Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300620
mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2300620 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 14 et 25 avril 2023, M. C A, représenté par Me Roux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation, dans un délai de vingt jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 794 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la préfète de la Haute-Vienne n'a pas examiné sa demande, présentée par un courrier du 2 février 2023, tendant à se voir délivrer, dans le cadre d'un changement de statut, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ;
- en lui opposant l'absence de caractère réel et sérieux de ses études en France, la préfète de la Haute-Vienne a fait une inexacte application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît le préambule de la Constitution de 1946, l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :
- ces décisions sont nulles en conséquence des illégalités affectant le refus de séjour sur lequel elles se fondent nécessairement ;
- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant congolais né le 27 mars 2000, M. A est entré régulièrement sur le territoire français le 29 septembre 2018 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour a été renouvelé à plusieurs reprises jusqu'en novembre 2021. Le 27 novembre 2021, il en a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 23 février 2023, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 2 février 2023, nécessairement reçu par la préfète de la Haute-Vienne avant l'édiction de son arrêté dès lors que ce dernier en fait mention, M. A a expressément demandé, sans la moindre ambiguïté, un changement de statut en vue de se voir délivrer non plus un titre de séjour portant la mention " étudiant " mais un titre de séjour portant la mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Or, il est constant que, dans son arrêté du 23 février 2023, qui ne vise d'ailleurs pas l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Haute-Vienne s'est bornée à se prononcer sur un refus de renouvellement d'un titre de séjour " étudiant " et n'a pas examiné, comme il lui était pourtant demandé, l'opportunité de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que la décision du 23 février 2023 lui refusant la délivrance d'une carte de séjour est entachée d'une erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 février 2023 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi contenues dans l'arrêté du même jour.
5. En deuxième lieu, compte tenu du motif sur lequel elle repose, l'annulation de l'arrêté du 23 février 2023 implique uniquement qu'il soit enjoint à la préfète de la Haute-Vienne de réexaminer la situation de M. A. La préfète devra procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. En dernier lieu, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocate peut donc se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur ce fondement, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à Me Roux, qui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du 23 février 2023 de la préfète de la Haute-Vienne est annulé.
Article 2:Il est enjoint à la préfète de la Haute-Vienne de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.
Article 3 :L'Etat versera à Me Roux, qui renonce à percevoir la part contributive payée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement de l'article des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
M. B
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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