Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301377
jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301377 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2023, la société Scalis, représentée par Me Valière-Vialeix, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 953,32 euros en réparation du préjudice subi du fait du refus de concours de la force publique ;
2°) de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 3 000 euros.
Elle soutient que :
- le préfet de l'Indre a gardé le silence à la suite de la demande présentée le 9 octobre 2020 par l'huissier de justice mandaté afin de requérir le concours de la force publique en exécution d'un jugement prononçant la résiliation du bail et ordonnant la libération des lieux ; à l'issue d'un délai de deux mois, cette demande n'ayant pas été satisfaite, la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution ;
- le 13 février 2023, une demande indemnitaire a été adressée au préfet de l'Indre, portant sur la somme de 3 953,32 euros en raison du préjudice subi en lien avec le refus opposé de lui accorder le concours de la force publique afin de procéder à l'expulsion des occupants d'un logement situé allée des tilleuls sur le territoire de la commune de Pouligny-Notre-Dame.
La requête a été transmise au préfet de l'Indre qui n'a pas produit d'observation malgré une mise en demeure de produire qui lui a été adressée le 26 octobre 2023 au titre de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 décembre 2023 à 17h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- l'ordonnance n° 2021-141 du 10 février 2021 relative au prolongement de la trêve hivernale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Scalis a conclu avec un particulier un bail d'habitation portant sur un logement situé allée des tilleuls sur le territoire de la commune de Pouligny-Notre-Dame. Par un jugement du 3 juillet 2020, le tribunal judiciaire de Châteauroux a constaté la résiliation du bail et a ordonné à son occupant de libérer les lieux. Cette décision a été signifiée à l'occupant des lieux le 29 juillet 2020 par voie d'huissier de justice et le commandement de quitter les lieux a été enregistré le 30 juillet 2020 par la préfecture de l'Indre. Le 9 octobre 2020, à la demande de la société Scalis, un huissier de justice a requis le concours de la force publique afin de procéder à l'expulsion de l'occupant de ce logement. Le concours de la force publique a été accordé à la société à compter du 15 avril 2022, par une décision du préfet de l'Indre du 16 mars 2022. Par un courrier du 13 février 2023 reçu le 14 février suivant, la société a saisi le préfet de l'Indre d'une demande indemnitaire. Devant le silence de l'administration, elle sollicite la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 3 953,32 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 de ce code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7. ( ) ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article R. 412-2 du même code : " () l'huissier de justice envoie au préfet () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, copie du commandement d'avoir à libérer les locaux () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 412-6 de ce même code : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. () ". Cette période a été prolongée jusqu'au 31 mai 2021 par l'article 1er de l'ordonnance n° 2021-141 du 10 février 2021 relative au prolongement de la trêve hivernale. Aux termes de l'article 2 de cette ordonnance : " Nonobstant les dispositions de l'article 1er, lorsque la responsabilité de l'Etat est engagée à la suite du refus du préfet d'accorder le concours de la force publique pour assurer l'exécution d'une décision de justice ordonnant l'expulsion des occupants d'un logement dans les conditions prévues par la loi, la période de responsabilité de l'Etat retenue pour le calcul de la réparation du préjudice résultant de ce refus débute à compter du 1er avril 2021 dans le cas d'une décision de refus née entre le 1er novembre 2020 et le 31 mars 2021 ".
5. Il résulte de l'instruction que le concours de la force publique a été demandé le 9 octobre 2020 par l'huissier de justice chargé de l'exécution du jugement du tribunal judiciaire de Châteauroux du 3 juillet 2020. En gardant le silence pendant plus de deux mois sur cette demande, le préfet de l'Indre a opposé un refus implicite à la société. Par suite, la responsabilité de l'Etat se trouve engagée à compter du 1er avril 2021, en application des dispositions visées au point 4, jusqu'au 15 avril 2022 inclus, date à laquelle il est établi que le préfet de l'Indre a accordé le concours de la force publique sollicité.
Sur le préjudice :
6. Il résulte de l'instruction que le tribunal judiciaire de Châteauroux a fixé l'indemnité d'occupation des lieux à compter du 3 juillet 2020 à la somme mensuelle de 392,60 euros. Dans ces conditions, en tenant compte de l'indemnité d'occupation fixée par le jugement du tribunal d'instance, le montant correspondant aux indemnités d'occupation qui auraient dues être perçues au titre de la période courant du 1er avril 2021 au 15 avril 2022 inclus est de 4 907,50 euros. Il convient de retrancher de cette somme celle de 1 003,32 euros correspondant aux indemnités que la société Scalis indique avoir perçues de l'occupant au titre de la période considérée. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la société Scalis en lui accordant une somme totale de 3 904,18 euros.
7. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la société Scalis la somme totale de 3 904,18 euros en réparation du préjudice subi du fait du refus de concours de la force publique.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Scalis d'une somme de 800 euros.
D E C I D E :
Article 1er: L'Etat versera une somme de 3 904,18 euros (trois mille neuf cent quatre euros et dix-huit centimes) à la société Scalis en réparation du préjudice subi du fait du refus de concours de la force publique.
Article 2 : L'État versera la somme de 800 (huit cents) euros à la société Scalis en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à la société Scalis et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière d'audience,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
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