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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301965

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301965

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301965
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantERHARD MARINNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Erhard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023, par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 70 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- l'accord franco-marocain régit de manière exclusive la situation des marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour mention " salarié " et ne conditionne pas ce titre à un visa de long séjour ; c'est au prix d'une erreur de droit que l'autorité administrative a ajouté une condition qui n'était pas prévue par cet accord ; en tout état de cause, la condition de détention d'un visa de long séjour ne saurait être opposée aux ressortissants marocains au vu des très grandes difficultés rencontrées pour obtenir un tel visa ;

- c'est au prix d'une erreur de droit que la préfète de la Haute-Vienne s'est fondée sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande ;

- c'est au prix d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète de la Haute-Vienne n'a pas mis en œuvre son pouvoir de régularisation à son bénéfice au vu de son intégration professionnelle ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- ces décisions sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Par une ordonnance du 13 novembre 2023, le tribunal a fixé la clôture au 30 novembre 2023 à 17h00.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco- marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né en 1984, est entré sur le territoire français de façon irrégulière, au mois de mai 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 6 juin 2023. Par un arrêté du 7 août 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, M. Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne en date du 20 avril 2023, régulièrement publiée le 24 avril 2023 au recueil des actes administratifs n° 87-2023-054, " à l'effet de signer : les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté 7 août 2023 manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' (). Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence ". L'article 9 du même accord stipule que : " " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Il résulte de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi que celui-ci renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord. L'article L. 412-1 susvisé qui subordonne de manière générale la délivrance de toute carte de séjour à la production par l'étranger d'un visa de long séjour, n'étant pas incompatible avec l'article 3 de l'accord franco-marocain, qui ne concerne que la délivrance d'un titre de séjour pour exercer une activité salariée, le préfet peut légalement refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié à un ressortissant marocain au motif qu'il ne justifie pas d'un visa de long séjour.

4. Il ressort de la décision attaquée que pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. C au titre du travail, la préfète de la Haute-Vienne s'est fondée sur la circonstance selon laquelle il ne disposait d'aucun visa long séjour lors de son entrée sur le territoire. Au vu des développements qui précèdent, l'administration pouvait, sans erreur de droit, opposer cette condition au requérant. Par ailleurs, si le requérant fait état de difficultés à obtenir la délivrance d'un visa, il ne démontre pas qu'il en aurait sollicité un. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la condition d'obtention d'un visa ne saurait lui être opposée en raison de l'impossibilité à obtenir un tel document. Le moyen tiré de ce que la décision lui refusant un titre de séjour serait entachée d'une erreur de droit doit par suite être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 précité de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord.

7. D'une part, il ressort de la décision attaquée que si l'administration a visé les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne s'appliquaient pas à la situation du requérant, la préfète de la Haute-Vienne a ensuite estimé qu'arrivé récemment en France, M. C ne faisait pas état d'un motif exceptionnel justifiant la régularisation de sa situation en se prévalant d'un contrat à durée indéterminée avec l'entreprise " Propneus87 ". Ce faisant, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas écarté la demande de titre de séjour présentée par le requérant au motif qu'il ne remplissait pas les conditions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fait application de son pouvoir discrétionnaire pour examiner si un titre de séjour mention " salarié " pouvait être délivré au requérant malgré l'absence de visa long séjour. Le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur de droit doit par suite être écarté.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui se prévaut d'une présence en France inférieure à quatre ans, a été titulaire de plusieurs contrats de travail et a notamment occupé un poste de mécanicien durant six mois au cours de l'année 2021, puis durant neuf mois au cours des années 2022 et 2023, et enfin en contrat à durée indéterminée à compter du 1er mai 2023. Toutefois, et en dépit de la circonstance selon laquelle le secteur de l'automobile constitue un secteur en tension, la durée d'environ deux ans de travail effectif dont se prévaut l'intéressé ne suffit pas à démontrer que la préfète de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français de façon irrégulière au mois de mai 2019 selon ses déclarations, à l'âge de 35 ans. S'il s'est maintenu durant presque quatre années en France, où réside son frère qui l'héberge, il ressort de sa demande de titre de séjour que le requérant, qui est célibataire et sans enfants, dispose de liens familiaux au Maroc où vivent ses parents et plusieurs de ses frères. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas que la préfète de la Haute-Vienne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Le moyen doit être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre doit être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 10 du présent jugement, le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C contre l'arrêté du 7 août 2023 refusant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Erhard, et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

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