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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301227

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301227

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCITEAU BENOÎT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et des mémoires, enregistrés les 13 juillet 2023, 19 septembre 2023 et le 9 avril 2024, le préfet de la Corrèze, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures d'annuler l'arrêté du 8 février 2023 par lequel le maire d'Ayen ne s'est pas opposé à la déclaration préalable n° DP 19015 23 A0001 déposée par la commune d'Ayen portant division en vue de convertir le village de vacances " Les Chaumonts " en parc résidentiel de loisirs à cession d'emplacements.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est dépourvu de base légale, les dispositions du code de l'urbanisme ayant été mal interprétées en ce que le projet devait faire l'objet d'un permis d'aménager et non d'une déclaration préalable.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 juillet 2023, le 6 mars 2024 et le 7 juin 2024, la commune de Ayen, représentée par Me Citeau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- dans l'hypothèse où l'incompétence de l'auteur de l'acte serait retenue, il conviendra de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

- la création de parcs résidentiels de loisirs à cession d'emplacements est soumise au régime du lotissement et à déclaration préalable de travaux dès lors qu'elle entre dans la catégorie d'installations et d'aménagements autres que ceux mentionnés à l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme ; le préfet de la Corrèze méconnaît le principe d'indépendance des législations ;

- le projet consiste en une conversion d'un village de vacances et non en un agrandissement d'un parc résidentiel de loisirs existant ;

- le raisonnement du préfet ignore le principe de coexistence des autorisations d'urbanisme de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme issu de la loi Elan ;

- le préfet dénature les faits et commet une erreur de droit en déduisant d'un article de presse que le projet de conversion implique nécessairement des travaux de démolition soumis à un permis d'aménager

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public,

- et les observations de Me Citeau, représentant la commune d'Ayen.

Une note en délibéré présentée par la commune d'Ayen a été enregistrée le 12 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Ayen par une délibération du 15 septembre 2022 a décidé de vendre à la société Soleiluna le village de vacances " Les Chaumonts " composé des parcelles cadastrées section C nos 175, 211, 212, 213, 214, 224 et 392 d'une superficie totale de 83 627 m2, en vue de le convertir en parc résidentiel de loisirs à cession d'emplacements. Un arrêté de non opposition à déclaration préalable en vue de cette conversion, sans augmentation de la capacité d'accueil de 72 emplacements et sans réalisation de travaux a été signé le 29 novembre 2022. Par la suite, la commune a pris le 8 février 2023 un second arrêté de non opposition à déclaration préalable toujours sans travaux mais avec cette fois-ci une augmentation de la capacité d'accueil de 72 à 101 emplacements. Le sous-préfet de Brive a formé le 29 mars 2023 un recours gracieux par lequel il a sollicité auprès de la maire le retrait de ce dernier arrêté. Par le présent recours, le préfet de la Corrèze demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. / La délivrance antérieure d'une autorisation d'urbanisme sur un terrain donné ne fait pas obstacle au dépôt par le même bénéficiaire de ladite autorisation d'une nouvelle demande d'autorisation visant le même terrain. Le dépôt de cette nouvelle demande d'autorisation ne nécessite pas d'obtenir le retrait de l'autorisation précédemment délivrée et n'emporte pas retrait implicite de cette dernière. ". Compte tenu de l'objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur lorsqu'il a adopté les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, l'autorité compétente ne peut rapporter une décision de non-opposition à déclaration préalable, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire de la décision de non-opposition avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle cette décision a été acquise.

3. Il ressort des pièces du dossier que par un nouvel arrêté pris le 23 septembre 2023, la commune d'Ayen ne s'est pas opposée à la nouvelle demande de déclaration préalable déposée par cette même commune et relative au même projet que celui objet de la décision contestée mais avec une augmentation de la capacité d'accueil passant de 72 à 79 emplacements. L'arrêté de non opposition contesté du 8 février 2023 n'ayant pas fait l'objet d'un retrait dans les trois mois prévus à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, l'objet du litige demeure.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Ayen :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. ". D'autre part, conformément à la règle générale du contentieux administratif, pour interrompre le délai de recours contentieux, un recours gracieux contre une décision administrative doit être exercé dans les mêmes conditions que ce recours contentieux. Par suite, le recours gracieux doit parvenir à l'administration destinataire dans un délai franc de deux mois qui, s'il expire un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été reçu par le service du contrôle de légalité de la sous-préfecture de Brive le 13 février 2023. Par un courrier du 24 mars 2023, notifié le 29 mars suivant, le sous-préfet de Brive a formé un recours gracieux auprès de la maire d'Ayen et a sollicité le retrait de cet arrêté. Ce recours gracieux formé dans le délai du recours contentieux a nécessairement interrompu ce dernier. La maire d'Ayen soutient qu'elle a fait part de son refus de procéder à ce retrait à trois reprises et à trois dates différentes, lesquelles, même en retenant la plus tardive, permettraient de regarder le déféré préfectoral comme tardif. Toutefois, la première de ces dates, le 30 mars 2023, jour de son passage à la sous-préfecture de Brive afin d'y solliciter des précisions sur le recours gracieux ne révèle pas l'existence d'un refus explicite de retrait. La lettre du sous-préfet en date du 4 avril 2023 de confirmation de son recours gracieux qui acte ce passage s'inscrit ainsi dans une poursuite des échanges avec l'élue sur le retrait sollicité. De même, le courriel du 5 avril 2023 qui, selon la requérante, réitère son refus ne saurait s'analyser comme tel en ce qu'il se limite à l'envoi d'une réponse ministérielle sur les parcs résidentiels de loisirs et précise rester à l'écoute et dans l'attente d'une décision, traduisant ainsi une poursuite de la discussion avec les services de l'Etat. Enfin, la réunion tenue le 21 avril 2023 à la sous-préfecture de Brive annoncée dans un courriel du 14 avril par le bureau des relations avec les collectivités locales de cette même sous-préfecture ne saurait là encore et en l'absence de tout compte rendu être regardé comme un refus explicite de procéder au retrait de l'arrêté litigieux. Dès lors, le délai pour déférer l'acte au tribunal, interrompu par le recours gracieux notifié le 29 mars 2023, a commencé à courir à compter du 29 mai 2023, date à laquelle une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la maire de la commune sur ce recours. Dans ces conditions, le préfet de la Corrèze avait jusqu'au lundi 29 juillet 2023 pour introduire un déféré. Ainsi, son déféré enregistré au greffe du tribunal le 13 juillet 2023 n'est pas tardif. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de la tardiveté du déféré doit être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté du 8 février 2023 :

En ce qui concerne la légalité externe

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () "

7. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'arrêté attaqué a été signé pour la maire d'Ayen par Monsieur C A, deuxième adjoint, et d'autre part que l'arrêté portant délégation de signature aux adjoints n° 02-20 pris par la maire d'Ayen et reçu le 15 juillet 2020 à la préfecture de la Corrèze prévoit en son article 1 que " A compter du 6 juillet 2020, M. C A reçoit délégation de fonction du maire pour exercer la responsabilité dans les domaines finances (budget, contrats) ". Dès lors, le signataire de la déclaration préalable de non opposition ne disposant pas de délégation de signature en matière d'urbanisme, le préfet de la Corrèze est fondé à soutenir que M. A, signataire de la décision attaquée, ne bénéficiait d'aucune délégation de compétence et le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit ainsi être retenu.

En ce qui concerne la légalité interne :

8. D'une part aux termes de l'article R. 111-37 du code de l'urbanisme : " Sont regardées comme des habitations légères de loisirs les constructions démontables ou transportables, destinées à une occupation temporaire ou saisonnière à usage de loisirs. ". Aux termes de l'article R. 111-38 du même code : " Les habitations légères de loisirs peuvent être implantées : / 1° Dans les parcs résidentiels de loisirs spécialement aménagés à cet effet ; / 2° Dans les villages de vacances classés en hébergement léger en application du code du tourisme ".

9. D'autre part, selon les dispositions de l'article R. 421-19 du même code : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : () d) La création ou l'agrandissement d'un parc résidentiel de loisirs prévu à l'article R. 111-42 ou d'un village de vacances classé en hébergement léger prévu par l'article L. 325-1 du code du tourisme ; e) Le réaménagement d'un terrain de camping ou d'un parc résidentiel de loisirs existant, lorsque ce réaménagement a pour objet ou pour effet d'augmenter de plus de 10 % le nombre des emplacements () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la nature juridique du village de vacances des Chaumonts dont il n'est pas contesté qu'il n'a pas fait l'objet d'autorisation administrative est de par la qualité des logements déjà présents et de ceux à venir, celle d'un parc résidentiel de loisirs destiné à l'implantation d'unités d'habitations légères de loisirs. La présentation du projet et les images aériennes de l'actuel village de vacances visibles sur le site " mon petit coin merveilleux " partenaire de la société " les résidences de vacances Soleiluna ", accessibles tant au juge qu'aux parties et la lettre d'intention du 5 septembre 2022 de cette même société sont sans ambiguïté quant à la nature des habitations déjà présentes sur le site et celles proposées qui sont des habitations légères de loisirs. Le projet sur la commune d'Ayen est ainsi présenté " Devenir propriétaire à la fois de sa parcelle de terrain viabilisée et de son Habitation Légère de Loisirs (HLL) dans un Parc Résidentiel de Loisirs (PRL). ", " Le PRL de Soleiluna vous propose à la vente des terrains de loisirs viabilisés avec ou sans habitations. ", " Les PRL à cession d'emplacements (ou de parcelles) sont des parcs exclusivement réservés à l'implantation d'habitations légères de loisirs (HLL) comme les chalets, bungalows, mobil homes dont les moyens de mobilités ont été supprimés ".

11. Il ressort également des pièces du dossier notamment de la note descriptive du projet accompagnant le dossier de demande de déclaration préalable que la décision attaquée a pour effet d'autoriser sur les parcelles cadastrées C175, C211, C212, C213, C214, C224 et C392 de la commune d'Ayen la conversion d'un village de vacances dont il n'est pas établi qu'il ait fait l'objet d'un permis d'aménager en parc résidentiel de loisir à cession d'emplacements en portant la capacité d'accueil de 72 à 101 emplacements sur ces parcelles et ainsi à une augmentation de plus de 10 % du nombre des emplacements au sens des dispositions précitées de l'article

R. 421-19 du code de l'urbanisme. Il ressort également du site internet précédemment cité que l'ensemble du projet est vendu à la découpe en plusieurs lots correspondant à différents prix pour un total de 99 lots. Par suite, le préfet de la Corrèze est fondé à soutenir que la création de ces nouveaux emplacements ne pouvait être autorisée par une déclaration de travaux mais devait donner lieu à la délivrance d'un permis d'aménager.

En ce qui concerne la mise en œuvre de l'article L. 600-1-5 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes de l'article L. 600-1-5 du code de l'urbanisme : " sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

13. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté est illégal en raison non seulement de l'incompétence de son auteur mais également en méconnaissance du champ d'application de la loi en ce que la demande relevait du permis d'aménager et non d'une déclaration préalable. Dès lors, il n'y a pas lieu, compte tenu du deuxième motif d'annulation retenu, de surseoir à statuer afin de permettre sa régularisation.

14. Il résulte de ce qui précède que la déclaration préalable du 8 février 2023 doit être annulée.

Sur les frais d'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la commune d'Ayen demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La déclaration préalable du 8 février 2023 n° DP 19015 23 A0001 déposée par la commune d'Ayen portant division en vue de convertir le village de vacances " Les Chaumonts " en parc résidentiel de loisirs à cession d'emplacements est annulée.

Article 2:Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corrèze et à la commune d'Ayen.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. B

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