jeudi 14 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MOREAU LISE-NADINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2023, M. A G, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Vienne, pour une période de quarante-cinq jours allant du 6 septembre 2023 au 21 octobre 2023 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est illégale en raison du refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'inexactitude matérielle des faits et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la situation de l'intéressé ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle dans son principe et dans son quantum ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle doit être strictement nécessaire et proportionnée et n'a vocation à s'appliquer que s'il existe une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement qui en constitue le support ;
- il était loisible au préfet de ne pas prononcer une assignation à résidence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de M. G n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 11 septembre 2023, M. A G, représenté par Me Dumont, conclut aux mêmes fins que la requête et demande, en outre, au tribunal :
1°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour pour vie privée et familiale en qualité de parent d'enfant français dans un délai de trois jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juin 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, outre les moyens développés dans la requête introductive d'instance, que :
En ce qui concerne les décisions contenues dans l'arrêté du 5 septembre 2023 :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de cet arrêté ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et refus de délai de départ volontaire sont insuffisamment motivées.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est disproportionnée.
M. G a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 6 septembre 2023 à laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-657 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle M. G n'était ni présent ni représenté :
- le rapport de M. E,
- et les observations de M. D, représentant le préfet de la Haute-Vienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant marocain né en 2003, est entré en France en 2020 selon ses déclarations. Il a obtenu une carte de séjour temporaire mention " étudiant " valable du 28 mai 2021 au 27 mai 2022 puis s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Le 30 avril 2023, il a été interpellé pour des faits de violences aggravées commis sur sa compagne, alors enceinte de huit mois, et a consécutivement fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, annulée par une décision du tribunal administratif de Limoges du 9 mai 2023. M. G a de nouveau été interpellé le 4 septembre 2023 par des agents de police pour des faits de violences volontaires aggravées commis sur sa compagne. Par deux arrêtés des 5 et 6 septembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans, d'autre part l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Limoges pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. G a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 6 septembre 2023 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, d'admettre à titre provisoire M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 5 septembre 2023 :
4. En premier lieu, M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En second lieu, d'une part, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
6. En l'espèce, M. G se prévaut de la circonstance qu'il est le père d'un enfant français né le 25 juin 2023 dont il contribue à l'éducation et l'entretien à proportion de ses ressources. En se bornant à produire plusieurs photographies le montrant en compagnie de son fils, alors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de l'audition du 5 septembre 2023 à l'occasion de laquelle les services de police ont entendu Mme F B, mère de l'enfant, que cette dernière, interrogée sur les relations qu'il entretient avec son fils, a déclaré que " lorsqu'il rentre du travail il le prend 2 ou 3 minutes, il le repose (). Le petit est toujours avec moi. Des fois il prend des photos avec lui mais il le repose tout de suite. ", le requérant ne peut être regardé comme établissant qu'il contribue effectivement à l'éducation de son fils. Par suite, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 paragraphe 1de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, la circonstance que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public étant, au demeurant, sans influence sur ce point.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs au regard de ceux conservés dans son pays d'origine.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, et alors au surplus qu'il ne conteste pas avoir fait l'objet d'une mesure d'interdiction d'entrer en contact avec la mère de son fils et qu'il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de tout lien familial ou personnel au Maroc, où il a vécu la majeure partie de sa vie, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne aurait porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ne constitue pas la base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français laquelle n'a pas non plus été prise pour son application. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de départ volontaire :
11. En premier lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué, telle que décrite ci-dessous au point 12, que celui-ci comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision refusant un délai de départ volontaire à M. G. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". En outre, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
13. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. G, le préfet s'est fondé sur le motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ainsi que sur le motif qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dans la mesure où il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire pendant plus d'un an après l'expiration du titre de séjour qui lui avait été délivré, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas regagner le Maroc lors de son audition de police du 5 septembre 2023 et qu'il est dépourvu d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Alors que l'intéressé ne conteste pas qu'il s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration du titre de séjour " étudiant " dont il a bénéficié et qu'il n'en a pas demandé le renouvellement, le préfet aurait pu légalement se fonder sur ce seul motif pour prendre la décision attaquée et il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif. Au demeurant, la circonstance que M. G aurait nécessairement tissé des relations en France dès lors qu'il y vit depuis près de trois ans ne constitue pas une circonstance particulière au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, les moyens tirés par le requérant de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'inexactitude matérielle des faits et d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public, que son domicile est connu de l'administration et qu'il dispose d'un passeport doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale, de sorte que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
15. En deuxième lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
16. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
17. D'une part, la décision litigieuse vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Haute-Vienne a fait application. Cette décision mentionne que M. G est entré récemment en France en 2020, qu'il ne justifie pas de l'ancienneté de sa relation avec sa compagne ni de l'existence d'une communauté de vie stable dès lors notamment qu'il a commis des violences sur cette dernière à deux reprises en l'espace de cinq mois et qu'il n'apporte pas la preuve de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son fils, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et que la mesure prise ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, cette décision qui est suffisamment motivée démontre que le préfet de la Haute-Vienne a procédé à un examen complet de la situation du requérant. D'autre part, au regard de ces éléments et des dispositions énoncées à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Haute-Vienne a fixé à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français du requérant.
18. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.
Sur la décision portant assignation à résidence :
19. En premier lieu, d'une part, il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peut être utilement invoqué par le requérant. L'administration n'était donc pas tenue, sur le fondement de ces dispositions, d'inviter le requérant à faire valoir ses observations spécifiquement sur l'assignation à résidence dont il a fait l'objet. Par suite, il ne peut utilement soutenir qu'il a été privé des garanties attachées au principe du contradictoire prévu par ces dispositions.
20. D'autre part, si, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C 166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour, il n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, et en particulier l'assignation à résidence, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
21. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'assignation et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle alors, au demeurant, qu'il a été invité, lorsqu'il a été entendu par les services de police le 5 septembre 2023 à présenter ses observations sur l'irrégularité de sa situation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire préalable doit être écarté.
22. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
23. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 9 que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision d'assignation à résidence litigieuse ne présente pas une perspective raisonnable d'exécution.
24. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne n'était pas en situation de compétence liée et qu'il lui était ainsi loisible de ne pas prononcer une assignation à résidence, le requérant n'établit pas en quoi la décision litigieuse méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
25. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 9, et alors en outre qu'il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de sa relation avec son frère résidant en France et que la seule production de photographies non datées le montrant en compagnie des autres enfants de Mme B ne suffit pas à établir l'existence de liens effectifs entre eux, M. G n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. G contre les arrêtés du préfet de la Haute-Vienne des 5 et 6 septembre 2023, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A G et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023 à 10h00.
Le magistrat désigné,
N. ELa greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La greffière en chef,
La Greffière,
M. C
No 2301540
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026