Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301005
lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301005 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juin 2023, M. A B et Mme C B demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel la préfète de la Creuse a autorisé la captation, l'enregistrement et la transmission d'images par le groupement de gendarmerie départementale de la Creuse au titre de la sécurité du rassemblement de personnes, de la manifestation sur la voie publique notamment dans le cadre de l'occupation illégale de terrains et l'appui des personnels au sol, en vue de leur permettre de maintenir ou de rétablir l'ordre public ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la suspension de l'arrêté litigieux est urgente dès lors qu'il a déjà pris effet pour les trois prochains mois ;
- l'arrêté porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée ;
- il est illégal à plusieurs titres :
o il est entaché d'un défaut de motivation ;
o l'autorisation ne pouvait pas être délivrée pour une durée de trois mois ;
o sa seule publication au recueil des actes administratifs en ne fournissant ni les dates ni le périmètre précis d'intervention n'est pas de nature à assurer une information claire et suffisante des citoyens ;
o il méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code de la sécurité intérieure puisqu'il a pour objet d'accorder une autorisation qui serait valable en permanence sur une durée de trois mois ;
o il méconnaît les dispositions de l'article L. 242-5 du code de la sécurité intérieure en ce que la durée qu'il prévoit, qui est de trois mois et un jour, est supérieure à la durée maximale de trois mois ;
o il n'est aucunement délimité dans l'espace.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ". Enfin, selon les termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparait manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Dans tous les cas, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 précité est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. Compte tenu du cadre temporel dans lequel se prononce le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.
3. Pour justifier d'une situation d'urgence, M. et Mme B se prévalent de ce que l'arrêté litigieux a déjà pris effet pour une période de trois mois. Toutefois, cette seule allégation, alors d'ailleurs que les requérants ne sont même pas domiciliés dans la Creuse, n'est pas de nature à établir la réalité et la portée d'une atteinte à une liberté fondamentale, caractérisant une situation d'urgence qui impliquerait qu'une mesure soit prise à très bref délai. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est ainsi pas remplie en l'espèce.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par les requérants sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ainsi que par voie de conséquence celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Mme C B.
Fait à Limoges, le 12 juin 2023
Le juge des référés,
D. ARTUS
La République mande et ordonne
au préfet de la Creuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef,
S. CHATANDEAU
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