis de vente du 6 mars 2023 passé entre la SCI Amétis et le propriétaire du bien où est situé le CADA, il n'est pas contesté qu'elle était informée en amont de ce projet par le préfet qui dans ses écritures indique avoir contacté le maire dès les mois de septembre et d'octobre 2022 afin de l'informer du choix de Viltaïs pour la gestion du future CADA. Dans ces circonstances, en instaurant un droit de préemption urbain sur les partie U et 1AU du Bourg et du lieu-dit " Les Garennes " comprenant de fait les deux parcelles litigieuses, la commune poursuivait un autre but que celui en vue duquel le droit de préemption urbain a été institué et a ainsi entaché la délibération attaquée d'un détournement de pouvoir.
8. Il résulte de ce qui précède que la délibération du 23 mars 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Beyssenac a institué un droit de préemption urbain sur les zones U et 1AU définies au plan local d'urbanisme de la commune situées au lieu-dit " Les Garennes " composées de huit parcelles et comprenant notamment celles cadastrées ZH n°44 et ZK n° 62 doit être annulée.
Sur les frais du litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Beyssenac la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: L'intervention de la SCI Amétis est admise.
Article 2:La délibération du 23 mars 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Beyssenac a institué un droit de préemption urbain sur les zones U et 1AU du plan local d'urbanisme de cette commune est annulée en tant qu'elle concerne le lieu-dit " Les Garennes ".
Article 3:Les conclusions de la commune de Beyssenac tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4:Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corrèze, à la commune de Beyssenac et à la SCI Amétis.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Boschet, premier conseiller,
- M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique e de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026