Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301801

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges annule le refus implicite du directeur de l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) de communiquer à M. G les cartes professionnelles, procès-verbaux d'assermentation et actes de nomination pour assermentation de trois agents. Le juge estime que ces documents sont administratifs et communicables en vertu de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve d'occultation des mentions relevant de la vie privée pour les cartes professionnelles et les actes de nomination, conformément à l'article L. 311-6 du même code. La solution retenue s'appuie sur l'avis favorable de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) du 21 septembre 2023.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, M. A G demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2023 par laquelle le directeur de l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) a implicitement refusé de lui communiquer la carte professionnelle, le procès-verbal de la prestation de serment et l'acte de nomination pour assermentation de M. C, Mme D et Mme B, agents de l'Institut ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'IFCE de lui communiquer ces documents dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- le refus opposé par l'IFCE à sa demande de communication est illégal dès lors qu'il s'agit de documents administratifs communicables ;

- les dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le directeur général de l'Institut français du cheval et de l'équitation conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'avis n° 20234802 du 21 septembre 2023 de la commission d'accès aux documents administratifs (Cada) ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 21 avril 2023, M. G a demandé à l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) de lui communiquer la carte professionnelle, le procès-verbal d'assermentation ainsi que l'acte de nomination pour assermentation de M. C, Mme D et Mme B, agents de l'IFCE. Le directeur général de l'Institut du cheval et de l'équitation n'ayant pas répondu à sa demande, l'intéressé a saisi, le 21 juin 2023, la commission d'accès aux documents administratifs (Cada), qui a émis le 21 septembre 2023 un avis favorable sous réserve à la communication sollicitée. M. G demande d'annuler la décision du 21 juin 2023 par laquelle le directeur général de l'Institut du cheval et de l'équitation a refusé implicitement de lui communiquer les documents sollicités.

Sur les textes applicables :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La commission d'accès aux documents administratifs () émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication d'un document administratif en application du chapitre Ier (). / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ". Il résulte de ces dispositions que le juge de l'excès de pouvoir ne peut être saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision de refus de communication de documents administratifs que pour les seuls documents pour lesquels la Cada a émis un avis.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". L'article L. 311-6 de ce code prévoit que : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la communication du procès-verbal d'assermentation et de l'acte de nomination pour assermentation des trois agents concernés :

4. Il ressort de l'avis de la Cada cité au point 1 que, d'une part, les procès-verbaux d'assermentation de M. C, Mme D et Mme B constituent des documents administratifs communicables en application de l'article L. 311-1 du code précité sans que l'identité de ces agents ainsi assermentés doive être occultée et, d'autre part, que les actes concernant leurs nominations transmis au tribunal pour assermentation sont également communicables sous réserve de l'occultation préalable, le cas échéant, des mentions relevant du secret de leur vie privée. Dès lors, aucun obstacle ne s'oppose à la communication de ces deux types de documents.

En ce qui concerne la communication de la carte professionnelle des trois agents concernés :

5. Il ressort également de l'avis de la Cada cité au point 1 que les cartes professionnelles des agents assermentés sont communicables à toute personne qui en fait la demande, en application de l'article L. 311-1 du code précité et, en application de l'article L. 311-6 du même code, sous réserve de l'occultation préalable des mentions relevant du secret de la vie privée des agents concernés. Dès lors, aucun obstacle ne s'oppose à la communication de ce type de documents.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. G est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2023 par laquelle le directeur de l'IFCE a implicitement refusé de lui communiquer le procès-verbal de la prestation de serment, l'acte de nomination pour assermentation et la carte professionnelle de M. C, Mme D et Mme B.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au directeur de l'IFCE de communiquer à M. G le procès-verbal de la prestation de serment, l'acte de nomination pour assermentation et la carte professionnelle de M. C, Mme D et Mme B, sous les réserves indiquées aux point 4 et 5, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par l'IFCE soit mise à la charge de M. G, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 juin 2023 par laquelle le directeur de l'IFCE a implicitement rejeté la demande de communication du procès-verbal de la prestation de serment, de l'acte de nomination pour assermentation et la carte professionnelle de M. C, Mme D et Mme B, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'IFCE de communiquer à M. G les documents cités à l'article 1er, sous réserve de l'occultation préalable, le cas échéant, des mentions relevant du secret de la vie privée concernant l'acte de nomination et la carte professionnelle des agents concernés, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A G et à l'Institut français du cheval et de l'équitation.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. F

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef

La Greffière

M. E00jb