Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300706

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire éthiopien contre un permis de conduire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens lesquels seront recouvrés conformément à la loi sur l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- ce n'est que le 2 juillet 2022 qu'elle a reçu un récépissé de demande de carte de séjour pour être reconnue réfugiée politique ;

- aussi, sa demande d'échange de permis de conduire déposée le 31 janvier 2023 était recevable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Par une décision du 23 mai 2024, le président du tribunal a désigné Mme Noémi Gaullier-Chatagner en qualité de rapporteure publique sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. C a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante éthiopienne, a sollicité le 1er juin 2021 l'asile. Par une décision du 30 novembre 2021 de la Cour nationale du droit d'asile, notifiée le 21 décembre suivant, elle a obtenu le statut de réfugiée politique. Le 31 janvier 2023, elle a sollicité auprès des services du préfet de la Loire-Atlantique l'échange de son permis de conduire éthiopien contre un permis de conduire français. L'autorité préfectorale a opposé un refus à cette demande le 11 avril 2023 sur le motif tiré du caractère tardif de sa demande.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 juin 2023. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 visé ci-dessus : " I. - Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour un réfugié mis en possession d'un titre de séjour provisoire établi à la suite de la reconnaissance de sa qualité de réfugié, le point de départ du délai d'un an imparti pour demander l'échange d'un permis délivré par un État n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen court à compter de la date de délivrance de ce titre. Par ailleurs, le délai d'un an prévu par ces mêmes dispositions n'est pas un délai franc.

5. En l'espèce, contrairement à ce que soutient l'intéressée, le premier récépissé, dans l'attente de son titre de séjour, constatant la reconnaissance de son statut de réfugiée politique, lui été remis le 3 janvier 2022 et non le 2 juillet 2022. Mme B ne conteste pas que la demande d'échange de son permis de conduire éthiopien a été enregistrée le 31 janvier 2023, à la préfecture de la Loire-Atlantique. Aussi, à cette date, le délai d'un an à compter de la date de début de validité de son premier récépissé, prévu par les dispositions précitées de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012, était expiré. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé, le 11 avril 2023, l'échange de permis sollicité.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire éthiopien contre un permis de conduire français. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Gomot-Pinard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le magistrat désigné,

A. C

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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